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L’Aéroport international Blaise Diagne de Diass continuera pour un bon moment encore de marquer les esprits. Les nombreuses péripéties qui ont jalonné sa construction ont fait place à des débuts de mise en œuvre particulièrement difficiles. Malgré tout, l’ouvrage étant inauguré, impossible de revenir en arrière, et les autorités devraient s’atteler à en tirer le meilleur parti pour le pays.

L’image a fait le tour des tous les réseaux sociaux : un énergumène sortant du carrousel à bagages à l’Aéroport international Blaise Diagne de Diass (Aibd). D’autres encore marchant dessus, sans tenir compte du fait que l’ouvrage est fragile, et pourrait se détériorer rapidement sous leurs pieds. Après l’euphorie et l’enthousiasme de l’inauguration de cet aéroport le jeudi 7 décembre, ces faits sont venus jeter une ombre négative sur la nouvelle plateforme aéroportuaire du Sénégal. Dire que cet ouvrage faisait l’objet de tels louages, tous les Sénégalais se félicitant d’avoir enfin un aéroport digne de la réputation du pays, et qui donnait une image positive du pays à tout visiteur. Il n’a pas fallu longtemps pour comprendre que ces actes de vandalisme n’étaient que la conséquence d’une forte impréparation dans l’ouverture de l’aéroport.

Etanchéité des cuves, transport de fret
Depuis que les autorités gouvernementales avaient indiqué leur volonté de lancer les activités de l’aéroport le 7 décembre, concomitamment avec les navettes de la nouvelle compagnie Air Sénégal Sa, l’opinion ne cessait d’attirer l’attention sur les délais trop courts pour espérer voir aplanies toutes les contraintes. Le Quotidien, en particulier, en avait mis un certain nombre à jour, dont l’un des plus inquiétants concernait les cuves de carburant que la Snmcady jugeait peu aux normes. L’une de ces trois cuves qui, en passant, représentaient un marché de 14 milliards de Cfa présentait des problèmes d’étanchéité dans un sol connu pour ses infiltrations. L’opérateur de kérosène avait demandé un délai de 6 mois pour procéder tranquillement aux réparations. Sans doute soumise à rude pression, Mme Maïmouna Ndoye Seck, appuyée par les dirigeants de l’Aibd Sa, avait opposé une fin de non-recevoir. Conséquence, après l’inauguration de l’aéroport, le ravitaillement en kérosène pour certains gros porteurs se faisait à partir de camions venus directement de Dakar, et qui n’avaient pas transvasé leurs futs dans les cuves de la nouvelle station.
Et cela n’était que l’aspect que tout le public pouvait voir, mais ce n’était pas le plus dramatique. Que dire en effet d’un aéroport international où il est impossible de faire du fret, faute de hangar d’entreposage de produits frais ? Cela, dans un pays comme le Sénégal, qui a beaucoup misé et ce, depuis plusieurs années, pour se mettre au niveau des normes internationales, et pouvoir exporter du poisson et des fruits frais en France et dans beaucoup de pays d’Europe. Beaucoup de compatriotes semblent assez atterrés quand leur compagnie aérienne leur annonce qu’il lui est impossible à l’heure actuelle de leur transporter le corps d’un parent décédé à l’étranger, du fait d’un défaut de structure d’accueil à l’aéroport.
Quoi qu’il puisse en être, tous ces problèmes se régleront avec le temps, même ceux concernant le handling, tandis que de petites difficultés ne manqueront pas de surgir par ailleurs. Les responsables les résoudront au fur et à mesure. Comme on peut aussi imaginer qu’il sera difficile, à moins que les dirigeants ne soient particulièrement inconscients, qu’une autre grève des aiguilleurs du ciel, ou d’une autre catégorie de travailleurs puisse encore paralyser l’aéroport, comme cela s’était passé en moins de 4 jours après l’inauguration. Tout le pays s’est retrouvé isolé, et par contrecoup, le Sénégal a contribué à causer une belle pagaille dans certains pays où des voyageurs qui devaient prendre l’avion pour Dakar se sont retrouvés bloqués dans les aéroports, certains pour près de 24 heures.

Vecteur d’émergence
C’est dire que cette infrastructure n’aura pas été de tout repos pour les autorités sénégalaises. En plus d’avoir été l’un des aéroports qui, de par le monde, a pris le plus de temps à voir le jour, il y a également un gros mystère quant à son coût définitif.
Néanmoins, son achèvement aura l’avantage de désengorger encore plus la capitale Dakar. En effet, les nouvelles constructions de Diamniadio, qui se trouvent à mi-chemin, les terres valorisées par le passage de l’autoroute à péage, ainsi que celles que le futur Train express régional (Ter) permettra d’aménager vont pousser toujours plus de monde à s’établir hors de Dakar, et ainsi permettre à la métropole de «respirer» un peu mieux. Il suffira alors à l’Etat d’encourager l’établissement d’entreprises dans ces zones pour qu’elles ne soient pas que des cités dortoirs, mais des véritables villes, créatrices d’emplois et de bien-être.
mgueye@lequotidien.sn

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