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Durant une assez longue période de l’histoire de l’humanité et plus encore de nos jours, l’Afrique fut et reste le théâtre d’intenses convoitises pour l’exploitation de ses  formidables ressources naturelles et humaines. En effet, plus de 65% des terres arables du monde sont situés en Afrique, en plus de l’attractivité actuelle résultant de son potentiel énergétique et démographique. Il faut se rendre compte que, jusqu’à une période récente, les convoitises se sont exercées suivant les intérêts stricts de pays dominants. Toutefois, des facteurs positifs de changement apparaissent aujourd’hui avec la possibilité de faire émerger des entreprises africaines et du nouveau rôle des états qui ont compris et pris conscience de l’impératif du développement économique local engendré par les revendications pressantes des masses populaires africaines.
La différence avec les autres peuples ayant subi le même sort dans d’autres continents, en Amérique Latine, en Asie ou en Océanie, relève de la difficulté des Africains de rompre les amarres de la domination en raison principalement de la balkanisation des entités précoloniales et des contraintes pour retrouver ses homogénéités culturelles et spatiales. En effet, les expansions extérieures dans le continent noir prirent différentes formes selon les périodes de l’histoire et suivant le niveau des rapports de forces en présence.
Nous nous souvenons de l’esclavage et du commerce triangulaire pour faire des ressources humaines africaines une force gratuite du travail en Amérique, nous nous souvenons des colonisations forcenées et néo colonisations pour le transfert des richesses du continent vers les puissances dominatrices, mais nous nous souvenons aussi de l’existence de brillantes civilisations qui prévalurent durant la séquence historique ayant précédé les expansions et déstabilisations extérieures. Pour les besoins d’exploitation économique rationnelle des colonies, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique de l’Est étaient administrées par la France métropolitaine sous l’emprise d’entités régionales homogènes (Aof, Aef), alors que pour les décolonisations, les espaces homogènes furent volontairement divisés en micros états réducteurs, afin de détruire les fondements culturels pouvant servir de base à l’émancipation politique et économique des Africains.
Les dirigeants africains indépendantistes des années 50 étaient conscients du blocage du développement de nos pays consécutif à la balkanisation, avec cependant, des différences de méthode  pour reconstituer les entités antérieures ; Tandis que certains préconisaient le pragmatisme politique par des regroupements dans des cercles concentriques pour retrouver les anciennes  unités économiques et culturelles, d’autres, plus idéalistes, pensaient arriver à l’union politique du continent immédiatement, à travers le fédéralisme panafricaniste. L’histoire aura montré que les siècles d’acculturation du continent noir nécessitent  l’observation d’une période assez longue pour reconstruire les morceaux  et de pouvoir ainsi rassembler les pays par entités homogènes. Si bien que le Sénégal entreprit de recouvrer sa souveraineté internationale avec le Mali sous une fédération qui finira par éclater pour des questions de leadership politique, de même que plus tard, la Confédération de la Sénégambie, en dépit du fait que ces pays partagent le même espace culturel.
Le retard de l’Afrique provient justement de ce lourd handicap de départ dont nous n’arrivons pas, jusqu’à présent, à nous en départir, malgré les tentatives d’intégration de nos économies plombées par les résistances relevant d’égoïsmes nationaux, de querelles de leadership ou de manque de volonté politique. Bien sûr, cette situation compromet, plus que tout autre chose, le développement économique des états africains, surtout à l’heure de la mondialisation à laquelle les micros états réducteurs survivront difficilement du fait des faibles échelles.
Le professeur Cheikh Anta Diop avait non seulement démontré que l’Afrique était le berceau de l’humanité et, en raison de cette vérité scientifique, avait défini les fondements culturels et économiques d’un Etat fédéral africain, pour que le continent noir puisse retrouver sa cohérence culturelle et spatiale et de reprendre sa véritable place dans ce monde en sachant faire profiter à ses populations le fruit de l’exploitation de ses immenses ressources humaines, minières, énergétiques, et agricoles.
Or, aujourd’hui plus qu’hier, l’Afrique se retrouve de nouveau au centre de convoitises mondiales avec une acuité jamais égalée, devenant le plus grand enjeu pour les puissances économiques mondiales, au même moment où les pays de l’Ocde et les nouveaux pays émergents, connaissent des perspectives sombres de leurs économies avec des baisses structurelles de croissance, sans une perspective autonome de renversement des mauvaises tendances.
Ce nouveau contexte économique mondial, engendré par l’essoufflement des structures productives des pays développés et émergents, crée un nouvel intérêt pour l’Afrique qui a l’avantage de receler des marges considérables de croissance avec ses nombreuses opportunités énergétiques, minières, agricoles et démographiques. Le nouvel intérêt pour l’Afrique provient aussi, en plus de ses ressources naturelles, de ce que le continent  deviendra, dans un proche avenir, la première force de travail du monde.
Au demeurant, la crise de la valorisation du capital liée à un mode spéculatif de fonctionnement des pays de l’Ocde, occasionnant des baisses du niveau de vie des masses laborieuses, ne peut plus perdurer, à partir du moment où les transferts de valeur des pays dominés s’amenuisent avec le changement de paradigme.
Dans les pays africains, l’opacité des contrats et la corruption qui a favorisé une économie souterraine pouvant atteindre jusqu’à 50% du Pib, entraînant  naguère des transferts énormes de capitaux pouvant atteindre le montant de l’aide publique au développement, n’est plus possible aujourd’hui. C’est pourquoi, de nos jours, l’Afrique est considérée de nouveau comme le lieu de confluence des puissances économiques, à la différence fondamentale que  cette foi-ci, nos états détiennent la possibilité d’agir sur leur propre destin et peuvent tirer le meilleur profit avec le bloc africain qui devient de plus en plus  réalité.
Nous devrions saisir les nouvelles opportunités économiques, par un éveil des consciences sur les nouveaux enjeux stratégiques du monde pour construire l’avenir de l’Afrique en ayant une maitrise sur les événements, par la prise de notre propre destin en main et en évitant les erreurs du passé.
Kadialy GASSAMA
Economiste
Rue Faidherbe X Pierre Verger
Rufisque

1 COMMENTAIRE

  1. Une analyse historique réaliste, ponctuelle et positive. Avec la pérennité du bloc africain de plus en plus une réalité concrète, une gouvernance ingénue, transparente et efficiente au service des populations, des institutions qui s’affirment et se crédibilisent, nous sommes à une nouvelle croisée des chemins pour une Afrique renaissante et prospère attirant capitaux et investissements multisectoriels pour une coopération gagnant-gagnant

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