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L’Agence mauritanienne d’information (Ami) a peu apprécié une dépêche de l’Aps qui reprenait un communiqué d’Amnesty et de la Lsdh sur la situation des droits de l’Homme en Mauritanie, qui devait être exposée hier en conférence de presse. Laquelle a été finalement annulée. Au fond, le commentaire de l’Ami montre les relations glaciales qu’entretiennent les deux pays.

Le Sénégal et la Mauritanie sont-ils toujours en odeur de sainteté ?
En tout cas, l’Agence mauritanienne d’information (Ami) a mis hier sur son fil un «commentaire» pour fustiger une dépêche de l’Aps. Elle reproche à l’Aps d’avoir publié un communiqué «désobligeant et désavantageux» des organisations sénégalaises de défense des droits humains telles qu’Am­nesty international, la Raddho et la Ligue sénégalaise des droits de l’Homme et l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (Ira-Mauritanie). «Traversée depuis plusieurs années par une crise politique et sociale grave, la Mauritanie, en proie à des maux tels qu’esclavage, racisme, pauvreté ou illettrisme, est gangrénée par une corruption systématique empêchant tout développement social», selon un extrait du communiqué exploité par l’Aps qui a fait mal. Des propos qui sont restés en travers de la gorge de ces journalistes mauritaniens qui jugent étonnant qu’une institution officielle telle que l’Agence de presse sénégalaise (Aps) ait publié une dépêche à propos d’un «communiqué haineux, mensonger, diffamatoire et hostile» à la Mauritanie de certaines Ong comme l’Ira, dirigée par Biram Dah Abeid, qui devaient organiser hier une conférence de presse sur la situation des droits humains. Finalement, la rencontre qui devait être tenue par certains ténors des organisations des droits de l‘Homme comme Mes Boucounta Diallo, Assane Dioma Ndiaye, Alioune Tine et Seydi Gassama a été annulée sans doute à cause de certaines pressions politiques. Est-ce lié à cette dépêche de l’Ami qui est la voix officielle de Nouakchott et qui a dû s’accommoder des déclarations du patron de l’Ira ? Spartacus des temps modernes, il est la bête noire du régime de Nouakchott qu’il brocarde un peu partout dans le monde en insistant sur les problèmes d’esclavage et l’ostracisme dont seraient victimes les Négro-mauritaniens. Très critique contre cette publication, l’Ami n’y va pas par quatre chemins et demande aux «organisations sénégalaises de défense des droits de l’Homme de focaliser leur regard ailleurs, là où les libertés de presse sont bafouées, là où les manifestations de l’opposition sont réprimées. Elles feraient mieux de consacrer plutôt leurs efforts et leurs actions à leurs missions premières au sein de leur propre société. Ces Ong auraient dû s’intéresser prioritairement, pour une crédibilité minimale, aux cas de corruption soulevés par la presse sénégalaise locale», lance-t-elle.

Commentaire de l’Ami
L’agence estime que la Mauritanie a connu des avancées indéniables dans les domaines de la démocratie, des libertés et des droits de l’Homme qui sont «aujourd’hui saluées par les institutions internationales et les organismes indépendants». Evoquer actuellement l’esclavage en Mauritanie, c’est tout simplement replonger dans un passé que les Mauritaniens ont dépassé. L’organe de presse mauritanien avoue que le fait de citer le racisme dans le cas de la Mauritanie, forte de la richesse de sa diversité culturelle, relève de la mauvaise foi «quand l’on sait que la société est fondamentalement attachée aux valeurs de justice et d’égalité. De même, parler de l’illettrisme en Mauritanie, c’est méconnaître l’histoire de ce pays connu pour être un minaret multiséculaire de savoir et de rayonnement culturel». Partant de là, l’Ami avance que «ces organisations qui se font, aujourd’hui, les porte-voix des milieux lésés par la lutte contre la gabegie et la corruption ne sauront pervertir une réalité vécue par tous les Mauritaniens, marquée par des avancées remarquables reconnues par la communauté internationale». Avant de s’interroger sur les réelles motivations de cette publication. «Nous osons espérer que l’Agence de presse sénégalaise ne s’est départie des règles professionnelles, déontologiques et de bienséance que par erreur et qu’il ne s’agit pas d’une dérive délibérée.»

Conférence de presse de l’Ira, Lsdh, Amnesty annulée
Des propos qui traduisent sans doute l’état actuel des relations entre les deux pays. Un «clash» qui survient dans un contexte particulier, marqué par une tension consécutive à l’arrestation de pêcheurs sénégalais en terre mauritanienne. Une récurrence des conflits entre les garde-côtes qui avait réveillé les passions et poussé le ministre de la Pêche et de l’économie maritime, Oumar Guèye, à demander à ses compatriotes de ne plus pêcher en Mauritanie sans autorisation. Les souvenirs des positions antagonistes entre les Présidents Macky Sall et Ould Abdel Aziz, concernant le conflit post-électoral en Gambie où chacun voulait affirmer sa diplomatie et consolider son assise dans la sous-région, sont encore frais. Et les relations semblent glaciales.

L’Aps surprise par le commentaire de l’Ami
Interpellée sur ce commentaire «peu confraternel et pas professionnel» de l’Ami qui aurait pu «interpeller directement l’Aps», cette dernière se dit très «surprise» par cette réaction. Selon le rédacteur en chef de l’Agence de presse sénégalaise, Pape Ousmane Ngom, il s’agit d’une «dépêche d’annonce» dont le contenu n’engage que les auteurs, c‘est-à-dire des organisations de défense des droits de l’Homme.
Stagiaire

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