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Affable et courtois dans la douceur de l’ambassade ultra-sécurisée  d’Israël à Dakar, Paul Hirschson, malgré un français assez laborieux parfois teinté d’anglais, s’affranchit parfois des codes diplomatiques pour fustiger la position du Sénégal qui a porté la résolution contre les colonisations israéliennes en Palestine. Aujourd’hui que les relations entre les deux pays ont retrouvé le cours normal des choses, le diplomate hébreu appelle Macky Sall à privilégier des partenariats avec son pays plutôt que l’Europe. Sur la création d’un Etat palestinien, Paul Hirschson appelle le Peuple arabe à reconnaître son pays, préalable à toute discussion.

Quel est le sentiment qui vous anime avec votre retour à Dakar après des mois d’absence ?
C’est un grand plaisir pour moi de revenir ici. Cette décision de quitter Dakar est intervenue moins de 2 ans après mon installation comme ambassadeur d’Is­raël au Sénégal. Je suis très content de revenir d’abord sur le plan personnel mais aussi professionnel parce que ma famille est restée à Dakar durant toute cette période. Je salue cette décision du Sénégal et d’Israël parce que les relations entre les deux pays sont importantes.

Pendant votre absence du Sénégal, qu’est-ce que vous faisiez ?
J’étais en Israël la plupart du temps. L’ambassade de Dakar est certes petite mais régionale. Elle couvre la Guinée, la Guinée-Bissau, la Gambie, le Cap-Vert, la Sierra-Leone. Nous n’avons pas de relations diplomatiques officielles avec le Mali. Chaque semaine, j’allais dans ces pays que nous couvrons dans la sous-région ouest-africaine. Le Prési­dent de la Sierra-Leone était récemment en Israël avec une grande délégation ministérielle. Il y a 3 semaines, le Premier ministre de la Guinée-Bissau nous a rendu visite en Israël. Nous étions aussi à Monrovia pour le sommet des chefs d’Etat de la Cedeao. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu était le premier invité chef d’Etat non-africain. C’était le 51ème sommet des chefs d’Etat de la Cedeao. L’ambassade de Dakar a continué à fonctionner mais en diminuant ses activités. Il faut dire que c’était une grande surprise pour nous de voir le Sénégal proposer une résolution anti-israélienne. Nous pensons que le Sénégal est un ami. Nous avons travaillé avec ce pays à travers de projets très importants.

Qu’est-ce qui a été déterminant dans les discussions entre le Président Macky Sall et le Premier ministre Benjamin Netanyahu aboutissant au raffermissement des rapports diplomatiques entre le Sénégal et Israël ?
D’abord, les deux parties s’accordaient sur le fait que les relations étaient importantes mu­tuel­lement. Le Sénégal a annoncé qu’il était favorable à ce qu’Israël soit observateur de l’Union africaine. Nous avons compris que le Sénégal croit aux relations avec Israël. J’espère que les autres pays vont suivre le Sénégal dans ce vœu. La troisième chose est que nous allons tenter de relever le défi du développement durable avec le Sénégal. Quatrièmement, c’est que nous allons renouveler la visite du ministre des Affaires du Sénégal que nous avions annulée. Nous sommes en train de planifier la date de cette visite du ministre sénégalais des Affaires étrangères.

Qui a demandé ce rapprochement entre Israël et le Sénégal ?
Ce sont les deux pays. J’ai participé à la réunion des deux chefs d’Etat. Chacun pensait que pour son pays, les relations entre les deux Etats étaient bénéfiques.

Est-ce que le Sénégal s’est engagé à revoir sa position sur la question palestinienne ?
Cette résolution était une erreur. Nous ne pensons pas que le Sénégal doit accepter totalement nos positions. Mais nous ne comprenons pas pourquoi le Sénégal veut adopter une position plus extrême que la position du monde arabe. Ce n’est pas logique. Il n’est pas logique que le monde arabe soit moins extrême que le Sénégal sur la question palestinienne. Je dois dire que la majorité du monde arabe cherche le partenariat avec Israël. Ce n’est pas un secret. C’est le cas avec l’Egypte, la Jordanie. Il y a des relations stratégiques entre nous et la Palestine. Israël est le premier partenaire économique de la Palestine. Je sais que le Sénégal se bat pour la cause palestinienne mais nous aussi. Mais aller jusqu’à proposer une résolution anti-israélienne au Conseil de sécurité des Nations-Unis, on ne réserve pas un tel traitement à un ami. Après, je pense qu’on doit regarder l’avenir. Nous sommes le 4ème pays dans le monde à avoir établi des relations officielles avec le Sénégal après la France, l’Egypte et l’Allemagne. C’est devant les Etats-Unis mais aussi les pays frontaliers comme la Guinée ou le Mali.

Comment va se faire la reprise des relations entre les deux pays. Est-ce que Israël va lever la suspension sur l’appui au Sénégal ?
Les relations entre deux pays ne doivent pas se baser sur l’aide. Nous ne sommes pas les Européens. Nous avons vu l’expérience des Européens en Afrique de l’Ouest. Le Sénégal a des relations avec l’Europe. Mais Israël ne veut pas de ces relations qui ne respectent pas l’égalité. Nous avons une expérience en technologie qui peut aider. Notre Premier ministre a dit qu’il va envoyer une délégation dans chaque pays de la Cedeao pour évaluer les secteurs où nous pouvons aider. En général, c’est dans le secteur agricole, de l’eau, de la sécurité et des télécommunications. Nos relations doivent se bâtir à travers les secteurs privés. Dakar ressemble à un paradis en Afrique de l’Ouest. Mais si vous regardez le développement de l’Afrique de l’Ouest pendant 60 ans, la situation n’est pas fantastique. C’est aussi valable pour le Sénégal. Si ces pays continuent à bâtir leur développement sur la base d’aide, cela va rester en l’état. Le partenariat avec Israël ne sera pas une continuation de cet état de fait. La situation du Sénégal est meilleure qu’en Guinée, en Guinée-Bissau et dans beaucoup de pays d’Afrique. Dans deux mois, le secteur privé israélien va ouvrir le plus grand centre de formation agricole du Sénégal en Casa­mance.

Vous appelez donc le Sénégal à privilégier ses relations plus avec des pays comme l’Israël plutôt que l’Europe ?
Je ne vais pas parler au nom du Sénégal. C’est aux dirigeants de ce pays de décliner la politique économique. Il y a une augmentation significative d’actions israéliennes au Sénégal. Je vous dis une chose : Israël tient toutes ses promesses.  Ce n’est pas le cas pour tous les pays. Vous devez poser la question aux autorités sénégalaises en leur faisant comprendre qu’il y a des pays qui promettent beaucoup et qui font peu ou rien.

Malgré la résolution de l’Onu en décembre dernier, les implantations d’Israël se poursuivent en Cisjordanie. Est-ce que cela favorise la paix dans le conflit avec la Palestine ?
Nous attendons les Pales­tiniens pour la négociation. Les gens doivent rappeler que les habitants traditionnels de cette zone sont des Israéliens. Il y a beaucoup de confusion dans cette histoire et souvent on accuse Israël. Les colonisateurs sont les Arabes. Ils viennent de l’Arabie Saoudite. Les gens oublient l’histoire. Depuis 1920, nous avons accepté l’idée d’établir un pays arabe ou la Palestine. Le problème n’est pas un pays palestinien. Eux par contre, ils ne reconnaissent pas Israël. Les efforts de Clinton, de Obama ou de Bush n’ont pas réussi à leur faire fléchir. Nous sommes le premier partenaire économique de la Palestine. Nous sommes prêts à faire des accords avec eux. Mais, ils doivent venir à la table des négociations et accepter que nous sommes le Peuple juif. Nous savons que ce n’est pas facile mais ce n’est pas aussi très difficile. Nous avons fait la paix avec l’Egypte et Dieu sait que ce fut très difficile. Nous étions des esclaves en Egypte pendant 250 ans.

Que pensez-vous de la crise dans le Golfe avec l’Arabie Saoudite et ses alliés qui ont décidé de rompre leurs relations avec le Qatar accusé de financer le terrorisme ?
J’ai quelquefois visité le Qatar. C’était il y a quelques années. Nous savons que le Qatar supporte beaucoup d’organisations terroristes. Ce n’est pas seulement lui. L’Iran par exemple est le premier pays qui soutient le terrorisme. Ce n’est pas moi qui vais demander à l’Arabie Saoudite ou au Qatar comment résoudre ce problème. Je sais juste que le Sénégal a rappelé son ambassadeur au Qatar. Je crois que je dois prendre un café avec lui pour être édifié sur cette affaire. L’Arabie Saoudite, les Emirats et le Qatar n’ont pas de relations diplomatiques officielles avec Israël.

Cette décision de la part de l’Arabie Saoudite et Cie intervient quelques jours après la visite de Donald Trump dans le royaume saoudien. Certains y voient une main de l’Israël, allié historique des Etats-Unis pour combattre l’Iran, partenaire du Qatar ?
(Agacé) Il y a un peut-être la main du Sénégal. Le Premier ministre israélien a rencontré le Président sénégalais quelques jours avant cette crise. Donc, c’est le Sénégal qui est responsable et non Israël. Ce n’est pas sérieux ! Les gens voient partout la main d’Israël.

Vous soutenez qui dans cette crise ?
Personne. Chaque pays prend des décisions souveraines. Le Sénégal a soutenu l’alternance en Gambie. Vous pensez que c’est une décision dictée. Les gens doivent être sérieux.

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