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La section sénégalaise de la Communauté africaine de culture (Cacsen), Daaray Sembène-Maison de la pédagogie de l’image, Gallé Ceddo project, Warc, l’Association sénégalaise de la critique cinématographique (Ascc), la Direction du livre et de la lecture, la Direction de la cinématographie ont lancé hier au Centre culturel Blaise Senghor, les activités de la 10e édition de la commémoration de la disparition de Sembène Ousmane. Elle a été marquée par une table ronde autour de l’œuvre littéraire et cinématographique de l’écrivain-cinéaste. Animée par la directrice de Daaray Sembène, Hadja Maï Niang, et la professeure, Andrée-Marie Diagne, cette table ronde a permis de cerner toute l’importance et l’étendue de l’œuvre autant littéraire que cinématographique de Sembène.

Auteur du Docker Noir, parut en 1956, on apprend que Sembène s’intéressa d’abord à l’écriture, avant le cinéma. A Marseille où il était Docker, l’exploitation des ouvriers par leurs employeurs, l’avait poussé à devenir meneur de syndicat pour défendre ses camarades et par la suite à rédiger ce premier livre. Ô pays mon beau peuple, Les bouts de bois de Dieu, Voltaïque, L’Harmattan, Le Mandat paraitront à la suite de ce premier livre et dans chacun d’eux, l’écrivain portait des revendications. Soit il fustigeait la domination des colons sur les colonisés, soit celle de la nouvelle bourgeoisie sur les pauvres. Au terme de l’exposé de la professeure Andrée-Marie Diagne, on retient que Sembène a produit toute une littérature. Mais il n’a pas écrit pour rien. Par défi, par dérision, par son esprit rebelle, Sembène a toujours écrit, il a écrit les pieds plongés dans le concret. Il a écrit pour parler des problèmes de son Peuple. Il a écrit pour les Africains. Aux yeux de la professeure de lettres, les jeunes élèves et étudiants gagneraient beaucoup à apprendre et à comprendre son œuvre. «Jadis les élèves connaissaient Les bouts de bois de Dieu. Parce que c’était au programme. Mais sous la pression des enseignants et des élèves, nous avons tendance à retirer certains classiques alors qu’ils sont éternels. Il faut que les étudiants sénégalais continuent d’étudier les classiques sénégalais, et Les bouts de bois de dieux, grand roman historique…», a-t-elle plaidé.
L’œuvre cinématographique, présentée par Hadja Maï Niang, directrice de Daaray Sembène, a tout comme son œuvre littéraire marqué par son engagement aux côtés du Peuple. D’ailleurs, Mme Niang apprend qu’en partie si Ousmane Sembène a fait du cinéma, c’était justement pour permettre à la masse populaire africaine qui ne pouvait ni lire ni écrire le français d’accéder à son œuvre. Il a été aussi inspiré par les images de Lumumba avec son Peuple à l’accession des indépendances. «Cette foule a inspiré Sembène à vouloir devenir cinéaste. Il voulait immortaliser cette image des Indépendances. Tout comme Paulin Soumano Vieyra en a fait avec les Indépendances au Sénégal. Pour Sembène, il n’y avait que le cinéma qui pouvait lui permettre de narrer cette histoire aux peuples africains.» Borom Sarett, son premier court métrage, verra le jour en 1963 et sera la première fiction d’Afrique noire francophone. La Noire de… Manda bi, Xala, Camp Thiaroye, Guelwaar, Faat Kiné, Moolaadé, toute une œuvre cinématographique suivra ce premier film. De quoi inspirer toute les générations de cinéastes qui attendent le 3e prophète !

aly@lequotidien.sn