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En 2012, quelques semaines après l’installation du Président Macky Sall au pouvoir, le journaliste Madiambal Diagne, devant l’euphorie notée chez les Apéristes, alertait déjà en soulignant que : «Tout cela fait désordre, surtout qu’il n’y a eu aucune voix pour recadrer les uns et les autres, leur imposer une certaine tenue. Nombreux sont les citoyens qui se sont indignés de ces attitudes (…) Choqués, nous sommes nombreux à l’être.»
Huit ans après, on dirait que le désordre décrié a pris une ampleur inquiétante. Ça parle, ça râle et ça déballe. D’aucuns parleraient de «capharnaüm politique». Pour ma part, je suis simplement tenté de dire aux déballeurs râleurs et autres accusateurs que : «La poudrière est peut-être déjà pleine et on ne doit pas jouer avec le feu quand on est assis sur des barils de pétrole et de gaz.»
Sous ce rapport, tout citoyen mu par l’intérêt supérieur de la Nation est interpellé, à plus forte raison le Président, dépositaire du pouvoir du Peuple souverain et par ailleurs fondateur et président de l’Apr.
A l’analyse de la situation politique actuelle, caractérisée par des rivalités et des contradictions internes, le plus souvent portées et entretenues par de hauts responsables bien placés dans les sphères de l’Etat, qui minent notre parti et sapent la confiance entre le Peuple et son Président, il urge sans rigueur craintive ni faiblesse coupable de freiner cette tendance regrettable.
Dans cette entreprise de régulation du jeu politique, au premier rang de laquelle se trouve le président de la République, le rang social et les responsabilités politiques ne doivent être un obstacle à la prise de décision, quelles que soient par ailleurs sa délicatesse et ses conséquences sur les «fauteurs de troubles».
En politique, chacun peut se permettre de nourrir une ambition. Elle est d’ailleurs souhaitable, mais qu’elle reste dans les limites des règles du jeu politique, j’allais dire de la démocratie tout court.
Pour le cas qui nous concerne, il faut reconnaître quand même que la Présidentielle de 2024 est encore un peu loin de nous pour voir des ambitions se dessiner ou se soupçonner au sein de notre parti. Cela peut se concevoir pour l’opposition qui est dans son rôle, tandis que le nôtre est de gouverner, c’est-à-dire proposer des solutions aux populations de tous bords qui nous ont fait confiance en élisant notre candidat à la présidence de la République avec une majorité confortable.
Cependant, nous admettons que dans une démocratie, il ne doit pas y avoir de débat tabou, mais il s’agit de le poser et de l’animer au sein des structures régulières du parti. En termes plus simples, il faut poser le débat à l’intérieur du parti pour que de manière règlementaire, la question soit traitée politiquement et que le parti décide de manière consensuelle et démocratique qui, des différents prétendants, sera son candidat.
Sous ce format, rien à dire, et si le choix du parti ne vous agrée pas, libre à vous de créer ou d’aller trouver un autre appareil à votre convenance. Ce n’est peut-être pas l’exemple qui sied, mais M. Mamadou Diagne Fada avait adopté cette procédure vis-à-vis du Pds, et je trouve que c’est plus sincère et politiquement plus acceptable.
Alors, aux «présidentiables», je demande d’avoir plus de cohérence, plus de courage ; il y va de la stabilité dans l’Apr, mais aussi de la coalition Benno bokk yaakaar et de la mouvance présidentielle.
Autrement, les honnêtes militants Apr, qui sans aucun doute forment la majorité, ne sauraient laisser faire des manœuvres qui, chaque jour, font les choux gras de la presse de par leur caractère déstabilisateur, compromettant ainsi les chances réelles d’un mandat de consécration et d’une Présidentielle paisible en 2024.
Ceux qui, identifiés, encagoulés ou non, ont cette démarche fractionniste doivent s’amender très vite pour rétablir la confiance avec le Président et vis-à-vis des militants du parti.
Persister dans cette dynamique serait une défiance, avec probablement des conséquences fâcheuses pour tout monde. Le Président Macky Sall est très tolérant, très patient et très endurant, mais comme le dit si bien l’adage : «Trop c’est trop». Mais quand il s’agit de remettre les pendules à l’heure, il sait aussi si bien le faire avec rigueur et vigueur. Alors, ne nous exposons pas et ne mettons pas en péril notre parti l’Apr, et ne jetons pas non plus en pâture le président du parti Apr !
Aux agitateurs et autres «snipers», faut-il vous le rappeler ? Nos adversaires, les objecteurs déclarés du Président Macky Sall, ceux pour qui nous travaillons en nous comportant d’une certaine manière, sont de l’autre côté et en face de vous également.
Il faut savoir raison garder et ne pas chercher aussi vaille que vaille, dans l’entourage du Président, des adversaires, responsables de nos déconvenues dans le parti, jusqu’à théoriser même un «coup d’Etat». A cet instant me revient cette citation de voltaire : «Mon Dieu, Gardez-moi de mes amis ! Quant à mes ennemis, je m’en charge.» A vouloir en faire trop ou trop bien faire pour plaire au «chef», les amis sont souvent un peu lourds et même parfois gaffeurs. La plupart du temps, «le chef» n’en demande pas tant.
Toutefois, pouvons-nous nous permettre de brûler certains de nos généraux aussi stratèges, sous prétexte qu’ils lorgnent le fauteuil du Président, alors que la guerre est loin d’être terminée ?
Je dois convenir qu’on note beaucoup de nouvelles têtes sur la «photo de groupe 2020» autour du Président Sall, comparée à celle de 2011/12. Mais c’est inhérent à tout processus dynamique et il faut l’accepter. En politique, le surplace génère l’immobilisme et ne paie pas, même si les absences volontaires ou provoquées laissent un goût amer sur la page d’histoire marquant la conquête du pouvoir.
Aujourd’hui, ces brèches qu’on ouvre gratuitement et sans raison valable au sein de notre parti Apr, porte-étendard de la mouvance présidentielle, pourraient être lourdes de conséquences.
Notre credo doit être de resserrer les rangs, élargir la base, massifier le parti et travailler à le maintenir le plus longtemps possible au pouvoir, voire au-delà de 2035, pour que le programme du Président Macky Sall pour «Un Sénégal pour tous, un Sénégal de tous» soit la réalité la mieux partagée.
Mais ne dormons pas sur nos lauriers, car toute auto-flagellation peut conduire à une autodestruction ! Je pense sincèrement que les «prétendants au trône», ciblés ou soupçonnés, parce qu’ils ont accès au dernier carré du parti et de l’appareil d’Etat, ne sauraient être jugés sur la place publique. Leurs comportements et démarches doivent être appréciés autrement et traités dans des cercles plus responsables et plus restreints. Les avis partagés et les conflits en politique procèdent le plus clair du temps, soit du nécessaire dynamisme inhérent à tout projet politique, soit de la léthargie, ou bien des intérêts souvent personnels à sauvegarder et à la nature des hommes, etc.
Il faut reconnaître que cela participe également de l’animation du parti – tant que c’est maîtrisé – sans laquelle il serait illusoire de parler de parti politique, encore moins de démocratique. Convenons-en, toute société est confrontée à l’existence du différent, à la potentialité du différend et à l’éventualité de la différenciation !
Par ailleurs, nous estimons que, sauf éléments tangibles à mettre sur la table, un responsable digne de ce nom doit se garder de jeter en pâture le nom d’un camarade, surtout quand ledit camarde, bénéficiant de la confiance du chef de l’Etat, occupe et continue d’occuper de très hautes fonctions étatiques et politiques. Et n’oublions pas cet adage bien de chez nous qui veuille que «toute information vulgarisée par le petit Maure lui vient de sous la tente».
C’est inélégant, contre-productif et fait naître des suspicions inutiles et préjudiciables au climat de conscience nécessaire à toute véritable entreprise politique en quête de progrès.
Dans cet univers de la société du commentaire, sur «tout et son contraire», la politique finit par se résumer aux petites phrases sorties de leur contexte. Et ceux-là qui clabaudent dans les shows télévisés et sur les réseaux sociaux n’argumentent plus, ils imposent leurs idées en croyant ainsi s’imposer. Ils utilisent la technique simpliste de l’insinuation et de la dissémination du doute. Malheureusement, ce début du vingt et unième siècle oriente vers le «tout Facebook» et dans cette dynamique, c’est plus le dérapage qui attire l’attention. L’excès, le défaut, la brutalité captivent davantage que la sagesse. Notre société qui maintenant semble rire de tout commence à s’habituer à la violence verbale. C’est vrai, nous comptons dans les rangs du parti beaucoup d’athlètes de la parole, mais il ne serait pas mauvais qu’ils aient près d’eux des hommes de raison pour leur indiquer dans quel sens ils feraient bien d’utiliser leurs dons. Nous ne devons pas accepter que l’anecdote prenne le pas sur l’essentiel. Alors, je pense honnêtement que le linge du parti doit être lavé et tranché en famille, entre quatre murs et non être étalé au quotidien dans la rue, ce qui participe à créer une paranoïa collective telle que manifester une sympathie pour un acteur «surveillé» ou même s’asseoir à côté de lui devient suspect aux yeux des pourfendeurs. Pourtant, l’histoire n’a cessé de nous apprendre que persécuter un homme politique, ce n’est pas seulement le grandir, c’est aussi l’innocenter, fut-il coupable.
Oui, le Président doit, une fois encore, et recommencer s’il le faut, à mettre en garde tous ceux qui, dans son camp, de par leur démarche, leur attitude et ou leur discours, sont en train de saper son travail, sa politique, mais aussi la quiétude des Sénégalais.
Dr Aly Coto NDIAYE
Président du Fdsut

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