PARTAGER

Voici le grand Larbi Ben Barek, le premier grand footballeur africain de renommée mondiale. «La perle noire» du football. Sans nul doute, l’un des meilleurs footballeurs de tous les temps, très méconnu même parmi les aficionados du ballon rond aujourd’hui. Marocain de nationalité, sa plus longue carrière fut en Equipe de France (1938-1954). Plus tard, Edson Arantes Do Nascimento dit «Pelé» dira de lui  : «Si je suis le roi du football, Ben Barek en est le dieu.» Cela laisse deviner tout le génie de cet attaquant qui a d’abord joué au milieu de terrain. Il est de la race des virevoltants dribbleurs comme Garrincha et Ronaldinho.
Voici l’homme qui a ouvert la voie au Malien Salif Keïta, au Guinéen Chérif Souleymane, au Mozambicain Eusebio, aux Camerounais Roger Milla, Théophile Abéga, aux grands gardiens Thomas N’kono et Joseph Antoine Bell, à Jean Manga Ongéné, le Camerounais ballon d’or africain en 1980 et qui a manqué la Coupe du monde España 82 pour cause de blessure, Samuel Eto’o Fils, aux Egyptiens Tahar Abouzeid, le génial attaquant qui a donné du fil à retordre au génial gardien de but sénégalais Cheikh Seck lors du match d’ouverture de Caire 86, les grands butteurs Mahmoud Al Khatib et Mohamed Salah, au Tunisien Tarak Diab, aux Algériens Rachid Mekhloufi et Rabah Madjer l’homme à la fameuse talonnade, aux Marocains Aziz Bouderballa, Ezzeki Badou Zaki et Mohammed Timoumi et aux Sénégalais Jules Bocandé, Oumar Guèye Sène, Roger Mendy, El Hadji Diouf, Sadio Mané, aux génies ghanéens Abdoul Razak «Golden Boy», Samuel Opku Nti et Abédi Ayew «Pelé», aux Nigérians Jay-Jay Okocha, Rachidi Yekini et l’élégant Samuel Okwaraji qui s’est distingué lors de la Coupe d’Afrique 88, aujourd’hui décédé, aux Ivoiriens Laurent Pokou, Alain Gouaméné, Youssouf Falikou Fofana le gaucher en or, Yaya Touré et Didier Drogba aux Congolais Ndaye Mulamba, Muntubila Santos et Kabongo Ngoy, au Libérien George Weah et tant d’autres footballeurs africains aux fortunes diverses dans les stades européens, qu’ils soient dans des équipes nationales européennes ou africaines.
En tous les cas, le chemin a été long. Ailleurs dans la diaspora, d’autres perles noires comme le roi Pelé ont brillé de mille éclats dans les stades. Tout le monde se souvient du virevoltant demi-relayeur français d’origine malienne, Jean Amadou Tigana, le célèbre numéro 14 de Bordeaux et de l’Equipe de France, de José Touré, un phénomène du ballon rond qui a fait une courte carrière, aux solides Marius Trésor, Gérard Janvion et Jean Pierre Adams. Aujourd’hui, on parle très peu de la carrière du pionnier Raoul Diagne, fils de Blaise Diagne, en Equipe nationale de France.
Dans le domaine des rapports humains, le monde du football était en avance sur l’époque. Les Marseillais criaient dans les stades et les rues «vendez la Tour Eiffel, ne vendez pas Ben Barek !» Les cris de singe que l’on entend aujourd’hui dans certains stades européens, les propos racistes anti-noirs et anti-arabes qui sévissent aujourd’hui n’existaient pas à l’époque. C’était le temps de la joie insouciante, du plaisir de la découverte de figures noires qui provoquaient la curiosité, le temps de la bonne musique et du raffinement à l’excès. Aujourd’hui, la politique à tout-va, la géopolitique et la surmédiatisation des différences et des conflits empêchent le recul et la retenue.
Né vers 1917 au Maroc, il a joué à l’Usm Casablanca, au Fus Rabat et à l’Idéal club de Casablanca avant de monter en Europe où son talent a littéralement explosé à l’Om, au Stade Français et à l’Atletico de Madrid. Champion d’Espagne avec l’Atletico en 50-51, il obtient la Super coupe avec la même équipe, il a été aussi champion du Maroc et de l’Afrique du Nord avec l’Union sportive marocaine. Il est jusqu’ici le seul Africain à trôner sur le football mondial. Il a été meilleur footballeur du monde. Son seul regret, a-t-il confié dans une interview, «c’est de n’avoir pas joué avec Pelé.» Plus âgé que le génie brésilien, il a fait exploser tout son talent de terrible dribleur en Europe. Il est mort dans l’extrême solitude le 16 septembre 1992 à Casablanca. La Fifa lui a discerné à titre posthume la médaille de l’ordre du mérite. Ainsi s’achève la vie de l’homme qui était surnommé la «Perle noire».

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here