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La réparation ou le dédommagement des victimes : C’est la nouvelle bataille à gagner dans la guerre qui oppose Hissein Habré aux organisations de défense des droits de l’Homme. Elles vont mettre «sous pression l’Union africaine et le Fonds volontaire» pour saisir les biens de l’ancien Président tchadien.

C’est ce qu’on appelle un dénouement heureux. Le délibéré du procès de Hissein Habré, condamné à la perpétuité pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, a été confirmé en appel jeudi passé. Mais ce n’est certainement pas pour autant la fin de cette affaire. En effet, les victimes de l’ancien Président tchadien vont devoir se retrousser les manches pour se faire réparer. Souleymane Guen­gueng, une des victimes, explique : «Il n’y aura une justice que quand la réparation sera effective.» A ce titre, Reed Brody de la Commission internationale de justice admet que «dans la réalité des faits, toute victime a droit à la réparation, mais il faut voir comment le rendre effectif». Pour cet artisan du procès de l’ex-dictateur tchadien, «la bataille, c’est de trouver l’argent de Hissein Habré» car, estime-t-il, «il a pris tout l’argent du Trésor tchadien pour l’amener ici au Sénégal. L’enjeu, c’est de trouver maintenant cet argent. La Cour d’appel a chargé le Fonds volontaire de trouver cet argent. Nous allons mettre beaucoup de pression sur l’Union africaine et le Fonds volontaire pour accomplir cette tâche qui est de chercher, identifier et saisir les biens de Habré». Le Chargé de la communication des Chambres africaines extraordinaires, Franck Petit, estime que la non-effectivité de la réparation peut conduire les victimes à un sentiment d’injustice. Il est convaincu que «la mobilisation des biens de Habré pour dédommager les victimes ne va pas arriver du jour au lendemain. Il y a plein de questions qui se posent et qui peuvent conduire les populations à avoir un sentiment de satisfaction diminué».

La leçon tirée du procès de Habré
Bien que le procès de l’ancien Président tchadien «ait enregistré quelques irrégularités», il pose le débat sur une justice «africaine». Doit-on continuer à envoyer nos dirigeants à la Cpi tout en ayant des Chambres africaines extraordinaires ? Pour Reed Brody, ces 2 Cours de justice doivent être complémentaires plutôt que de s’opposer. Il est pour le maintien de l’Afrique dans la Cpi : «Il ne faut pas qu’il y ait une opposition entre la justice nationale et internationale. Il faut multiplier les possibilités.» Pour M. Brody, le procès de Habré est un exemple. «Le plus important dans ce procès est de montrer avec ténacité et persévérance que c’est possible. Pour Yahya Jammeh, évidemment il faut créer ces conditions politiques», a-t-il expliqué hier lors d’un débat sur la restitution de la décision de la Cour d’appel des Chambres africaines extraordinaires. C’est le même son de cloche chez Alioune Tine de Amnesty international. Il préfère regarder le verre à moitié plein. «Nous créons les conditions d’une souveraineté judiciaire en Afrique. On a la capacité de juger les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide», informe-t-il. Avant d’ajouter : «Il y a des polémiques centrées sur l’Afrique pour dire que nous sommes les seuls à être ciblés. Aujourd’hui, on a réglé la question de la subsidiarité et de la complémentarité. C’est la première des leçons. Est-ce que le protocole de Malabo peut régler le cancer de l’impunité de l’Afrique ? Non, vous ne pouvez pas avoir un protocole où les acteurs qui sont censés créer les crimes de guerre et crimes contre l’humanité sont pour l’impunité. Avec les Cae, nous avons les capacités de réduire fortement les Africains envoyés à la Cpi. C’est une question de volonté politique.»
mgaye@lequotidien.sn

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