PARTAGER

Depuis lors, les  différents mondes ne cessèrent de s’affronter sans pour autant aboutir à une conflagration généralisée comme les deux grandes guerres. Quelques années auparavant, entre 1990-1991 c’était «la première guerre» du Golfe, menée par George Bush père et le général Norman Schwartzkopf. Ce fut la première grande guerre après la paix et l’espoir infini en la fin d’une époque. On a eu droit aussi à la guerre Iran-Irak entre 1980 et 1988, qui a fait 500 mille morts et 1 million 200 mille blessés. Tout le monde croyait à la résolution définitive de l’impasse nucléaire. La guerre nucléaire n’a pas eu lieu, pensait-on. Malgré la crise des fusées à Cuba entre les Usa et l’Urss qui a frôlé la catastrophe atomique, les stratèges ont continué à parler de l’utopie nucléaire dont la signification affère à l’impossibilité pour le principe de la peur à garantir la paix. L’arme atomique était si terrifiante et la peur panique d’une catastrophe généralisée entraînant la disparition de l’espèce humaine était d’une évidence telle que la perspective de l’utiliser était peu envisageable dans une guerre mondiale. C’est alors que le monde entra dans une rhétorique du désarmement censée respecter et perpétuer les doctrines du pacifisme héritées de la Société des nations et ensuite l’organisation des Nations unies. Il n’y a pas plus complexe que les relations internationales, la diplomatie et la gestion de la paix.
Cependant, «la communauté internationale» a tort aujourd’hui de négliger l’escalade  verbale  et militaire entre les Etats-Unis et la Corée du Nord ; ce laxisme s’explique par la culture de la paix, née de la guerre froide et qui était fondée sur l’utopie nucléaire. La guerre froide est une exceptionnelle période de paix dans l’histoire européenne, selon Philippe Delmas. Tout le monde se dit qu’il n’y aura pas d’affrontements nucléaires. C’est impossible. Mais on oublie que ce fut le même discours et le même optimisme accompagnés par les chansonnettes, les fleurs et les embrassades énamourées qui ont accompagné les jeunes soldats qui se rendaient au front en 1945. «C’est impossible. Il y a eu trop de morts entre 14-18, où le gaz a été utilisé, les hommes ne sont pas assez fous pour déclencher une deuxième guerre mondiale avec autant de machines à tuer», se disait-on. Aujourd’hui, on observe des fous qui jouent à se faire peur avec des joujoux des plus mortels. Si les Coréens pensent que les «Yankees» tiennent trop à la vie et que toutes les manœuvres militaires dans la péninsule coréenne ne sont que pure manœuvre, ils se trompent. La puissante Chine est là et elle peut exercer un étranglement financier contre les Usa,  rien n’est sûr ; le pays de Deng  Xiaoping peut appliquer le principe du découplage stratégique qui permettait aux Américains, lors de la guerre froide, d’envisager un faible engagement militaire et même une neutralité en cas de guerre conventionnelle menée par l’Urss contre l’Europe Occidentale. Le découplage est un principe de dissociation fondé sur l’idée que le jeu n’en vaut pas la chandelle en cas d’affrontement résiduel et circonscrit. L’attitude de la Chine, un pays qui a des intérêts financiers à défendre et qui ne veut  pas «bazarder» sa conquête mondiale d’autres espaces vitaux comme l’Afrique, va certainement dans le sens de la préservation des intérêts financiers. N’oublions pas que la Chine est un pays politiquement «communiste» et économiquement capitaliste. C’est le premier créancier des Usa, comme elle dépend aussi du pays de l’Oncle Sam, selon le principe évident de la co-dépendance. On aurait pu s’attendre à une vigoureuse réaction de la Chine contre l’Administration Trump, histoire de protéger la Corée du Nord, mais rien n’y fit. On n’a eu droit qu’à des gesticulations dignes des formules les plus raffinées de la diplomatie française. Toutes ces puissances sont prédatrices, elles ont cela en commun d’être animées par une bête féroce dans la préservation des intérêts économiques. Elles sont même capables de tempérer l’orgueil national pour des raisons économiques et financières. Il y a quelques années, la flotte américaine a coulé et détruit un sous-marinier nucléaire, la fine fleur de la marine Russe, transportant la torpille la plus aboutie en matière de balistique. Il n’y a eu aucune suite… militaire à cette affaire qui n’a pu être réglée qu’ailleurs sur un autre terrain. C’est cela la Realpolitik à la Bismarck.
Le déclenchement des hostilités ne dépend toujours pas de la stratégie militaire, des manœuvres tactiques ou de la doctrine, c’est une mécanique dont l’engrenage est complexe et incompréhensible. Personne ne peut savoir les causes véritables d’une guerre. Il a fallu deux mille pages pour un génie comme Léon Tolstoï pour venir à bout d’une telle problématique. Lorsque les Japonais ont anéanti la base américaine de Pearl Harbour, face aux exultations après l’opération, le chef militaire japonais plein de sagesse a prononcé ces mots prémonitoires : «Je crains d’avoir réveillé un géant qui dormait.» Il ne faut pas que le mythe du Peuple guerrier, du militarisme ancestral, nous fasse croire qu’il existe des «ethnies», des cultures plus aptes naturellement à la défense militaire que d’autres.
Un Peuple peut être plus aguerri qu’un autre, mais face à la menace de mort, toutes les cultures sont capables de férocité. (A suivre)

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here