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La prestation de la ministre déléguée, chargée de la Restructuration et de la re­qualification des banlieues, Mme Fatou Tam­bédou, vendredi dernier, lors de la séance plénière de l’As­sem­blée nationale, sur le projet de loi d’orientation sur l’habitat social, a été révélatrice d’une grave crise de gouvernance. Vrai ou faux, le ré­quisitoire de Mme Fatou Tambédou met à nu l’absence de contrôle que l’As­sem­blée nationale au­rait dû exer­cer sur l’action gouver­ne­mentale et des fail­les managériales qui caractérisent la manière dont le Pre­mier ministre conduit son équipe gouvernementale. Pour cette raison, je m’ins­cris en faux contre la thèse qui voudrait nous fai­re avaler que Mme També­dou était fautive dans ce scandale gravissime, qui té­moigne de la faiblesse de nos institutions et de l’incurie des hommes qui les animent.
Un quotidien de la place nous retrace le film de l’événement : «Mme Fatou Tambédou s’est fendue d’un coup de gueule digne du nom, contre le ministre Diène Farba Sarr, en pleine réunion des députés. Prenant la parole, ce vendredi, lors du projet de loi d’orientation sur l’habitat social, elle a clairement indiqué aux parlementaires qu’elle ne saurait vous dire où est passé le budget voté pour ses Services. Même le carburant, dit-elle, c’est de sa propre poche qu’elle se le paie. Poursuivant son réquisitoire de feu contre Diène Farba Sarr, Fatou Tambédou soulève un gros lièvre en ces termes : «Diène Farba m’avait demandé de ne pas venir à l’Assemblée nationale, après avoir dit à certains députés que j’étais malade, ce qui est totalement faux !».»
On n’a pas besoin d’être un psychanalyste, un psychologue ou un psychiatre pour comprendre que Mme Fatou Tambédou a complètement pété les plombs en vidant son sac devant les représentants du Peuple. Avait-elle un espace plus approprié que l’Assemblée nationale (qui vote les budgets des ministères et chargée de contrôler l’action gouvernementale) pour raconter le calvaire qu’elle vit depuis deux ans ? Y avait-il possibilité de se confier à une autorité hiérarchique, en cas de désaccord avec son ministre de tutelle ? La voie qui mène au président de la République ou au Premier ministre est-elle ouverte à tous les ministres ?
Voilà des questions importantes qu’il faudrait se poser avant de prononcer la sentence à l’encontre de l’ex-ministre déléguée.
Si la ministre déléguée n’a pas accès au budget dédié à son ministère par le vote des députés, y a-t-il une instance plus indiquée que l’Hémicycle pour dire aux parlementaires : «Je n’ai jamais reçu le budget que vous votez et rien ne garantit que je percevrai celui que vous aurez à voter prochainement  au nom de mon ministère …» Les honorables députés étaient ainsi interpellés pour déclencher une procédure de contrôle à l’endroit de son ministre de tutelle, M. Diène Farba Sarr, accusé -indirectement- d’avoir détourné le budget qui lui était destiné ! L’Ige et les autres corps de contrôle de l’Etat, y compris l’Ofnac, sont aussi interpellés pour savoir où est passé l’argent du contribuable ?
Mme Fatou Tambédou a fait un acte héroïque qui comporte -certes- des risques, mais le faisant, elle rend service à toute la nation et ouvre la voie à un nouveau type de mangement que le président de la République et son Premier mi­nistre sont désormais obligés de tenir en considération. Mme l’ex-ministre déléguée en avait ras-le-bol de vivre son calvaire dans la solitude. Elle a mis du carburant dans sa bagnole pour saisir cette opportunité de rêve que lui fournissait la tribune de l’As­semblée nationale. C’est regrettable que cette Institution soit dé­voyée de sa quintessence et dé­pouillée de son rôle premier, à cau­se d’un  mode de scrutin cy­nique et archaïque. Avant Mme Fatou Tambédou, les anciens mi­nistres-conseillers et Profes­seurs Malick Ndiaye et Mme Amsatou Sow Sidibé avaient jeté l’éponge pour des raisons presque similaires !
Au regard de cette cascade de démissions et de protestations, il urge, pour Monsieur le président de la République, de revoir ses rapports, jugés trop distants, avec ses propres ministres ; mais c’est également le lieu de revoir le mo­de d’investiture et d’élection des députés afin que la prochaine Assemblée nationale, qui sortira des urnes en 2017, soit une véritable Assemblée de rupture, tant sou­haitée par le Peuple sénégalais.
En attendant, disons : Bravo à Mme Fatou Tambédou, qui a osé briser le silence et rompre du coup, les chaînes d’une servitude inqualifiable, imposée par une tutelle, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle est misogyne et bassement irresponsable.
M. Mamadou Bamba NDIAYE
Ancien Ministre des Affaires
religieuses
Et Président du Mpad
ndiabamba1949@gmail.com

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