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L’inauguration de la mosquée de Massalikoul Djinane, projet d’envergure, le 27 septembre 2019, est sans conteste une grande manifestation de la ferveur, de la détermination, de l’engagement et du sens de la solidarité de la communauté mouride. Avec ce chef d’œuvre, les disciples de Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul montrent à souhait que les enseignements du grand guide sont jalousement gardés et traduits en actes, les uns plus forts que les autres. Dakar abrite désormais le joyau que l’hebdomadaire Jeune Afrique a considéré comme «un chantier colossal, (avec) des mensurations qui donnent le tournis… Le tout grâce à la générosité des Mourides».
La pose de la première pierre de cette grande mosquée avait été effectuée le 5 décembre 2009 par le chef de l’Etat d’alors, Maître Abdoulaye Wade, accompagné du Khalife général des mourides de l’époque, feu El Hadji Serigne Mouhamadou Lamine Bara Mbacké. Les travaux, qui ont démarré effectivement le 12 juillet 2012, à Colobane, sur un gigantesque terrain de six hectares, ont mobilisé énormément de ressources, obtenues grâce à la promptitude légendaire des Mourides à apporter leur contribution quand besoin est. Il faut saluer, là, cette grande qualité humaine puisée des enseignements de Cheikhoul Khadim qui a toujours prôné la solidarité agissante et le travail acharné.
C’est le lieu de saluer, ici, l’excellent travail du Consortium des Entreprises du Sénégal (CDE) chargé du gros œuvre, le professionnalisme de l’architecte Meïssa Diodio Touré, l’expertise des ouvriers et le savant pilotage du projet par Mbackiou Faye, représentant du Khalife général des Mourides dans la capitale. Le résultat est tout simplement magnifique : Massalikoul Djina­ne (“Les chemins du paradis”, en arabe) peut contenir 7 000 fidèles pour ce qui concerne la grande salle de prière, auxquels il faut ajouter les 3 000 places pour les femmes dans la salle attenante. A certaines occasions de forte affluence, comme la Tabaski, la Korité ou le mois de Ramadan, la mosquée pourra contenir jusqu’à 20 000 personnes supplémentaires, soit un total de 30 000 fidèles. Le complexe Massalikoul Djinane compte en son sein un institut d’études islamiques avec une salle de conférences et, une résidence pour le khalife et ses invités, d’une capacité de cinq cent personnes avec toutes les commodités.
Cette imposante infrastructure de belles coupoles surmontées de cinq minarets dont le plus grand culmine à une hauteur de 78 mètres et les autres sont hauts de 45 mètres. Les cinq minarets ont été réalisés par Royam, une entreprise suisse spécialisée dans les constructions verticales grâce à la technique du coffrage glissant qui est utilisée pour la première fois au Sénégal. Les fondations sont stabilisées à 22 mètres de profondeur.
Le complexe a coûté 22 milliards de francs Cfa, dont un tiers versé par le Khalife général. La totalité des fonds provient donc des dons du khalife et des talibés et d’un appui de la part de l’Etat à hauteur de sept milliards de francs Cfa et une contribution personnelle du président de la République, Macky Sall, pour 50 millions de francs Cfa.
Pour Dakar, les retombées économiques seront énormes. Située entre les deux plus grands marchés de la capitale, la mosquée Massalikoul Djinane devrait changer le paysage urbain et modifier la sociologie du quartier. Proche d’une gare routière de Colobane et d’un marché très populaire, la mosquée offre des opportunités économiques importantes.
Selon l’imam Moustapha Mbacké ibn Serigne Abdou Khadre Mbacké, la réception officielle de la mosquée Massa­likoul Djinane doit être pour les mourides une occasion de «célébrer Serigne Touba», lequel, a-t-il dit, «a donné de sa personne pour le triomphe de l’islam».
Selon le sociologue Kaly Niang, la confrérie mouride est très hiérarchisée et très bien organisée, où les ordres (ndiguel) du khalife, relayés par les marabouts, sont exécutés sans contestation, où les valeurs mises en avant sont celles de l’effort, de l’ordre, de la discipline et surtout du travail, sacralisé. La devise est : «Travaille comme si tu ne devais jamais mourir et prie comme si tu devais mourir demain.»
La mosquée Massalikoul Djinane offre à la Umma une manifestation de la majestueuse générosité, du fervent attachement à Cheikhoul Khadim et de la légendaire solidarité des Mourides. L’œuvre de Serigne Touba se trouve, encore une fois, magnifiée de la manière la plus sublime à travers ce joyau architectural qui embellit Dakar, agrandit les possibilités de sacrifier au rituel de la prière et offre une infrastructure intellectuelle de très grande classe.
Mamadou Moustapha FALL
Professeur
Conseiller technique au Fonds d’appui
à l’Investissement des Sénégalais de l’extérieur (Faise)
moustaphaby2000@yahoo.fr

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