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Depuis sa réélection en février 2019, le président de la République Macky Sall ne cesse de marteler dans ses discours la nécessité de réformer le pays. Dernièrement lors d’un panel, il dénonçait les conséquences de l’immo­bilis­me endémique : «Si on continue de cette manière, il ne faut pas se voiler la face, il n’y aura rien en 2035 et on continuera à vivre dans un pays sous-développé.»
En effet, malgré les avancées majeures notées dans le pays dans presque tous les secteurs, le constat est quasi unanime que le Sénégal peut aller plus loin si les Séné­galais acceptent de faire face à leurs tares sociétales, mais aussi à celles systémiques de sa gouvernance. Ce besoin est ressenti et exprimé par tous.
Le Président Macky Sall, lui-même, reconnaissait n’avoir pas assez réformé durant son premier mandat. Ce, malgré les réformes réussies, notamment celles de l’enseignement supérieur, de l’énergie. A celles-ci s’ajoute la mise en œuvre du Programme de réforme de l’environnement des affaires et de la compétitivité (Preac) qui a permis une remontée de presque quarante (40) places dans le Doing Business ces six dernières années. Cette situation s’explique par sa volonté d’assurer le préalable indispensable : disposer d’un diagnostic. Aussi a-t-il commandité des études et audits qui ont concerné notamment la question foncière (avec la Commission nationale de réforme foncière), l’éducation, l’Administration, la fiscalité (l’équité à travers l’élargissement de l’assiette), la justice, les Codes miniers et pétroliers entre autres. De vastes chantiers que certains considèrent dignes des douze travaux d’Hercule, tant la tâche semble ardue et impossible. Dès lors, disposant d’une légitimité populaire et démocratique confortable, ce second mandat s’inscrit dans l’application de ces réformes nécessaires pour la transformation positive et durable du pays.
A cet effet, il est important de préciser qu’il faut de la vision, de l’ambition pour son pays et surtout du courage politique pour aller au bout des réformes. En réalité, il est difficile de faire bouger les hommes de leurs habitudes, privilèges, prébendes et intérêts spécifiques, même si ces derniers sont préjudiciables à la collectivité. Il est clair que la plus grande et difficile réforme est celle des mentalités ; donc citoyennes, car c’est dans la nature des hommes de se plaindre et d’avoir peur du changement. Sans doute le gouvernement fera face à des mouvements d’humeur, de pressions de lobbyistes et probablement d’actes de sabotage ou d’insubordination. Mais fort heureusement, le chef de l’Etat en est conscient. Il affirmait avec lucidité : «Il faut affronter les forces tapies dans l’ombre et qui empêchent d’avancer. Il suffit juste d’avoir le courage et de croire en Dieu et personne n’y pourra rien…» Oui, avoir le courage d’être impopulaire, de résister au bashing médiatique, d’ignorer la désinformation des populistes sur les réseaux sociaux.
Cependant, le succès de ces réformes repose fondamentalement sur la démarche adoptée. Donc la question est : pourquoi et pour/avec qui réformer avant d’entamer le comment. Aussi est-il important de communiquer afin d‘expliquer et de dialoguer pour aboutir à un consensus.
D’abord dialoguer pour une démarche inclusive et collective avec toutes les forces vives de notre chère Nation : syndicats, chefs religieux et coutumiers, partis politiques, société civile etc. A cet égard, le Dialogue national est le lieu adéquat pour mener les discussions sur ces réformes économiques, politiques, sociales voire sociétales. Il est alors heureux de constater que le processus soit institutionnalisé avec le dernier décret mettant en place le comité de pilotage et son installation officielle. Ensuite, expliquer à travers une vaste opération de communication structurée la vision derrière ces réformes. C’est au gouvernement de s’approprier le rôle à travers une solidarité gouvernementale et une synergie d’actions proactives.
Cependant, le contexte nous rappelle aussi au réalisme. En effet, il y a quelques semaines, le Président prédisait, parlant des réformes, que «ça va tanguer». Or le bateau «Sénégal» nous appartient à tous. S’il tangue dangereusement parce que nous ne voulons pas changer positivement, nous y resterons tous. Mais s’il arrive à bon port, celui du développement en passant par le cap émergence, cela résultera à des conditions de vie meilleure pour tous et un fort sentiment de fierté nationale.
Oui, il faudra aller vite dans un monde de compétition, mais y aller sûrement à travers un calendrier digeste et rythmé. En effet, malgré la volonté et le courage du chef de l’Etat, tout ne sera pas fini, mais chaque citoyen a le devoir d’accompagner la réussite de cette ambition pour le pays. En réalité, la politique n’a de sens que lorsqu’elle a un impact positif et palpable dans le quotidien et l’avenir des citoyens.
En définitive, un pays se construit par des sacrifices de ses dirigeants d’abord et de son Peuple. Aussi, notre cher Sénégal a besoin d’un esprit collectif optimiste et d’un souffle positif qui donneront à chaque citoyen, chaque jour, la volonté de donner le meilleur de lui-même pour la réussite de la construction d’une Nation solidaire et d’un pays prospère.

Fossar Banding SOUANE
Spécialiste en développement
et coopération internationale
Président du Conseil d’Orientation
du PROMISE

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