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Que de certitudes foulées aux pieds ! Que de normalisme désuet ! Que de formalisme obsolète ! Dans nos pratiques enseignantes de tous les jours, le sifflement des concepts «d’emploi du temps», «de volume ou de quantum horaire» sonne comme une voix «alto» au milieu d’une symphonie normée et entretenue par les directions pédagogiques de nos établissements respectifs jusqu’à créer, parfois, des heurts et des leurres dans les relations entre les administrations et les enseignants.
Comme un Peuple de troglodytes, chacun use et abuse de sa force pour alimenter la surenchère jusqu’à l’extrême. Chaque entité restant sur des positions figées quant à l’interprétation des cours de législation glanés çà et là et laissant de côté ce qui semble le plus essentiel. Le médium du partage du savoir reste le parent pauvre des stratégies du pilotage dans les systèmes éducatifs. Dans un optimisme candide qui satisfait l’écrasante majorité des acteurs, la cuirasse se fendille pour laisser l’ennemi percer les lignes de défense et envahir notre forteresse-école si chère à chacun de nous tous. Insaisissable, invisible, le légionnaire se nomme Covid et a le matricule n° 19.
Comme pour nous replonger dans les affres d’Hiroshima, le Covid-19 met à nu les anomalies du système plus enclin à un légalisme qu’une approche systémique novatrice. Il brise le triangle pédagogique. L’enseignant est remplacé par un concurrent hermaphrodite qui séduit tous ces utilisateurs : l’outil informatique.
Quelle que soit sa variante ou sa forme (laptop, Pc, smartphone, tablette…), les Tice ont été quotidiennement dans nos classes sous le sceau de l’officieux et considérées comme des éléments perturbateurs par les enseignants, les inspecteurs ou administrateurs, fussent-ils pour la recherche d’une information afférente à l’objet d’étude.
La raison reste toute simple, chacun reste dans sa bulle de confort qu’il s’est construit depuis belle lurette, mais surtout pour entretenir une certaine domination et une chronophagie pédagogique devant des apprenants plus enclins à ces gadgets faciles de manipulation, moins contraignants et plus avantageux en termes de recherche. Le hiatus semble très profond entre une génération d’apprenants «hyper informatisée» et une classe enseignante essentiellement «has been», aussi bien dans ses activités didactiques que pédagogiques.
La dose virologique inoculée par le Covid-19 dans le système éducatif vient nous extirper d’une inertie systémique pour nous informer (planificateurs de l’éducation, inspecteurs, enseignants…) que la rigidité des pratiques enseignantes et surtout les outils qui les accompagnent sont voués aux gémonies.
En effet, l’essentiel des outils pédagogiques est manualisé, les enseignants restent réfractaires à l’utilisation des Tice en classe et les Administrations tétanisées par la nouvelle charge de travail induite par le vidéo-projecteur ou le tableau blanc inter actif qui boutent hors du kit la fiche cartonnée qu’on traîne comme les munitions d’une kalachnikov prêtes à exploser entre nos mains. Quid de l’inspecteur qui plastronne au fond de la classe sous ses élans inquisiteurs ?
Tout le système est secoué, car la rupture du cordon ombilical qui crée une hémorragie que chacun essaie de stopper pour sauver la nymphe «école sénégalaise» qui commençait à prendre sérieusement des rides, pour ne pas dire s’enlaidir de ses perpétuelles tergiversations internes. Mais c’est sans compter avec la pénibilité dont font preuve les vaillants guerriers de l’enseignement, plus émerveillés par la découverte d’un «pointeur», d’un «stylo magnétique», d’un «tableau interactif», quels outils sais-je encore, qui amplifient le niveau de stress devant une méga-classe virtuelle et invisible.
La tâche est laborieuse et les actants, dans la grande partie, jetés en pâture devant des millions de téléspectateurs qui scrutent la moindre erreur, la moindre faute d’orthographe, l’erreur la plus bénigne dans les explications d’une application, d’un théorème ou d’une formule qui semblent nous échapper devant ces censeurs incognito.
Toutes ces élucubrations pour bien paraître nous font prendre conscience de nos routines, nos suffisances et nos apories, quelle que soit la date de notre premier ordre de service ou «O.S». Le couperet tombe comme pour nous rappeler la vacuité de ce substantif magique «doyen» dans l’enseignement que certains portent en bandoulière comme la mesure d’une compétence, pour mieux se libérer des contraintes de la fonction. C’est là que je comprends maintenant l’amalgame entre l’ancien et l’expérimenté, le novice et le doyen.
Alors, la pandémie du Covid19 nous interpelle sur le nouveau type d’enseignant pour notre système éducatif, pour mieux paraphraser les «Y’en a marristes», car le nouveau type de Sénégalais ne doit pas être l’apanage du hip-hop uniquement, mais doit traverser toutes les logiques sociales et catégories socioprofessionnelles. Par conséquent, les pouvoirs publiques et les autorités académiques devraient inclure dans la formation des enseignants de nouvelles compétences qui, audelà d’une démarche d’urgence synchronique imposée par la catastrophe Covid-19, s’avèrent être les soubassements d’une éducation durable, équitable et accessible à tous, quelles que soient les contingences sociologiques, géographiques voire économiques.
Quant aux enseignants que nous sommes, un devoir de parricide s’impose à nous.Loin d’être une salle des professeurs d’exhibition ou un baromètre d’un nombre de «followers» ou de «views» sur les réseaux sociaux, la grande mue doit être amorcée dès à présent pour mieux prendre en compte cette génération «digitalisée» que nous avons la responsabilité de conduire vers des prairies en 3D. Pour cela, il faut définir de nouvelles stratégies qui cassent la subordination juridique des apprenants et renouveler l’édification des établissements, afin de changer les croyances liées à la salle de classe.
Loin des bureaux bien ordonnés et des apprenants se tenant en ordre, la classe devient un véritable lieu de strokes, d’interactions ; tout simplement de vie.
Mais comment cela sera-t-il possible si les administrations au sein des établissements restent rigides avec un management fortement taylorien qui annihile l’initiative individuelle et l’innovation dans les pratiques de classe. Voilà tout le sens du «déconfinement» que nous devons chercher, à défaut d’un sérum pédagogique attrayant qui a toujours été en rupture.
Le «déconfinement» éducatif doit aller plus rapidement que celui sanitaire si chaque acteur reste conscient que l’école du 21ème siècle n’est pas un vaccin dont on ne sait pas les effets sur les apprenants. Le protocole est sans danger pour notre système éducatif. Il demande juste une remise en question permanente face à des scénarii de plus en plus mutables voire complexes. Cela suppose une «remise en route des cerveaux» pour accoster le bateau «Système éducatif sénégalais» à bon port selon l’azimut Tice. Aussi devons-nous emprunter les chenaux numériques avec nos apprenants-hackers qui restent les vrais matelots pour nous aider à réussir la manœuvre.
permettra d’atteindre les Odd à l’horizon 2030 doit rester créative, interconnectée, intégrative avec un enseignant-coach disponible tous les jours sur son smartphone, sa tablette, son ordinateur, etc. pour déjà anticiper sur un probable second assaut du soldat Covid-19. L’Ecole sénégalaise doit être «hackée» !

El hadji SAMB Formateur au Cfpc DelafosseDakar Chercheur en Education & consultant en Grh Ingénieur-conseil en formation sambelhadji@yahoo.fr

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