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L’homme a toujours affiché mépris et répulsion envers la transhumance et les transhumants. Mais voilà qu’aujourd’hui, il rejoint le parti présidentiel avec armes et bagages. On se demande si de ce fait, Souleymane Ndéné n’a pas ravalé les principes qu’il affichait il n’y a guère.

Lorsque le grand maitre se permet un wax waxèet (reniement), ses disciples se ne gênent pas pour l’ériger en règle. Après Abdoulaye Wade avec sa fameuse candidature en 2012, Macky Sall dans la réduction du mandat présidentiel de 7 à 5 ans, Me Souleymane Ndéné Ndiaye s’autorise un revirement de 360 degrés. Le dernier Premier ministre de Wade a fini par ravaler ses propres principes pour rejoindre les lambris dorés du pouvoir à côté de son «ami» Macky Sall. Il a cédé aux sirènes du leader de l’Apr qui le courtisait lors de sa présentation de condoléances à Samuel Sarr, samedi dernier. Il vient s’ajouter à la longue liste de transhumants qui ont déserté le temps des vaches maigres de l’opposition. Ils font florès : Djibo Kâ, Baïla Wane, Awa Ndiaye, Ousmane Ngom, Serigne Mbacké Ndiaye, Abdou Khafor Touré, Abdou Fall, Mamadou Lamine Keita,… tous ont abandonné Wade au nom de la «Patrie» pour se retrouver de l’autre côté du pouvoir. Pourtant, Souleymane Ndéné Ndiaye semblait se dessiner un destin présidentiel. En quittant le Pds en 2015, l’ancien maire de Guinguinéo a lancé son parti l’Union nationale pour le peuple (Unp) au mois de mai de la même année, après avoir qualifié de «mascarade» l’investiture de Karim Wade, en prison à l’époque, comme candidat du Pds à la Présidentielle de 2019.

«Je ne serais jamais un transhumant»
Cette option de Souleymane Ndéné Ndiaye fait jaser. Beaucoup même. Parce que l’homme passait pour un opposant avec des convictions fortes. Qui ne transige pas. Du moins, il se taillait ce costume. Alors lorsqu’il se trouve accusé d’être de mèche avec Macky Sall, après avoir reçu des mains du Président le titre de Commandeur de l’ordre national du Lion en avril 2015, Jules Ndéné botte en touche et clarifie sur le plateau de la 2Stv : «Pour ceux qui pensent que c’est un deal entre Macky Sall et moi, je vous jure sur le Saint Coran que je n’ai pas parlé avec lui de moi ou de mon avenir politique. Dieu nous est témoin. Avec le Président Macky Sall, on a parlé de Karim Wade. Mais je peux vous assurer qu’en le quittant, il ne savait pas que j’allais faire cette déclaration. Parce que sur le plan politique, je ne suis pas avec Macky Sall. Lui, il est dans son parti, moi j’étais dans un autre parti politique. Et je vous le dis tout de suite, je ne serais jamais un militant de l’Apr. Jamais je ne transhumerais vers un autre parti, je ne suis pas un transhumant.» Premier ministre entre 2009 et 2012, Souleymane Ndéné Ndiaye a assisté sans broncher aux brimades du régime libéral envers Macky Sall mais aussi en tant que ministre, à la destitution de ce dernier du Perchoir de l’Assemblée nationale. En rejoignant Macky, il ne quitte pas son parti, n’empêche pourtant ses convictions ont pourtant connu une forte évolution.

«Tout transhumant doit perdre ses droits civiques, civils
et politiques»
En observant dans le rétroviseur, l’homme a toujours détesté la notion de transhumance : «J’ai des valeurs, j’ai une conviction et je crois en moi, je ne fais pas du yo-yo. Je bannis la transhumance, je la réprouve, c’est une contre-valeur de la politique. C’est le pire des actes qu’un acteur politique peut poser. Les transhumants doivent être retirés de la liste des électeurs, car ils ont trahi tout le monde. D’ailleurs, quand je serai président de la République, avec une majorité à l’Assemblée nationale, je vais mettre dans le code électoral que tout transhumant perd ses droits civils, civiques et politiques.»
Dans l’implantation de son parti, Souleymane Ndéné Ndiaye ne manquait jamais de tirer sur le Président Sall. A ce titre, il a soutenu que le chef de l’Etat et son régime ont mis la charrue avant les bœufs dans la réforme sur les collectivités locales. «L’Acte 3 de la décentralisation est une catastrophe parce qu’il n’a pas été bien réfléchi. Il a été précipité. Je pense que les tenants actuels du pouvoir n’ont pas les compétences pour faire avancer le Sénégal», soulignait-il.
Mais au fil des années, l’ancien responsable libéral a mis de l’eau dans son bissap par rapport à ses relations avec le pouvoir. Sa cible depuis un moment n’était plus Macky Sall et son régime mais l’opposition. Lorsque les forces de l’opposition ont mis sur pied, le front Manko wattu senegaal, Jules Ndéné refuse d’y participer, ainsi que Modou Diagne Fada, un autre ancien Pds, exclu  pour «accointance avec le pouvoir». Il se permet même des piques à l’endroit de cette plateforme. Dans le dossier Petro Tim, qui a dominé la scène politico-médiatique dans le dernier trimestre de l’année 2016, l’avocat surfe avec l’amnésie et déclare ne pas avoir en tête tous les décrets qu’il a cosignés. En clair, il n’a pas chargé le gouvernement comme des membres de l’opposition qui accusent le Président Sall de «délit d’initié» en faveur de son frère dans ce sensible dossier sur le pétrole sénégalais. A 58 ans, l’homme du Sine-Saloum se lance dans le Macky. Reste à savoir si cette adhésion va rencontrer l’assentiment des membres de la majorité présidentielle car,  dit-il, «les choses ne seront pas faciles» pour lui.
bgdiop@lequtidien.sn

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