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«Dans cette tragédie, la mémoire des morts est plus terrible que celle des vivants, parce que leur sang, à défaut de crier vengeance, demande justice devant l’histoire. (…) Au­cune amnésie sélective ne devrait réussir indéfiniment à voiler des événements avérés. Car la mé­moire humaine a intégré que les horreurs de l’histoire ne doivent jamais tomber dans l’oubli», Tidiane Ndiaye, Le génocide voilé, Gallimard, 2008, p.161.
C’est l’amnésie qui rend possible la répétition des crimes. Le criminel tue deux fois : il vous abat, il cherche l’amnésie. C’est parce que les Africains subsahariens n’avaient pas assez parlé de la traite transsaharienne et orien­tale que des descendants d’esclavagistes arabes se permettent aujourd’hui encore de commettre de crapuleux crimes sur les Noirs. Les Subsahariens descendants ou parents des victimes ont oublié mais les Arabes petits-fils des bourreaux ont tout gardé dans leur mémoire écrite ou orale.
C’est parce que les anciens esclavagistes et théologiens ont traité le Noir en quantité secondaire que les Africains mélanodermes continuent d’être sous-estimés par les leucodermes du Maghreb, du Proche et Moyen-Orient et d’Occident. Tout cela à cause de la passivité et de la négligence des Noirs, de l’endoctrinement et de la manipulation des consciences. Les idées couchées sur papier sont des viviers où puisent les Arabes et Oc-cidentaux négationnistes de l’humanité du Noir. Cependant, rares sont les intellectuels noirs qui parlent du racisme et de l’esclavagisme arabes. Jusque-là, les pratiques des Occidentaux sont presque les seules à être décrites au vitriol. On parle du projet du Mémorial de Gorée mais pas d’un Mémorial de Zanzibar…
Les quelques rares esprits libres ou intellectuels perspicaces qui essayent de lever le coin du voile arabe sont aussitôt accusés d’hérésie ou de blasphème. Ils sont voués aux gémonies et leurs livres censurés. Les défenseurs du statu quo et leurs suppôts crient haro sur les intellectuels progressistes, brandissent des menaces de mort et donnent des primes à la délation. Donnant ainsi l’occasion aux descendants de négriers arabes de faire bégayer l’histoire. Hier, le criminel arabe castrait les esclaves noirs, aujourd’hui en Libye l’esclavagiste électrocute le membre viril du jeune migrant noir pour le condamner à la détumescence à vie. Preuve que l’homme arabe a le sexe dans le cerveau. Ce concupiscent jaloux et égoïste veut s’arroger l’exclusivité du droit à un phallus en turgescence. Constamment en rut, il jouit dès qu’il aperçoit le visage d’une femme !
Le devoir de mémoire nous enjoint de nous servir du passé pour ne pas répéter les erreurs. Nous ne devons pas permettre aux Arabes et aux Occidentaux de mettre une croix sur le devoir de mémoire. Pour lutter contre l’oubli, nous devons reconstituer les faits afin que l’opinion publique soit édifiée sur les crimes commis sur les Noirs dans le passé. La mise en garde étant une des fonctions de l’histoire, nous Africains Subsahariens n’avons pas le droit d’oublier.
Car c’est l’oubli qui donne les coudées franches au criminel récidiviste. Les criminels arabes et occidentaux avaient tué par le glaive, le couteau, la flèche, le fusil, la strangulation, la castration, etc. Des dignitaires européens, ecclésiastiques et laïcs, ont fait amende honorable mais les Arabes tardent encore à venir à résipiscence. Les descendants des esclavagistes arabes cherchent à faire disparaître les traces des actes odieux de sadisme de leurs ancêtres en mettant la documentation sous scellé, activant la fibre religieuse, muselant les intellectuels et journalistes, etc. Rien que pour rendre les Noirs amnésiques, passifs et dociles. Mais le devoir de mémoire interdit aux Noirs d’oublier.
En outre, vouloir trouver des solutions aux problèmes actuels de l’Afrique subsaharienne sans connaitre les causes profondes et lointaines de ceux-ci, c’est mener un combat perdu d’avance. Dans la reconstitution de la chaine causale du retard de l’Afrique noire, on retrouve des maillons importants maculés de sang que sont les traites et les idéologies arabes et occidentales. Les bourreaux de l’homme noir n’ont jamais souhaité le développement des pays de l’Afrique subsaharienne.
Personne ne se battra à la place des Noirs. C’est aux Africains subsahariens de se battre pour défendre leurs droits et se faire respecter. Face à l’injustice et à la condescendance des négationnistes de la personnalité du Noir, les Noirs doivent opposer une insoumission et une irrévérence outrancières. Le premier combat, s’ils veulent obtenir une prépondérance économique, ils doivent le mener sur le terrain de l’idéologie : sortir des sentiers battus arabes et occidentaux. Il leur suffit tout simplement de murir savamment la réflexion pour construire intellectuellement des vérités qui les libéreront de l’emprise étouffante des vérités importées et taillées sur mesure. Cela n’est pas sans mentalité conquérante, audace et sacrifice. Agir autrement, ménager un ou tous ses bourreaux, c’est faire de la danse macabre : lorsque des victimes se retournent vers leurs tortionnaires pour subir de nouvelles scènes de tortures. C’est aux intellectuels Noirs de redonner à l’homme Noir sa place centrale dans l’histoire des religions. Le Noir ne doit pas jouer les seconds rôles dans la religion. Il doit avoir un droit de regard, un pouvoir de décision et un droit de veto. Pour ce faire, il doit sortir des carcans idéologiques, culturels et économiques fabriqués par les esclavagistes exploiteurs, accaparateurs et inquisiteurs. Ce qui permettra de casser les mentalités rétrogrades et de dépolluer les esprits.
L’histoire nous enseigne que la révolution n’épargne pas l’idéologie. Les anciennes victimes, une fois devenues maitres, détruisent l’idéologie qui a servi d’instrument de domination au régime déchu. C’est pourquoi, nous Africains Noirs du XXIe siècle, devons refuser d’être conduits par des idéologues sclérosés et enrégimentés d’Afrique du Nord, d’Orient et d’Occident morts il y a belle lurette. Les livres, vulgates ou textes qui portent les signatures des lettrés étrangers à l’Afrique subsaharienne sont pleins de poncifs qui chosifient le Noir. L’histoire nous enseigne aussi que les idées reçues ont toujours subi les coups de boutoir assénés de la réalité. Ces idées fabriquées de toutes pièces pour dominer les autres ne peuvent pas résister éternellement à la force abrasive du temps. Le temps a toujours été l’ennemi de ce qui existe et considéré comme parfait.
Ce sont des textes écrits par des Noirs panafricanistes qui libéreront le Noir pour ensuite le mettre sur le piédestal. Il ne doit donc pas y avoir de demi-mesure, il faut combattre le colonialisme sous toutes ses formes. Les colonialistes arabes et occidentaux ont toujours été les deux faces d’une même pièce. Ils s’aident mutuellement. Le salut de l’homme Noir se trouve donc dans sa culture de base. Les religions ancestrales africaines sont des religions de combat et non de soumission. De bons viatiques pour les Noirs d’Afrique et de la diaspora. A titre d’exemples, des résistants à la traite négrière comme les Zendj en Mésopotamie (actuel Irak) au IXe siècle et les marrons dans les Amériques ont fait de leur culture de base une arme de combat pour détruire les systèmes esclavagistes. Les religions des maitres esclavagistes n’étaient, chez les esclaves Noirs, que des vernis superficiels. Les religions ancestrales africaines doivent donc être réhabilitées, promues et repensées, mises en écrits et accompagnées de livres. Nul peuple ou espace géographique n’a le monopole de la vérité. Dieu continue d’inspirer l’homme. Dieu inspire le Noir et lui enjoint de transformer son inspiration en parole. Cette parole est l’émanation physique de l’esprit du Noir prêt à briser les chaines de la servitude.
Mamaye NIANG
Professeur d’Histoire et de Géographie
mamayebinet@yahoo.fr

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