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Le public africain francophone est «en attente de grandes séries d’Afrique francophone», d’après Damiano Malchiodi. Le directeur de la chaîne A+, filiale du groupe français Canal+ qui ambitionne de faire émerger une industrie locale avec les investissements de son groupe. Le «public est très en demande d’avoir de grandes séries d’Afrique francophone, sachant qu’il consomme déjà celles de l’Afrique anglophone» ou lusophone et même des séries latino-américaines, explique Damiano Malchiodi à l’Afp, en marge du 2e Discop d’Abidjan (Marché de développement de l’industrie, de la création et vente de contenus télévisuels) qui se tient du 30 mai au 1er juin. «Les Africains ont des histoires fortes et ils savent raconter des histoires, mais après il faut les mettre en musique avec une image et un son de qualité pour répondre aux attentes du public (…) et apporter des histoires africaines dans les foyers africains», développe-t-il auprès de l’Afp, présente sur place.

Compenser la perte de vitesse en France
Le groupe Canal+ auquel appartient A+ et dont Damiano Malchiodi est le directeur compte en partie sur le continent pour compenser sa perte de vitesse en France. Selon l’Afp, le groupe qui a enregistré plus de 650 millions d’euros de pertes et une hémorragie d’abonnés ces deux dernières années en France est sur une dynamique inverse en Afrique où il compte désormais 2,8 millions d’abonnés. La chaîne A+, qui diffuse essentiellement des séries et des programmes de divertissement, compte 3 millions d’abonnés si on comptabilise ses clients hors Afrique. Le marché est donc là, mais il reste «beaucoup de choses à mettre en place dans les métiers et les expertises (…), à structurer le marché, professionnaliser toute la filière», explique Damiano Machiodi. Il espère que les investissements du groupe vont permettre de faire émerger «un écosystème pour arriver à une industrie autour du cinéma et de la fiction en Afrique francophone». Le groupe en question refuse toutefois de communiquer sur ses investissements sur le continent.

L’écueil du piratage
«Il y a clairement une capacité de développement pour devenir un marché aussi puissant que d’autres», comme Nolly­wood (Nigeria) ou Bollywood (Inde). «Il y a une nouvelle génération d’humoristes, de comédiens, de chanteurs, de musiciens… Il y a un vivier, une puissance, une force qui attendent», souligne le directeur d’A+. Il désigne toutefois un écueil à éviter : le piratage en amont (avec les décodeurs pirates) comme en aval (reproduction et diffusion des œuvres sans droit). «C’est extrêmement destructeur pour le marché qui justement se construit. Il faut que les comédiens, les producteurs, les réalisateurs… aient des rémunérations», assure-t-il. Rien qu’en Côte d’Ivoire, Canal+ estime qu’il y aurait environ un million de clients-pirates, soit le double du nombre de ses abonnés. «C’est une attaque directe aux créateurs de contenus. Ils (les pirates) cassent le cercle. On essaie de construire le marché, de permettre aux producteurs d’avoir un retour sur investissement pour pouvoir réinjecter (les sommes gagnées) dans de nouvelles productions. Certains ont mis 10 ans à juste se rembourser d’une série, comment voulez-vous qu’ils arrivent à réinvestir dans une autre ?», s’interroge Damiano Malchiodi. «On peut créer 12, 25 chaînes… L’enjeu c’est le contenu, africain ou international (…) Il faut ce retour sur investissement pour créer» une industrie africaine francophone pérenne, conclut-il.

jeuneafrique.com

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