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«La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre.» Ainsi parlait le grand géographe Yves Lacoste. La géographie est utile donc pour faire la guerre, mais elle l’est encore plus si on veut bien la préparer ou la prévenir en dissuadant l’ennemi de franchir le Rubicon. Quand on s’intéresse à la géographie, on comprend facilement pourquoi Daesh ou ce qui en reste a perpétré un massacre au Mali pour dire au monde qui se réjouit de la mort de son chef que le groupe terroriste est certes affaibli, mais n’est pas encore mort et enterré. Pourquoi le Mali ? Faites de la géographie, regardez une carte et la réponse devient évidente : le Mali est le maillon faible où il est encore possible de faire un coup d’éclat pour montrer que Daesh n’est pas encore mort.
Quand on regarde une carte, on voit que Daesh est passé d’une entité contrôlant un immense territoire à une entité purement virtuelle qu’on ne rencontre que sur le web après ses défaites en Irak, en Syrie et Libye. Aujourd’hui, le dernier bastion de Daesh est le cœur et l’esprit de ses derniers militants. C’est pourquoi l’organisation, qui a été complètement chassée d’Irak, de Syrie et n’a pas d’avenir dans l’Afghanistan des Talibans, va être en quête de territoire. Si vous regardez encore une carte, il ne serait pas étonnant que l’organisation essaie d’implanter son nouveau khalife dans le Nord Mali qui est le maillon faible de la lutte contre le terrorisme mondial. Le Nord Mali, parce que c’est le seul endroit où il est possible de le faire, parce que la Syrie réussit, grâce aux Russes, à de plus en plus contrôler son territoire, et l’Irak a adopté la politique d’éradication de Daesh. Pauvre Mali, condamné à une triple peine. L’Algérie a repoussé ses jihadistes armés au Nord Mali, avant que ne viennent s’y ajouter d’autres groupes armés venus de Libye après la chute de Kadhafi. Et maintenant, il est probable que Daesh va chercher à y prendre pied.
Pauvre Mali qui connaît des Dunkerque (débâcle) militaires quasi mensuels, avec des dizaines de morts. La transhumance militaire qui consiste à substituer les Russes aux Français n’y changera rien, parce que c’est encore une solution de facilité. La bataille du Mali doit d’abord et avant tout être la bataille des Maliens, comme la Casamance a été une bataille de l’Armée sénégalaise. Et ça, les Maliens ne l’ont pas encore compris. L’Armée malienne qui a le moral dans les chaussettes se relèvera difficilement et le contexte et la libanisation du pays ne lui permettront pas de le faire. Le Sénégal doit en tirer la conséquence et se préparer sérieusement à la bataille de l’Est. C’est la géographie et l’histoire qui nous l’imposent.
Si le Mali s’effondre, il est évident que les groupuscules armés qui ont transcendé les frontières tracées à Berlin ne vont pas s’arrêter à Bakel ou Kidira, car tous ces groupes parlent d’Afrique de l’Ouest. Quand les Présidents mauritanien et guinéen avaient remué ciel et terre pour exfiltrer Jammeh, le plus grand ennemi du Sénégal, j’avais dit qu’il fallait que le Sénégal adopte stratégiquement la doctrine de la Téranga armée, c’est-à-dire rester ouvert, mais tout en prenant ses dispositions pour faire face à cercle de feu d’un voisinage qui ne nous veut pas toujours du bien. Aujourd’hui, le Sénégal n’est pas membre du G5 Sahel qui a montré ses limites. Etre membre du G5 ou pas n’a aucune importance stratégique. Ce qui l’est, c’est notre «splendide isolement», c’est se donner les moyens de défendre notre territoire ou mieux encore, s’y préparer tellement sérieusement que cela va dissuader l’ennemi.

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