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L’Etat a succédé à l’empire et à la cité. Il est constitué de trois piliers qui sont : le monopole fiscal, le monopole militaire et la bureaucratie (Administration). Cette Administration est le bras séculier de l’Etat. Toute la problématique du développement de l’Etat africain git dans le mimétisme qui prend des formes insidieuses diverses et variées et nécessite des ressources et une volonté soutenue pour les repérer. L’incapacité de nos gouvernants à réadapter ce bras séculier post colonial en se focalisant sur le confort mimétique explique la problématique du développement, dans la mesure où ce bras séculier était conçu pour satisfaire les intérêts des coloniaux. L’Administration postcoloniale devrait subir toutes les transformations nécessaires pour son adaptation afin de servir les intérêts de nos populations. C’est dans ce contexte qu’il faut penser à la rationalisation de la pratique gouvernementale selon la raison d’Etat et précisément l’instance de la réflexion dans cette pratique. Cette rationalisation de la pratique gouvernementale selon la raison d’Etat nous permet d’adapter l’Administration et ses institutions pour permettre le passage d’Etat «être» en tant que (donnée) vers l’Etat devoir «être» (à construire).
Pour mieux comprendre la raison d’Etat, considérons la raison dans ces deux acceptions : essence d’une chose ou réunion de différentes parties de cette chose et l’Etat dans ses quatre acceptions : domaines, statuts, ensemble d’institutions, critères de stabilité. Une institution (à inventer) est une structure stabilisée d’interaction juridiquement et culturellement réglée, elle est aussi le résultat de la conversion des exigences sociales et sociétales qui puisent dans cette raison d’Etat. Cette invention nécessite des manipulations permanentes pour construire un Etat «devoir être» modélisé. C’est pourquoi les manipulations inhérentes au besoin d’invention et de réadaptation de nos institutions pourraient être une grille analytique pour le pro Wade ancien Pr, de beaucoup de ses initiatives. Au contraire pour ses détracteurs, ses initiatives relèveraient plus de caprices et/ou d’errements qu’autre chose. Vous m’excuserez de cette digression, mais je suis de ceux qui pensent que les manipulations sont fondamentales pour passer vers cet Etat de «devoir être», avec une perpétuelle réadaptation institutionnelle.
C’est dans cette perspective qu’il faut envisager le médiateur de la République en tant qu’institution. Il relève de la volonté du souverain à s’autolimiter parce que tout homme qui a du pouvoir a tendance à en abuser. En tant qu’institution, même si elle est particulière, l’instance de la réflexion est fondamentale pour optimiser sa portée. Cette institution particulière, de par sa nature, autolimite l’action du médiateur, ce qui pose un problème d’économie politique. Parce que dans une pratique gouvernementale, selon la raison d’Etat, il y a deux types de limitations : une limitation externe liée aux règles définies en amont et une autolimitation interne liée à la naturalité même de l’objet. C’est cette autolimitation interne que l’économie politique permet de découvrir. Et que l’exigence liée à cette naturalité même exige de la part du médiateur son respect.
Dans ce contexte précis, ABC a certainement toutes les raisons d’essayer de procéder à des manipulations en tant que laborantin, eu égard à ce que j’ai dit à l’entame de mes propos. Mais vue la spécificité d’une telle institution, n’est-il pas en train de la fragiliser ? Tout médiateur, dans son rôle de bon office et de médiation, a besoin de la confiance des différents protagonistes pour la réussite de sa mission et pour ce faire, la discrétion, les coulisses, la réserve, la retenue seraient indispensables. Une mission de médiation est toujours jugée a posteriori, jamais en théorie ni a priori. La réussite dans ce cas est un problème de ratio :
Nombre de cas résolus/ Nombre de cas traités
ABC est un intellectuel qui a certainement mal eu égard au rôle qu’il a joué dans le parti du Président Macky en me permettant de rejoindre la coalition Benno bokk yaakaar en tant que chef de parti politique sous sa présidence et celle du ministre Mansour Faye, entre autres. Mais dans cette contribution, c’est un spécialiste (non le chef de parti) que je suis qui écrit pour parler de l’actualité sur la problématique d’une institution incarnée par ABC et non du responsable politique qu’il représente. Parce que cette institution est historiquement datée et géographiquement située. C’est dans le moyen âge que le souverain avait désigné dans sa cour un fonctionnaire qui recevait les plaintes des sujets, ce qui lui permettait d’ajuster ce qui pouvait l’être. Cette logique historique est matérialisée par l’ombudsman en Suède. Ces formes d’institutions proviennent de ce qu’on appelle en général les Aai (Autorités administratives indépendantes). Ces dernières procèdent de la volonté du souverain de soustraire certains domaines de par leurs sensibilités ou leurs intérêts économiques des carcans classiques de l’Administration, en évitant d’y agir directement. Dans la marche de notre jeune Nation, l’institution du médiateur a été créée par une loi numéro 91-14 du 11 février 1991.
Supposons que le président de la République, Son Excellence Macky Sall, en confiant ce poste à ABC, avait l’intention de lui injecter une dose de curare vue l’autolimitation inhérente à la naturalité d’un tel office opposable à toute forme de pratique gouvernementale selon la raison d’Etat. Supposons aussi que maître, conscient de sa résistance à toute forme d’anesthésie, accepta la charge de cet office en ayant l’intention de violer systématiquement cette naturalité conservant ainsi sa liberté de ton. Dans ce cas, ils auraient tort d’instrumentaliser l’institution par des calculs dignes d’épiciers. Cependant, vue la grandeur du Pr Macky Sall et de l’institution présidentielle, et celle de ABC avec son envergure multiforme, je pense qu’ils ne sont pas dans ce jeu et qu’en aucun cas l’institution ne devrait servir d’arène qui abrite un «duel» manifeste entre deux camarades de parti. Ce «duel» questionnerait aussi la sagesse du Pr en évitant de transformer en coquille vide une institution aussi importante et indispensable. C’est pourquoi j’espère que c’est de par ses compétences et de bonne foi que le Pr pense que ABC mérite un tel office et que ce dernier en a accepté la charge pour servir la République. Parce qu’en définitive, le Sénégal n’a besoin d’aucun messie, mais surtout d’institutions fortes et fortifiées, avec beaucoup de respect et d’éthique.

Comment faire pour arriver à ce respect et avoir une attitude éthique ?
Pour le respect : on y arrive grâce à l’exercice de la pensée élargie (E. Kant) ou de torsion de la raison (E. Fiat).
Pour l’éthique : il faut que les actions soient conformes aux formules de l’impératif catégorique retrouvé dans la métaphysique des mœurs.
En conclusion, se rappeler des trois maximes de la pensée éthique dans la critique de la faculté de juger : juger par soi-même (maxime sans préjugés), juger en se mettant toujours à la place de l’autre (maxime de l’exercice de la pensée élargie), juger en accord avec soi-même (maxime conséquente). Les trois formules de l’impératif catégorique à la base de l’éthique déontologique (différent de l’éthique téléologique : impératif hypothétique, de l’éthique de conviction : rationalité en valeur et de l’éthique de la responsabilité : rationalité en finalité) sont :
1/Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée en loi universelle.
2/ Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre jamais comme un moyen toujours comme une fin.
3/Agis de telle sorte que tu es sujet et législateur dans la République des volontés libres.

Dr Cheikh FALL THIARA – Maitre ès Sc po Expert membre de la société française et francophone d’éthique médicale

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