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Le Président Senghor avait raison de refuser l’offre qui lui était proposée d’intégrer la Gambie dans le territoire administratif sénégalais, avant l’accession de cette colonie britannique à la souveraineté internationale en 1965.
En effet, l’existence d’un Etat dans un Etat pour un même espace culturel apparaît comme une hérésie géopolitique, au regard des nombreuses difficultés de cohabitation que cette situation insolite peut créer entre deux entités aux systèmes économiques et politiques différents. Aussi, le Royaume Uni avait-il pensé rectifier cette distorsion en faisant une proposition d’unification des deux territoires.
Pourtant, le Cameroun dont une partie du territoire fut colonisée par les Anglais et l’autre partie par les Français est parvenu à réaliser la réunification entre le Nord et le Sud. En dépit du fait qu’il est plus difficile de réunir deux blocs juxtaposés issus de colonisations différentes que d’inclure un bloc dans un ensemble plus grand pour une continuité territoriale dans l’espace sénégambien, pourquoi le Cameroun avait-il réussi une réunification plus difficile, là où le Sénégal a échoué, ne serait-ce que pour la formation d’une confédération ?
A ce niveau, il faut déplorer la balkanisation de l’Afrique précoloniale et bénir les différentes tentatives de réunification et de regroupement des Etats africains pour retrouver les espaces culturels et économiques homogènes dans des ensembles plus viables.
Entres autres, deux principes majeurs avaient amené le Président Senghor à refuser l’offre du Royaume Uni d’inclure l’enclave de la Gambie dans le territoire sénégalais, à savoir le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation et celui de l’autodétermination des peuples colonisés. De plus, le Président Senghor considérait que l’union entre le Sénégal et la Gambie à travers la Sénégambie devrait se construire dans le temps par une approche intégratrice dans des cercles concentriques, sous-régionaux et régionaux. Toutefois, Il faut reconnaître que le Président Senghor, en grand visionnaire, savait aussi que l’acceptation de l’offre britannique de l’époque pouvait aggraver l’irrédentisme en Casamance, dont le comptoir de Ziguinchor fut sous administration portugaise, avant d’être transféré dans le giron de la puissance coloniale française en 1886. Il fallait, en conséquence, donner du temps au temps pour ne pas donner l’impression que le Sénégal se substituait à l’ancienne puissance coloniale à l’indépendance de la colonie britannique et laisser libre cours aux volontés des Peuples gambiens et sénégalais pour un regroupement. La démarche constructive dans le temps, pour être durable, pouvait au moins durer deux décennies afin d’éliminer les susceptibilités.
Fort malheureusement, le long bail du dictateur Yahya Jammeh, au pouvoir pendant vingt-deux ans, a retardé l’intégration des deux économies et l’avènement d’une paix définitive en Casamance.
Si bien qu’à la faveur de l’avènement d’un nouveau pouvoir démocratique en Gambie, le moment est venu de travailler pour que cette ancienne colonie britannique devienne membre de l’Uemoa, à l’instar de la Guinée Bissau voisine, en espérant que la Guinée Conakry suivra à moyen terme.
En réalité, le hiatus économique dans l’espace sénégambien provient d’une politique économique parasitaire tendant à faire de la Gambie une zone franche commerciale par un jeu sur le différentiel de fiscalité de porte pour en faire un hub et permettre la pratique d’une fraude à grande échelle dans les pays limitrophes. Cette perniciosité obère les capacités productives de l’économie gambienne par le blocage des facteurs et inonde le marché sénégalais et la sous-région de marchandises importées en franchise de douane, en concurrence inégale et déloyale avec les productions nationales.
L’intégration économique par cercles concentriques constitue le préalable à toute tentative de regroupement politique, avec des abandons partiels de souveraineté, mais l’inverse devient aléatoire et mène souvent à des échecs à l’image des multiples naufrages des tentatives de regroupement politiques en Afrique, dont la Sénégambie, parce que tout simplement les charrues étaient mises avant les bœufs.
Nous osons croire qu’avec l’avènement d’un nouveau pouvoir démocratique en Gambie, les questions économiques seront prioritairement prises en charge pour une rectification des nombreuses distorsions et favoriser ainsi une convergence des systèmes entre les deux Etats au sein de l’Uemoa, condition sine qua non d’une Sénégambie véritable.
Kadialy GASSAMA
Economiste
Rue Faidherbe X Pierre Verger
Rufisque

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