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Depuis les manifestations contre la tuerie de Charlie Hebdo, une nouvelle forme de lutte contre les extrémismes usant de message commençant par «je  suis» a vu le jour. Ça fait tendance aujourd’hui et, se propage. Ce «Je suis» est associé à un nom. Dans le cadre des évènements tragiques de Charlie Hebdo, les manifestants ont utilisé «Je suis Charlie» pour exprimer leur colère et leur solidarité à la France et à l’hebdomadaire français Charlie Hebdo.
Si «Je suis Charlie» signifie que je suis avec Charlie, c’est-à-dire que j’épouse ses idées ou que je suis en phase avec lui, dans ce cas, les musulmans ayant pris part à la manifestation à Paris ont indirectement approuvé l’esprit et l’œuvre de Charlie Hebdo, y compris ses caricatures. Mais si «Je suis Charlie», force est de reconnaître également que je ne suis ni physiquement ni nominativement Charlie.
En effet, si le «je  suis» affirmatif prospère depuis la tragédie de Charlie Hebdo, par contre ce n’est pas le cas pour la négative de «Je suis», «Je ne suis pas». On n’a jamais encore organisé une manifestation où le message des manifestants est exprimé dans la négative de «Je suis». Or chaque jour que Dieu fait, on est confronté individuellement à une situation qui présente notre personne autrement que l’on est véritablement où on a le choix de répondre par l’affirmative «Je suis», ou par la négative «Je ne suis pas».
Dans nos rapports multiples avec l’Occident, sous l’influence de plusieurs facteurs, les Africains de tous bords sont quotidiennement beaucoup plus dans des postures où ils doivent s’affirmer par la négative de «Je suis». Malheu­reusement, ils ne le font pas à la hauteur des espérances très souvent. On passe la plupart de notre temps à s’affirmer par l’affirmative «Je suis». Or ce «Je suis» n’est pas ce que l’on est véritablement, car «je suis» ce que «Je ne suis pas».
On a observé qu’à chaque fois que de «*petits Blancs» font des grimaces de singes dans les tribunes des stades, les Africains et les footballeurs africains ou d’origine africaine ont toujours répondu systématiquement par l’affirmative «Je suis un singe», en réagissant alors que la morphologie et le fond du geste exigent de répondre par la négative de «Je suis un singe».
Le système gestuel est composé de la forme du geste qui se caractérise par la morphologie du geste, c’est-à-dire l’aspect extérieur du geste effectué. Le fond se détermine par le message qui est tributaire de la morphologie du geste et de l’expression verbale, autrement dit de l’expression sonore qui accompagne le geste. Alors que la physionomie du geste, considérée comme étant son esprit ou son âme, se définit comme l’ensemble des expressions émanant du visage au moment de son exécution. Son importance est de déterminer la nature, le choix et la forme du geste. Enfin, il y a la valeur sémantique du geste qui se détermine par le champ sémantique du geste qui est l’ensemble des différents messages transmis par un seul geste.
Le monde sportif se trompe. Ces grimaces de singes de «petits Blancs» dans les tribunes des stades accompagnées d’expressions verbales avec ou sans les noms de footballeurs africains ou d’origine africaine doivent être comprises comme une tactique malveillante visant uniquement à déstabiliser. En conséquence, la meilleure attitude à prendre pour y faire face est de garder son sang-froid et de ne pas manifester sa colère.
Ainsi, du moment où les footballeurs africains ou d’origine africaine ne sont pas des singes, ces grimaces de singes de «petits Blancs» dans les tribunes des stades ne peuvent pas les caractériser au point de susciter leurs réactions de colère. Malheureusement, on a accepté, non sans le regretter, d’être des singes au lieu d’affirmer avec force le contraire.
Le temps est venu pour les Africains de porter un coup d’arrêt à la propension de cette idéologie avilissante qui traite les footballeurs africains ou d’origine africaine de singes par la mise en place d’un mouvement de non-violence concertée et coordonnée. Pour ce faire, ils doivent d’abord refuser d’accepter, puis d’intérioriser le sentiment d’être des singes. Or en établissant un lien direct entre ces grimaces de singes de «petits Blancs» dans les tribunes des stades et les footballeurs africains ou d’origine africaine sur le terrain, le monde sportif a créé sans le vouloir peut-être une idéologie sans précèdent, pire que le nazisme, car pour la première fois, une race est rabaissée au rang d’un animal sauvage, le singe.
En effet, les soubassements de cette idéologie dégradante ne peuvent être ni la ressemblance, ni l’environnement, ni la couleur de la peau et ni le quotient intellectuel. Donc, par quel lien les grimaces de singes de «petits Blancs» peuvent-elles caractériser et l’africanité et les footballeurs africains ou d’origine africaine dans un terrain de football ?
S’agissant de la forêt et des singes, on en trouve partout dans le monde, en Afrique, en Europe, en Asie et en Amérique. Donc, des grimaces de singes dans les tribunes des stades, on peut se demander logiquement, entre les «petits Blancs» qui singent dans les tribunes et les footballeurs africains ou d’origine africaine sur le terrain qui courent après le ballon, qui sont véritablement les singes ?
En somme, on peut répondre par l’affirmative que ce ne sont pas les footballeurs africains ou d’origine africaine qui jouent sur le terrain qui sont les singes, mais plutôt les «petits Blancs» qui font les grimaces de singes dans les tribunes des stades.
Contrairement aux injures, aux pancartes et aux jets de peau de banane, il n’existe aucun moyen par lequel on peut directement relier les grimaces de singes de «petits Blancs» aux footballeurs africains ou d’origine africaine. Le Blanc, le Jaune et le Noir sont tous des êtres humains qui obéissent tous aux mêmes règles biologiques. Donc, on est dans la négative de «je suis un singe» qui est une attitude que l’on doit affirmer avec exigence de respect. Elle exige des Africains, notamment du monde sportif africain, le refus de cette situation dans laquelle on a toujours baigné depuis belle lurette.
Si on est des singes, c’est parfaitement logique que ces grimaces de singes de «petits Blancs» dans les tribunes des stades nous touchent et soient qualifiées de racistes par la Fifa et le monde sportif. En vérité, on n’est pas des singes. Mais en faisant nôtres les grimaces de singes de «petits Blancs» dans les tribunes des stades, on a accepté volontairement ou involontairement que l’on est des singes. D’ailleurs, ce qui est plus grave que les grimaces de singes elles-mêmes de «petits Blancs» dans les tribunes des stades.
Les agressions physiques, les injures, les pancartes diffamatoires et les jets de peau de banane constituent sans nul doute des gestes de racisme s’ils sont commis par un public de Blancs sur des footballeurs africains ou d’origine africaine et vice-versa. Pour les grimaces de singes, cela relève d’une idéologie accablante et dégradante dont sont victimes les footballeurs africains ou d’origine africaine.
On n’est pas au cinéma. Dans la vraie vie, la planète des singes n’existe pas. Au football, les humains et les singes ne jouent pas ensemble. Soit on est tous des singes soit on est tous des êtres humains d’égale dignité. Le monde sportif se trompe : «Je ne suis pas un singe» et la meilleure manière de l’exprimer c’est de ne pas prêter le flanc en manifestant ma colère.

Baba Gallé DIALLO
babadediana@gmail.com

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