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La presse locale raffolait de récits faisant état de trafic illicite de bois impliquant des Gambiens le plus souvent en connexion avec des bandes armées qui squattent la forêt. C’est d’ailleurs le cas le 7 juillet 2007 où six individus, tous de nationalité gambienne, ont été interpellés dans l’arrondissement de Bounkiling à quelque 8 kilomètres de la frontière gambienne. Des trafiquants surpris en pleine activité de coupe illégale et abusive de bois au moyen de tronçonneuses et autres équipements modernes d’exploitation.

Le trafic illicite s’est beaucoup accentué au niveau du Front Nord, département de Bignona, où beaucoup d’éléments rebelles sont devenus des exploitants forestiers et se sont plus ou moins intégrés dans les villages. Pendant longtemps, dans le Fogny, le Fogny Combo, le Naran, etc., les bandes armées, à la faveur de l’insécurité, se sont emmurées dans le silence tout en s’activant dans l’exploitation frauduleuse des ressources forestières avec leurs partenaires chinois installés en Gambie. Des ressortissants chinois qui sont identifiés comme étant impliqués dans ce vaste trafic transnational. Une source de la gendarmerie qui a requis l’anonymat avait signalé en son temps qu’un bateau chinois devant acheminer le bois à l’étranger était accosté en Gambie, attendant la livraison de la marchandise. Car, selon la même source, «le bois de Venn n’est pas vendu en Gambie mais mis sur le circuit international». Et d’indiquer que l’intérêt de la Chine pour le bois connaît aujourd’hui un bond en avant. Mais selon un responsable d’une association basée dans la Zone des Palmiers, l’intérêt que le trafic de bois peut susciter dans certains pays comme la Chine par exemple, n’est plus à démontrer. L’existence d’une filière chinoise de trafic de bois de Tek et de Venn à partir de la Gambie a tout le temps fait la Une de l’actualité au Sénégal où les dénonciations de ce trafic sont quotidiennes et de plus en plus nombreuses. C’est le cas avec l’ancien ministre de l’Environnement, Ali Haïdar, qui, il y a quelques mois, a dénoncé le trafic de bois quotidien qui s’opère dans la forêt de Casamance à destination de la Gambie. L’écologiste, qui a d’ailleurs mené des enquêtes, avait soutenu que les exploitants de bois basés en Gambie l’exportent en Chine où la demande des meubles en bois de Venn a explosé. Ali Haïdar avait pour l’occasion exhibé une vidéo aérienne montrant un dépôt de milliers de troncs de bois de Venn et des charrettes qui font des aller et retour pour collecter le bois à l’intérieur du Sénégal. «Il y a aussi cinq autres dépôts le long de la frontière qui sont régulièrement approvisionnés avec des milliers de troncs provenant du Sénégal» ; avait-il soutenu. L’écologiste, devant le risque de voir ce trafic mettre à nu la forêt casamançaise dès 2018, avait en outre pointé du doigt la complicité de la Gambie dans ce busines. Et l’année dernière dans une radio dakaroise, Aly Haïdar avait également révélé que des Chinois ont fait une commande de 7 000 conteneurs de 40 pieds de bois que devaient leur livrer des trafiquants basés entre la partie Sud du Sénégal et la Gambie. «En Casamance, il faut bien comprendre que les ressources forestières sont en train de disparaître. Entre 2010 et 2015, environ 10 000 hectares de forêts sont partis en fumée. Une hécatombe principalement due aux activités d’une mafia chinoise très organisée, qui pille les forêts de Casamance. Résultat : les populations locales, dont beaucoup vivent de la coupe du bois, sont laissées sur la touche», dixit Ali Haïdar qui s’exprimait ainsi dans Jeune Afrique, ce trafic ne peut se faire sans une complicité de hautes autorités aussi bien en Gambie qu’au Sénégal. Selon des sources concordantes, le gouvernement sénégalais, sous la présidence de Wade, était d’ailleurs convaincu que les forces de sécurité gambiennes avaient apporté leur aide aux combattants du Mfdc dans leur lutte indépendantiste pour bénéficier en retour du trafic illicite de bois et d’autres activités illicites en Casamance. Et cette complicité au haut niveau d’autorités aussi bien en gambiennes que sénégalaises s’explique également par le fait que la coupe de bois représente une grosse manne financière. A titre d’exemple, on estime à 5 000 le nombre de conteneurs remplis de bois de Venn en partance chaque année des ports gambiens pour la Chine. Ce qui représente environ 140 milliards de francs Cfa. Le plus souvent soupçonnés d’être impliqués dans des massacres liés au trafic de bois, le Mfdc ne cesse à son tour d’évoquer à chaque fois la responsabilité de fonctionnaires et de militaires sénégalais, d’agents des Eaux et forêts impliqués, selon le mouvement irrédentiste, dans de vastes réseaux de coupe clandestine de bois. La coupe et le trafic illicite de bois ! Une activité très lucrative en Casamance qu’un arrêt des hostilités pourrait compromettre. N’est-ce pas là une des causes également de la prolongation du conflit dans la partie sud du pays  avec son lot de victimes liées à l’exploitation des ressources forestières ?

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