PARTAGER
Abdallah Boureïma, le nouveau Président de l’Uemoa.

Le Président Macky Sall, selon un communiqué, «a répondu favorablement à la sollicitation de ses pairs pour l’attribution jusqu’en 2021 de la présidence de la Commission de l’Uemoa au Niger, soit pour un mandat unique».

Macky Sall a finalement lâché prise. Prenant part à la session extraordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa) qui s’est tenue hier à Abi­djan, le président de la République a accepté de céder le poste de président de la Com­mission de l’Uemoa, au Niger. «Dans un esprit de solidarité et de fraternité et dans le souci de permettre la poursuite du bon fonctionnement de l’Union, le Président Macky Sall a répondu favorablement à la sollicitation de ses pairs pour l’attribution jusqu’en 2021 de la présidence de la Commission de l’Uemoa au Niger, soit pour un mandat unique. Cela, en application des dispositions de l’Acte additionnel n°07/ 2011/ Cceg/ Uemoa qui stipulait que le Sénégal devait assurer un mandat unique de quatre au terme duquel seul le Niger devait présenter un candidat pour le poste de président de la Commission de l’Uemoa», mentionne un communiqué de la Présidence.
Abdallah Boureïma, ancien ministre de l’Economie et des finances nigérien, devrait ainsi diriger la Commission de l’Ue­moa jusqu’en 2021. «En outre, la Conférence a décidé qu’à la fin du mandat du Niger en 2021, le Sénégal reprendra de manière définitive la présidence de la Commission de l’Uemoa», note le document.
Entre-temps, le Sénégal qui voulait à tout prix conserver la Présidence a trouvé consolation au Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers (Crepmf) et à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). «Dans le sens de rééquilibrer la répartition des postes, la Conférence a attribué, avec effet immédiat, le poste de la présidence du Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers au Sénégal. En plus, en octobre 2018, le Sénégal occupera le poste de vice-gouverneur de la Bceao pour un mandat unique», note le communiqué. Qui précise que les chefs d’Etat ont «salué l’esprit d’ouverture du Président Macky Sall et son leadership dans la sous-région». Aupa­ravant, souligne le document, «les chefs d’Etat et de gouvernement ont, après un profond échange, entériné la nomination des nouveaux Commissaires et d’autres fonctionnaires au sein des organes et institutions spécialisés de l’Union»

Fluctuations : Uemoa, la conséquence d’un mauvais casting

Par Mohamed GUEYE

Le long feuilleton qui a opposé le Sénégal au Niger pour l’attribution du poste de président du Conseil de l’Union économique et monétaire ouest africaine de (Uemoa) a finalement pris fin. Et les dirigeants de la sous-région se sont arrangés pour que personne ne perde la face. En effet, le Président Mahamadou Issou­fou du Niger avait mis un point d’honneur à faire asseoir un de ses compatriotes sur le fauteuil de président de la Commission de l’Avenue Joseph Ki-Zerbo à Ouagadougou, et il ne pouvait plus accepter d’autres couleuvres, après les différents sommets où le Sénégal avait parvenu à faire prévaloir son point de vue. Il en avait quasiment fait un casus belli, et tout le monde avait intérêt à trouver une sortie honorable.
En effet, au moment où la zone Cemac connaît de très fortes turbulences, dues au cours fluctuant du pétrole qui constitue quasiment la matière de base des économies de la sous-région, auxquelles il faut ajouter des incertitudes politiques qui menacent là aussi quasiment tous les pouvoirs en place, les dirigeants de l’Uemoa avaient intérêt à montrer un visage plus uni, d’autant plus que les économies de cette partie de la zone Franc sont bien plus vigoureuses sur le plan macroéconomique. Et Macky a dû céder à la realpolitik, et lâcher le candidat qu’il destinait à la succession de Soumaré.
Cette décision qui lui a coûté, parce que politiquement impopulaire dans son pays, lui a pourtant été imposée par la décision cavalière du président sortant de la Commission. L’ancien Pre­mier ministre Cheikh Hadjibou Soumaré, le poulain dont Wade avait porté la candidature en dépit du bon sens, et à l’en croire, à l’insu du plein gré de l’intéressé, dont on se rappelle qu’il disait à l’époque «je ne suis pas candidat et si on me proposait le poste je dirais non», avait annoncé sa démission en septembre 2016. Sans lui, il était difficile au Sénégal d’espérer conserver le poste, surtout que le Niger basait sa candidature sur le respect d’un Acte additionnel de l’union qui lui réservait le poste après le premier mandat du Sénégalais.
Avec un candidat crédible, le Président Macky Sall aurait pu défendre sa cause. N’est-il pas après tout à la tête de la seconde économie de l’Union ? L’Uemoa pourrait-elle survivre à une sortie du Sénégal, le seul pays qui connaît une stabilité politique couplée à une croissance économique saine ? Difficile à croire. Mais c’est là que l’on a manqué de ressources humaines de qualité pour défendre notre cause. Cheikh Hadjibou Soumaré n’était pas le candidat de Macky Sall. C’était un homme sans épaisseur, imposé par Wade au détriment de El Hadj Abdou Sakho contre sa volonté et celle de tous. Avec lui, il était difficile de pouvoir sortir vainqueurs de l’épreuve de force avec Issoufou. Maintenant, nous sommes contraints de nous fier à la bonne foi de nos partenaires de l’union qui nous promettent que ladite présidence de la Commission reviendra «définitivement» au Sénégal après cet intérim nigérien. Et nous sommes priés, en attendant, de nous consoler avec les strapontins du poste du vice-gouverneur de la Bceao, totalement creux, ainsi que de la présidence du Crempf, qui vaut ce qu’il vaut, quand c’est notre compatriote Atepa Goudiaby qui occupe déjà la présidence du Conseil de la Brvm.
On le voit, dans cette affaire, le seul à être satisfait est Cheikh Hadjibou Soumaré qui voulait partir pour, selon les dires, «ne plus subir les quolibets des fonctionnaires nigériens de la Commission». Comme si quelqu’un qui a été Premier ministre dans un pays aussi libre que le Sénégal pouvait se laisser ébranler par de telles considérations. En somme, il nous aura vraiment coûté cher, ce Hadjibou. Maintenant, digérons notre défaite et laissons le Niger gérer notre zone économique !

dialigue@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here