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Les élections législatives du 30 juillet 2017 départageront la majorité sortante, conduite, depuis juillet 2012, par la coalition Benno bokk yaakaar, et 46 autres listes. Pour l’essentiel donc, deux camps se font face pour le contrôle de l’As­semblée nationale jusqu’en 2022. Du  côté des 46 listes, constitutives de l’opposition, on estime que la législature finissante n’aura été que la plus décevante de notre histoire parlementaire, attestant de la crise chronique de la représentation. La critique, plutôt facile, résiste difficilement à la seule évocation du très grand nombre de listes dont l’intérêt pour l’Assemblée nationale s’explique, dans une large mesure, par les possibilités d’action démocratique qu’elle offre (vote des lois du pays, contrôle du pouvoir exécutif, renversement possible d’un gouvernement ne jouissant plus de la confiance des députés, et, depuis le référendum du 20 mars 2016, l’évaluation des politiques publi­ques). Pour la majorité sortante, l’instrument de contrôle démocratique entre les mains des parlementaires précipitera le pays dans la division et le chaos lorsqu’une opposition revancharde, victorieuse le 30 juillet prochain, en abusera. Aussi la campagne de la coalition majoritaire sortante consiste-t-elle surtout à montrer comment la stabilité de l’institution parlementaire et toutes les lois votées depuis juillet 2012 ont permis au pays de réaliser des performances socioéconomiques sans précédent au cours des cinq dernières années.
Depuis la crise de décembre 1962, les Sénégalais ont fait le pari de donner au président de la République élu, les moyens de gouverner le pays dans la stabilité en lui assurant la majorité parlementaire dont il a besoin pour faire exécuter à son gouvernement la politique qu’il a définie. Une façon d’anticiper sur la lucidité démocratique des électrices et des électeurs sénégalais consiste alors pour la majorité sortante à montrer ce que le pays perdrait en changeant de rationalité. Mais pour une crédibilité accrue aux yeux du citoyen décidé d’accomplir son devoir le 30 juillet 2017, les éléments de bilan de la démonstration à laquelle la majorité est assujettie doivent provenir d’une source principale indépendante. Et lorsqu’ils ne proviennent pas de ladite source, les éléments de bilan doivent être étayés par elle.
D’une manière générale, le caractère multinational d’une banque centrale met cette dernière à l’abri des décisions unilatérales des gouvernements dont elle est l’émanation. «L’objectif essentiel des réformes de janvier 2003 (…) a été de rendre la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) indépendante du pouvoir politique que représente l’ensemble des gouvernements des Etats de l’Union monétaire ouest-africaine (Uemoa)», écrit Sylviane Guillaumont Jeanneney dans la Revue d’économie du développement (vol. 14, no. 1, 2006, pp. 45-77). Depuis 2003, la mission claire, attribuée à la Bceao contre les facteurs de risques pouvant peser sur la stabilité des prix et la croissance économique, l’indépendance des organes de direction de la pression des Etats membres et la limite au financement monétaire des Etats ont contribué au renforcement de la crédibilité de l’autorité monétaire, à la réduction des risques d’éclatement de l’Union et au succès de l’intégration économique. En choisissant la Bceao comme source principale, la crédibilité des éléments régionaux et nationaux de bilan utilisés dans notre démons­tration échappent donc à la con­testation facile de l’opposition dont la stratégie victimaire à Dakar et l’épouvantail scabreux du Sopi insultent notre intelligence.
En mars 2017, la Bceao rendait public son dernier rapport sur la politique monétaire dans l’Ue­moa. Dans ledit rapport, l’«évo­lu­tion  des finances publiques en 2016» est marquée par la «poursuite des efforts d’investissement dans les infrastructures et les secteurs sociaux». Dans le cas du Sénégal, les efforts dans le domaine des infrastructures routières se soldent par l’achèvement de 43 projets avec un linéaire de 1314 km de routes revêtues et 12 ponts pour un coût total d’environ 643,852 milliards de nos francs. L’autoroute Diamniadio-Aibd-Sindia, l’Echangeur de l’émergence, la troisième section de la Vdn, la route des Grands Niayes (Rufis­que-Bayakh-Notto-Diogo Loumpoul) allongent la liste des réalisations. En douze ans (2000-2012), le Sénégal ne réalisa que 32 kilomètres d’autoroutes. En quatre ans (2012-2016) de pouvoir du Président Macky Sall, 36 kilomètres d’autoroutes sont réceptionnés, le taux annuel de construction passant de 2,6 km seulement à 7,2 km. Entre 2012 et 2016, la baisse de 800 millions de francs Cfa du coût kilométrique a permis d’économiser 29 milliards. La précision est importante quand on sait que le budget annuel voté pour le financement du Programme national de bourses de sécurité familiale (Pnbsf) pour 300 000 ménages sénégalais défavorisés se chiffre à 30 milliards en 2016. Dans le cas du Sénégal, la gouvernance des efforts d’investissement dans les infrastructures constitue à la longue, un soutien aux efforts d’investissement dans les secteurs sociaux comme le programme de Couverture maladie universelle (Cmu) ayant permis l’enrôlement des ménages «boursiers» grâce aux mutuelles (communales) de santé sur toute l’étendue du territoire.
Le reproche fait aux défenseurs de la Cmu est d’adosser l’assurance maladie volontaire à un déficit infrastructurel pourtant en cours de résorption. Pour l’année 2017, les perspectives en matière d’infrastructures sanitaires portent sur pas moins de 4 hôpitaux (Touba, Kaffrine, Sédhiou et Kédougou), 5 centres de santé (Koki, Keur Momar Sarr, Sakal, Bounkiling et Médina Yoro Foula). S’y ajoute l’acquisition de 125 ambulances médicalisés, de 7 pirogues médicalisées, de 4 hôpitaux mobiles et le recrutement de 1000 agents dans le secteur de la santé. L’égale dignité entre les personnes frappées d’un handicap et celles jouissant de presque toutes leurs facultés se matérialise, elle, par la distribution de 22 000 cartes d’égalité des chances sur un total de 500 000 cartes prévues pour la fin 2017.
Il ressort de ce qui précède que l’évolution de la conjoncture économique dans la zone Uemoa est plutôt favorable au Sénégal. Pendant ce temps, le Comité de politique monétaire de la Bceao considère que «le taux d’inflation (…) projeté à 1,7 % [est] en phase avec l’objectif de stabilité des prix poursuivi par la Banque centrale». «L’accentua­tion de la baisse de l’inflation, écrivent les rapporteurs de l’institution monétaire, s’explique par le repli des prix alimentaires, en rapport avec l’amélioration de l’offre des denrées dans les marchés.» Une récente fiche du département sénégalais du Commerce montre la bonne tenue de notre pays grâce à la maîtrise des stocks et à la forte pénétration de la production nationale (riz, sucre, oignon, pomme de terre, tomate, carotte, etc.) sur le marché intérieur. S’agissant du riz, la production en 2015 est évaluée à 906 348 tonnes, soit une augmentation de 62 % par rapport à 2014 et de 83 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Pour l’ensemble de la zone Uemoa, «les récoltes d’arachide s’établiraient à 2 941 888 tonnes, soit une progression de 9,0 % impulsée essentiellement par les productions du Sénégal (14,9 %)». Selon le ministère du Commerce, du secteur informel, de la consommation, de la promotion des produits locaux et des Pme, pas moins de 1 050 042 tonnes d’arachide sont récoltées au Sénégal en 2014. Quant à la production horticole, elle est évaluée à 1 133 430 tonnes en 2015, soit une hausse de 14 % par rapport à 2014.
En moins de trois années de mise en œuvre du Plan Sénégal émergent (Pse), lancé en 2014, le taux de croissance du Pib réel (6,6 % en 2016) avoisine le taux escompté de 7 % en 2017 sur fond de transformation structurelle des secteurs des infrastructures et de l’agriculture, de promotion du capital humain à travers, entre autres, la protection sociale et de bonne gouvernance. Mais pour l’opposition sénégalaise rien n’aurait été possible sans le recours du pouvoir à l’endettement systématique. Faux au regard des ressources propres mobilisées depuis avril 2012 ! Entre 2007 et 2011, le taux d’accroissement annuel moyen de la dette était de 21,8 % ; il n’est que de 14 % depuis 2012. Pour une norme communautaire plafonnée à 70 %, le ratio d’endettement public n’est que de 59,1 % au Sénégal. A la fin 2011, le service de la dette publique totale était de 34,8 % des recettes budgétaires. Il n’était plus que de 30,5 % en 2016 ! C’est tout cela qui fait dire au Fonds monétaire international (Fmi) que «le Sénégal présente un profil de risque de surendettement faible». Il faut surtout noter que l’affectation de l’endettement public est des plus raisonnables : 27,2 % pour les infrastructures, 25,4 % pour l’énergie, 15,4 % pour le secteur privé, 8,6 % pour l’agriculture, 6,2 % pour l’éducation et la formation, etc. Le Sénégal d’aujourd’hui gagne en veillant à ce que le Sénégal qui vient ne compte aucun perdant.
Que reste-t-il alors à l’opposition ? Le vote jeune au prétexte que l’emploi n’est toujours pas au rendez-vous ? Pas vraiment ! Au Sénégal, le rapport annuel des statistiques du travail compile les données tirées des missions quotidiennes des Inspections du travail et de la sécurité sociale (Itss), de la Caisse de sécurité sociale (Css) et de la Direction générale du travail et de la sécurité sociale (Dgtss). Dans les secteurs privé, public et maritime, le nombre d’emplois créés entre avril 2012  et décembre 2016  est de 336 554 emplois. Au cours des cinq dernières années, les jeunes et les femmes ont été orientés vers des projets et programmes novateurs comme le Fonds de garantie des investissements prioritaires (Fongip), le Projet d’appui à la promotion de l’emploi des jeunes et des femmes (Papejf), le Programme des domaines agricoles communautaires (Prodac), etc. En conférence de presse en mai 2016, l’Administrateur général du Fongip annonce la création de 20 300 emplois en deux ans d’activités (2014-2016). En 2016, sept fermes avicoles et agricoles vitrines et une ferme aquacole vitrine sont créées par le Papejf. La même année, le Prodac crée 11 090 emplois. L’Agence pour la promotion de l’emploi des jeunes (Anpej) finance, elle, 235 projets en 2016. Au cours d’un dialogue informel sur l’emploi des jeunes, un cadre expérimenté du département de la Jeunesse a laissé entendre que «l’emploi court aujourd’hui derrière les jeunes pour les insérer». La «crise de l’emploi» ne serait donc plus qu’une crise de l’information sur les opportunités d’emploi et de formation des jeunes.
Selon les rédacteurs du dernier rapport de politique monétaire de la Bceao, le Sénégal confortera les performances de son économie (pourvoyeuse d’emplois) par le renforcement de sa résilience, l’amélioration de la mobilisation des ressources fiscales et le maintien d’un climat sociopolitique stable et apaisé. On peut s’attendre à ce que les électrices et les électeurs du 30 juillet 2017 soient très nombreux à récompenser par leur vote cinq années ininterrompues de progrès dans chacun de ces domaines. Ils savent depuis longtemps que le pari sénégalais sur la stabilité et la gouvernabilité a fait de leur pays la locomotive politique de l’Uemoa. Ils savent maintenant que les conditions objectives du rattrapage de la locomotive économique sont en train d’être réunies si elles ne le sont pas déjà. Un changement de rationalité le 30 juillet prochain ne serait donc pour chacun d’eux qu’un fatal rétropédalage.
Abdoul Aziz DIOP
Conseiller spécial à la Présidence de la République

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