PARTAGER

Il est des moments dans la vie d’une Nation, où les manœuvres de haute voltige politicienne, exposent notre système démocratique à un danger mortifère.
La grande Nation à laquelle je suis si fier d’appartenir vit, depuis le jeudi 19 avril dernier, de ces moments-là ! J’avais pourtant espéré, après la dernière poussée de fièvre qui a traversé, le 23 juin 2011, le corps meurtri d’un Sénégal à la recherche éperdue de Sa voie vers la Démocratie, que plus jamais nous ne connaitrions cela !
C’était sans compter sur l’usage désastreux que le président de la République aura, ces six dernières années, fait des acquis et espérances des «peuples» du 23 juin et des Assises nationales. Deux fois plus qu’une, il s’en sera détourné.
La République a, depuis mars 2012, subi, souventes fois, le choix du renoncement coupable aux principes qui la fondent.
En usant de toutes sortes d’outrances et de forfaitures pour justifier les errements d’un président de la République mû par une volonté obsessionnelle de voir son mandat renouvelé.
C’est forfaiture que d’instituer le «parrainage» en acceptant de donner à voir de Dakar, l’image d’une ville «en état de siège» parce que l’Assemblée nationale, des députés du «Peuple», vit la psychose de voir des émanations de ce «peuple» s’opposer au vote d’une loi qu’elles jugent scélérate ! Sauf que le Peuple, même déraisonnable, aura toujours raison d’une «majorité parlementaire» adossée sur une minorité numérique qui relativise sa légitimité.
Il est outrance que de mettre à mal l’image d’autorités religieuses qui, soucieuses de dialogue et de paix, font œuvre de régulation en anticipant les crises sociales qui ne manqueront d’émailler les mois d’entêtement présidentiel qui vont précéder les prochaines élections à la Magistrature suprême. Défiances et outrances inutiles quand on sait qu’arrivera, inéluctablement, le moment où il sera demandé à ces «Hommes de Foi», éconduits sans ménagement il y a quelques jours, de raisonner ce «peuple» revanchard qui, affamé de libertés, n’aura point d’oreilles…
En vérité, le président de la République a fait le choix, funeste, de se garantir des électeurs en nous imposant de ne plus être citoyens en notre pays !
Une bonne partie d’entre les Sénégalais est, depuis les dernières législatives, privée de l’attribut premier de la citoyenneté : la carte nationale d’identité. Beau­coup, à force d’allers-retours infructueux auprès de l’Admi­nistration, ont fait le choix épuisé du renoncement.
Pendant ce temps, il nous revient que le ministre de l’Intérieur a pris des «dispositions spéciales» pour que les électeurs de sa base politique puissent, en ignorant le principe d’«égalité des citoyens devant l’Administration», se faire confectionner les cartes d’électeur lui assurant signatures de «parrainages citoyens» et «votes encadrés» en février prochain.
Outrances d’une citoyenneté à plusieurs zones.
Qui sont donc, au Sénégal, les «citoyens de seconde Zone» ? Quels critères fallacieux font que soit refusée à certains Sénégalais la citoyenneté de leur naissance ou de leur choix ? Le parti auquel ils ne militent pas ? La gestion «sobre» et «vertueuse» d’un ministre qui, assumant être de parti pris dans la gestion de la prochaine élection présidentielle, affirme, péremptoire, que dans la «rationalisation de l’espace politique», ni la loi sur les partis politiques, ni le choix du «Bulletin unique» ne sont à «l’Ordre du jour» ! Au nom de quel argumentaire ces deux options, qui nous paraissent plus que pertinentes, sont-elles, d’un revers de main, écartées de l’indispensable concertation autour des modalités d’organisation de la Présidentielle de 2019 ?
L’argumentaire des outrances. Les outrances de l’argumentaire…
Nous sommes, pour beaucoup d’entre nous, sur le point de renoncer.
Ils ont l’air si sûrs d’eux et si peu préoccupés du respect de la forme de gouvernement que nous nous sommes, librement, choisis ; la Démocratie !
Ils sont si peu délicats dans la «façon de vivre en République», qu’aux lendemains du vote funeste de la «Loi sur le Par­rainage», les bus de l’entreprise publique de transport dakarois arborent, sans attendre qu’elle soit promulguée, les affiches appelant les Sénégalais à parrainer le Président/­Candi­dat !
Depuis dimanche, alors que les dispositions du code électoral ne sont pas encore mises à jour consécutivement à la modification de la Constitution, une vidéo inonde outrancièrement les réseaux sociaux, expliquant comment accorder son parrainage au candidat Macky Sall, président d’une République dont les «séquences démocratiques» ne sont que fétus de paille devant la puissance d’un Etat qu’il voudrait mettre au service de son destin !
A quoi cela sert-il de s’opposer à ce maelstrom aveugle qui pense pouvoir ignorer, impunément, le «Silence assourdissant» d’un peuple comptant, patiemment, les gouttes d’outrances tombant dans la jarre remplie, à ras bord, d’un septennat d’injustices, de dérives et de violation de la parole donnée ?
A rester des Citoyens !
Des citoyens, à part entière, de la Terre bénie du Sénégal. Une Nation qui, depuis cinquante-huit ans, s’est construite dans l’espérance d’une société plus Juste et dont l’Equité, dans le partage du Bien commun, ferait une place aux faibles comme aux puissants ! Un Sénégal dont les enfants, grâce à l’école de la République, s’assureraient une place méritée dans l’aristocratie républicaine ! Un pays où le fait de fournir de l’eau, de l’électricité et des hôpitaux capables de prendre en charge nos malades, ne doit être considéré comme une performance de management public à mettre en première ligne d’un bilan présidentiel !
Nous avons renoncé à ce qui nous faisait «vitrine» en Afrique ; notre ambition de donner le meilleur à notre pays afin qu’il nous fasse naître, vivre et mourir mieux que nos aïeux ! Nous avons perdu la trame d’un destin commun qui n’aurait jamais dû cesser d’être Répu­blique !
Juste parce que nous avons accepté qu’ils nous fassent croire que le citoyen n’était juste qu’électeur ! Que nous n’avions plus, après les avoir élus, à nous préoccuper de ce qu’ils faisaient de notre bien commun ; le Sénégal !
Ce temps est révolu ! Défini­tivement.
Nous allons, ensemble, refonder la République ! Recons­truire, des fondations, le «Séné­gal bou bess» que nous avions cessé de rêver ! Sans renoncements.
Mais surtout sans outrances, ni violence ! Car la République de nos rêves est, d’abord, Tempérance !
Maître Mame Adama GUEYE

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here