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Au fur et à mesure qu’on s’approche de l’échéance fatidique de l’élection présidentielle de 2019, la surenchère s’installe dans les appareils politiques et particulièrement ceux de l’opposition. C’est normal, l’opposition est dans son rôle me dira-t-on. Je le concède, et c’est bien cela qui nourrit la démocratie plus que centenaire de notre pays.
Mais là où l’espace politique me semble un peu hétérodoxe dans le cas de notre démocratie représentative, je le rappelle, c’est quand les espaces du débat démocratique sont piétinés, désavoués voir décrédibilisés au nom des stratégies de harcèlement du pouvoir.
Lorsque le pouvoir en place appelle à des négociations, on le suspecte de manipulation, ou de manque de sincérité, et souvent on le boycotte. L’Assemblée nationale qui doit être le lieu par excellence du débat démocratique est vouée aux gémonies, alors que c’est par le vote des citoyens ou du moins pour une large part que sa composition a ainsi été définie.
Que fait-on du vote citoyen ? Que fait-on du mandat de représentation ?
On fait comme si, en cours de mandat, la représentation nationale se mue en mandat de représentation de parti ou de groupe de partis. A la place du débat parlementaire, on convoque la polémique médiatique devant laquelle les citoyens sont médusés.
Le débat actuel sur le parrainage montre à quel point les hommes politiques peuvent aller loin dans l’ignorance de la prise en compte des préoccupations des Sénégalais.
De quoi s’agit-il en fait ? Lors des dernières législatives, tout le monde avait constaté avec beaucoup d’inquiétudes et de regrets, la pléthore de listes qui traduisait, il faut le dire, un dysfonctionnement de notre démocratie.
Dans un pays «démocratiquement normal», il est impensable d’avoir 47 listes en compétition. Svp ! Cela veut dire que le mécanisme de sélection inhérent à la démocratie a un problème. La démocratie représentative a été parasitée, vandalisée.
Par conséquent, les acteurs devraient s’asseoir pour trouver un consensus sur cette question fondamentale. Ils ont préféré «botter en touche» ou faire du dilatoire.
Toutes les discussions autour de ces questions n’ont rien donné. Que faire, sinon qu’il revient à celui qui a été investi par les 65% de Sénégalais, à savoir le Président Macky Sall, de prendre en charge cette demande citoyenne pour une grande lisibilité dans le jeu politique, et éviter que celui-ci ne soit parasité par des candidatures complètement farfelues à la Prési­dentielle.
La vérité est que malgré les tentatives de la Société civile pour sceller un consensus minimal apte à garantir des règles acceptées par tous, les positions sont restées inflexibles.
La réforme de la Constitution pour introduire le parrainage dans la sélection des candidatures par la Cour suprême, me parait être salutaire pour le jeu électoral, et les deniers du pays certes, mais pour les citoyens préoccupés par le syndrome de 47 bulletins et peut-être moins à trier, dans une salle de vote qui ressemblerait à une boite de sardines. Ce serait irresponsable !
Certains pensent que «le pays sera à feu et à sang». Il n’en sera rien. Le Sénégalais ont besoin de savoir, parmi tous ceux qui s’agitent dans les médias ou les réseaux sociaux, ceux qui sont dignes d’occuper un temps d’antenne sur la Télévision publique financée par leurs impôts, ou de figurer dans le décors de leur quartier vite sali par leur affichage sauvage, avant même de scruter leur projet ou les perspectives qu’ils tracent pour notre pays.
Penser un tant soit peu que la décision d’instituer le parrainage pour tous dans un Sénégal de tous, pour paraphraser le Premier ministre, vise à exclure certains du jeu politique notamment de la compétition, relève d’une compréhension primaire des enjeux de cette réforme qui va durablement structurer l’espace politique.
Autant la réforme va toucher les candidats des salons douillets de Dakar, et des salles de rédaction des médias pour qui enrôler 1% de l’électorat à leur compte va constituer une précampagne électorale extrêmement périlleuse sans résultat garantie.
Autant cette disposition va couper l’herbe sous les pieds de ceux qui, comptant sur des lobbies financiers, avaient déjà un bailleur pour leur caution. Attention, le risque est grand d’ouvrir les portes de l’aventure dans notre pays.
D’ailleurs pour ceux-là qui n’existent que le temps de la campagne pour se faire une visibilité, et saisir le prétexte de la liberté d’opinion pour insulter ou calomnier, ceux-là bien entendu les illusions sont perdues.
Mais l’enjeu de la réforme dépasse l’épisode de la déclaration de candidature pour la présente élection.
C’est là où ce sera intéressant, car à l’avenir le processus démocratique dans les partis politiques devra passer par une sorte de primaire, qui fera que la sélection des candidats dans les partis sera tributaire de la capacité des concurrents à mobiliser 1% des électeurs sur le fichier électoral pour être éligible à la candidature à la magistrature suprême. Dès lors quelqu’un, qui brigue le leadership d’un parti, et qui n’arrive pas à réunir cette masse critique d’électeurs, sera démocratiquement discrédité avant même de briguer les suffrages des Sénégalais. Ainsi, la démocratie interne des partis que les gens réclament souvent sans autres solutions que de pousser les leaders historiques à la démission, trouverait un début de solution, pour le plus grand bien des partis qui quoiqu’on dise, restent les seuls cadres d’expression et d’encadrement de la vie politique.
Et qui sait, on pourrait même aller vers l’exigence pour tout parti politique légalement constitué de participer à au moins 1 élection sur les 3 (ou 4) de notre agenda politique.
Du coup, l’entreprise de rationalisation de notre paysage politique pourrait par ce biais être assurée, et sans doute donnerait du sens au financement des partis politiques.
Finalement, plus de 300 partis dans notre pays, c’est une vraie aberration qui autorise tous les excès, y compris en créant un corps de professionnels de la politique, dont la vie est rythmée par l’agenda des commissions politiques qu’on crée ici et là pour soit discuter du fichier, superviser des élections ou …discuter encore les désaccords ou de boycott, marches et autres activités improductives pour notre pays, alors que les challenges sont ailleurs. Pendant ce temps, le citoyen scrute le ciel politique sénégalais sans voir venir le «messie»  qu’on lui vend, que dis-je qu’on lui vante.

Mamadou NDAO
Sicap Liberté 6
Président de la commission politique de l’ANCP
Alliance des forces de Progrès

1 COMMENTAIRE

  1. Je ne suis pas sûr que la pensée derrière le « parrainage pour tout le monde » ne cache pas en amont une arrière-pensée, celle, une fois de plus, de permettre à la cour constitutionnelle d’exécuter la « sale besogne » consistant à invalider autant de parrainages que nécessaire, afin d’écarter les candidatures indésirables.

    L’argument des excroissances des listes, bien que séduisant, ne semble pas convaincant pour autant, eu égard notamment à la frilosité ambiante et à la détermination de la majorité présidentielle à vouloir coûte que coûte tracer un boulevard sans parcours de risques au président Macky Sall, pour sa réélection en 2019.

    Il était tout à fait prévisible que tirant les leçons de la précédente élection présidentielle, les candidats indépendants cherchent à contourner l’exigence du parrainage en se faisant tout simplement adouber par des partis d’opposition dont ils n’auraient eu que l’embarras du choix dans la pléthore existante.

    Tout cela participe d’un jeu extrêmement dangereux. A force de tirer sur la corde des institutions pour en faire ses « machins », Macky Sally prend le risque de déchaîner des phénomènes incontrôlables, à la manière de l’apprenti sorcier.

    Tout est possible, tout est à craindre, tout peut arriver, même dans les plus avancées des démocraties, lorsque les institutions sont prises en otage, lorsque les opinions qui contestent sont privées jusqu’au bol d’air de la rue pour exprimer leur désaccord sinon leur désarroi. Tout peut donc arriver, si l’on n’y prend garde !

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