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«Un politicien[e…] est quelqu’un qui pense à la prochaine élection tandis que l’homme d’Etat pense à la prochaine génération. Le politicien pense au succès de son parti, l’homme d’Etat au bien de son pays. Le politicien souhaite prendre telle ou telle mesure, l’homme d’Etat à établir l’un ou l’autre principe. Enfin, l’homme d’Etat souhaite piloter tandis que le politicien se contente de se laisser pousser par le vent.»
Cette pensée de James Freeman Clarke (1810 – 1888), voilà à quoi nous renvoie notre actualité politique, en période de célébration du Magal et du Gamou. A juste titre, car cette pensée n’a sans doute rien perdu de son actualité.
En effet, le rapport du politique aux religieux semble plus que jamais se mesurer à l’aune de l’intérêt ; tout au moins, le politicien, préoccupé par l’intérêt personnel, nous semble le mieux s’accorder à cette idée de Clarke qui justement le rattache exclusivement à son ambition personnelle : triompher de la prochaine élection. Et pour l’atteinte de cet objectif, la caution des guides religieux demeure une exigence, un principe à défendre par les hommes politiques.
Et ce qui est remarquable, c’est cet effet que produisent les réseaux sociaux sur l’espace que consacrent les rapports entre politiques et religieux.
En effet, les nouveaux moyens de communication encouragent à leur façon l’interaction qui se joue entre ces deux sphères qui déterminent l’essentiel de notre vie sociale par la puissance de l’image. Jamais, en réalité, la communication n’a été portée à ce niveau. Certaines personnalités politiques, maîtrisant tellement l’art d’occuper le devant de la scène et conscients du contenu de leurs discours savamment calculés pour produire un écho maximum dans le grand public des fidèles, qu’ils se perdent dans la théâtralisation, beaucoup plus portés par l’ambition de leur fonction que par le statut d’un humble «talibé» venu prêter allégeance à son marabout.
Et s’il en est ainsi, c’est parce que le rapport des politiques aux confréries est un rapport de pur opportunisme ; tout comme le rapport de la politique à la religion, de manière générale, est beaucoup plus déterminé par l’intérêt. Et parce que nous vivons de plus dans des sociétés en réseaux, l’idée de se voir en ligne, aux côtés d’un guide religieux, assure déjà un succès relatif. Et la grande vertu des réseaux sociaux étant de rendre possible, au-delà de l’espace géographique, une communauté de goûts, d’orientations confrériques, religieuses, d’idées politiques, il est donc évident qu’ils sont la pièce maîtresse pouvant contribuer à changer la donne au niveau de l’électorat. Parce que justement cet électorat est souvent à majorité composé de jeunes, très présents, il faut le dire, dans la dynamique des confréries. Ainsi se tisse un rapport de séduction entre les hommes politiques et les maisons confrériques (Touba, Tivaouane, etc.), même si les guides s’en prennent violemment aux dirigeants parfois qui profitent de leur situation souvent pour installer un malaise social. Il n’en demeure pas moins qu’ils constituent le meilleur rempart pouvant assurer aux politiques le succès aux différentes élections.
Il est évident que cette ruée vers Touba de nos hommes politiques et futurs candidats à la prochaine échéance présidentielle consacre tout d’abord une bataille de l’image pour ces candidats. Et c’est ce que nous montrent clairement les réseaux sociaux. Sur internet, ce qui nous représente mieux aux yeux des autres, c’est notre image. Et c’est la raison pour laquelle même les hommes politiques ne sont pas épargnés par le piège de l’image. Au contraire, ils ont très bien compris que l’image fait partie de la mécanique du pouvoir. Et c’est pourquoi ils n’hésitent pas à mettre régulièrement à jour leur photo de profil. Et leur fil d’actualité consacre bien leur proximité d’avec le monde maraboutique ces derniers temps. L’acte symbolique de se mettre en scène devient finalement une sorte de costume que l’on emprunte. Et le drame dans tout cela, c’est que désormais la grande réalité de la politique se vit à l’intérieur des images, parce que l’homme politique a déjà compris que faire une image d’un événement, d’une visite, contribue à sa signification symbolique dans la construction psychosociale.
Et les grands événements que représentent les célébrations du Magal et du Gamou, au-delà de l’aspect religieux qui exige un sobre recueillement des fidèles, demeurent un enjeu pour nos politiques qui répondent aux mêmes nécessités aujourd’hui qu’hier, d’articuler la stratégie du paraître à la fragilité de l’être véritable, avec cette nuance qu’aujourd’hui, chacun peut diffuser ses propres images. Ce qui donne l’impression que les rapports se dessinent de nos jours sous l’angle d’une certaine horizontalité. Est-ce à dire que le politique n’a plus les moyens de triompher ?
Il est clair que l’aveuglement des médias et de certains experts sur l’extraordinaire résistance de certains hommes politiques, à l’instar de Donald Trump, pourrait nous inciter à adopter une certaine réserve face à cette brûlante question.

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