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Dans le cadre du financement de son développement, le Sénégal avait sollicité l’appui du Groupe consultatif de Paris, pour mobiliser les ressources financières nécessaires à la mise en œuvre du plan Sénégal émergent. D’emblée, nous pouvons saluer l’idée de baliser et de planifier les voies d’un développement économique pour notre pays, mais surtout de condenser le tout dans un document stratégique ; même si je déplore toujours le fait que ce travail ait été confié à un cabinet étranger, au grand mépris de l’expertise locale. Ce qui est le plus déplorable c’est que ce plan, qui était censé permettre le décollage de notre économie, est devenu un goulot d’étranglement pour notre pays. Les Sénégalais ont faim et soif, ne peuvent plus envoyer leurs enfants à l’école, ne peuvent plus se soigner et vivre en sécurité dans nos quartiers.
En effet,  le Sénégal à l’instar de plusieurs pays africains, a fait de l’émergence son cheval de Troie, sans prendre l’impérieuse précaution de déterminer, avec rigueur et précision, les politiques et instruments à mobiliser pour atteindre l’objectif d’un développement porteur de richesses et de valeur ajoutée, et surtout générateur d’emplois pour notre jeunesse. D’un point de vue historique, le terme émergence est un concept exogène qui a été proposé aux pays africains par les pays occidentaux et accepté comme tel. Ce terme est né au début des années 1980 dans la terminologie financière, au moment où les marchés de la triade recherchaient de nouveaux terrains de prospection pour rentabiliser leurs investissements. On a tantôt parlé de marchés émergents. Au départ donc, ce terme d’émergence ne reflète pas une pensée messianique de l’épanouissement ou du bien-être des peuples. Puis, les institutions financières issues des accords de Bretton Woods ont promu ce terme et l’émergence est devenue un stade entre le sous-développement et le développement ; présentée com­me un synonyme de rattrapage économique. Ce qui implique donc un rapport à d’autres pays, occidentaux par exemple, qui seraient les meilleurs, dont les pays africains devraient être les bons élèves. Nos économies n’ont pas besoin d’une émergence telle que chantée dans notre pays ; nous avons besoin d’une transformation de notre paradigme de développement et d’un redressement de notre tissu productif. Plus que jamais, l’Etat du Sénégal crée de la dépense publique à travers la multiplication des agences de l’Etat, dont l’efficacité reste à prouver : ces agences servent uniquement à caser de la clientèle politique. Récemment une équipe du Fmi, de passage à Dakar, a demandé à l’Etat du Sénégal une réorientation des dépenses vers des secteurs plus utiles à notre développement. Le Fmi a souligné également que «la dette publique à la fin décembre 2016 est plus élevée que prévu, en raison notamment du dégonflement des soldes créditeurs des comptes de dépôts et des avances que le gouvernement apporte au groupe La Poste depuis plusieurs années». L’instance monétaire internationale attire aussi l’attention des autorités sénégalaises sur la réduction du nombre d’agences publiques, et de consacrer les dépenses publi­ques prioritairement à l’investissement public, y compris en capital humain, et à l’inclusion sociale pour l’atteinte des objectifs de développement. Par inclusion sociale, il faudrait entendre inclusion sociale de toutes les populations sénégalaises et non inclusion sociale uniquement des militants et des responsables du parti du Président Macky Sall. C’est le cas avec les Bourses de sécurité familiale dont la distribution est très politisée. Au demeurant, à défaut d’une traduction concrète des promesses de campagne, on risque de perdre encore 7 ans  et de l’énergie ou d’attendre un changement de régime pour voir enfin la matérialisation des promesses tenues par l’actuel président de la République. Parmi ses nombreuses promesses, il y avait la création de 500 000 emplois pour les jeunes, mais aucun plan sérieux n’a été mis en place pour doper la création de ces fameux 500 000 emplois ; 3 ans après on est à des années-lumière du compte en effet. En Côte-d’Ivoire, par exemple, le Pré­sident Alassane Ouattara a planifié la création de 1 million d’emplois en 5 ans soit 200 000 emplois par année ; il a mis en place des mécanismes efficients qui lui ont permis de tenir sa promesse électorale. Au Sénégal on met toujours la charrue avant les bœufs et il n’y a jamais la bonne personne à la place qu’il faut : pourtant le pays regorge de ressources humaines de qualité, qui sont systématiquement éloignées des sphères de décision parce que ne faisant pas de la politique.
L’objectif du Pse est de faire passer la croissance à 7% par an, contre 3,3% en moyenne depuis 2006. C’est une véritable hérésie de penser que la simple augmentation du taux de croissance du Pib à 7% par an suffira à rendre le Sénégal émergent (il nous faut en effet, une croissance à deux chiffres pour nous développer). Cependant, le problème avec les indicateurs économiques de mesure du développement, c’est que les économistes et les prévisionnistes en sont satisfaits mais la ménagère qui va au marché le matin, ne voit aucun changement dans son pouvoir d’achat.
De plus, sur le plan strictement macroéconomique, il est urgent d’améliorer fortement la compétitivité et la productivité de nos industries, et de transformer en profondeur la structure même de l’économie, en produisant et en exportant des biens manufacturés et des services à forte valeur ajoutée. Tous ces facteurs d’émergence n’ont pas été quantifiés avec des indicateurs clairs de suivi-évaluation. En effet, les politiques publiques n’ont de sens et de pertinence que lorsqu’elles sont suivies et évaluées avec des critères d’efficience et de performance.
En jetant un regard rétrospectif et prospectif, j’émets de sérieuses réserves sur la faisabilité  du  plan  Sénégal émergent, sur les ressources humaines en charge de sa mise en œuvre et sur sa véritable capacité à développer le Sénégal. En effet, que fait-on de :
L’horizon 2035 qui me semble bien trop loin
La Gestion axée sur les résultats, comme le suggère la réforme des finances publiques sous la houlette de l’Uemoa, dans  une  double démarche  de  loi-programme pour  l’élaboration  et  le  vote  de  son budget et d’une dé­con­centration progressive de l’ordonnancement des dépenses publiques au profit des ministères techniques et des entités étatiques.
La Bonne Gouvernance  des  ressources  publiques et la territorialisation des politi­ques publiques : à ce titre, sous le magistère du Président Macky Sall, des hommes politiques à la tête de sociétés nationales détournent de l’argent public sans être inquiétés, parce qu’ils sont proches du pouvoir ou parce qu’ils ont rejoint la mouvance présidentielle. Où est la rupture ?????
Du Fongip qui est encore une fois, une excellente trouvaille, mais par la faute d’une trop grande politisation, ce fonds ne donne pas les résultats escomptés. Les financements se font en général sur des bases partisanes voire politiques. Nous avons vraiment du mal à mesurer la valeur ajoutée de cette agence et ses réalisations concrètes. Combien de financements ont été accordés pour combien de projets ? et quels sont les résultats obtenus ?
De l’Anpej qui était censée accompagner les jeunes vers l’emploi durable, mais en réalité il n’en est rien. Depuis sa création, le chômage connait une hausse frénétique, même si cette agence signe beaucoup de conventions, de partenariats. Combien de jeunes ont été insérés réellement ? L’ancienne Anej était bien plus efficace.
Du financement de l’entreprenariat des femmes entre folklore et gadgétisation. C’est bien d’accorder des millions de nos pauvres francs à tout va à une couche vulnérable comme les femmes, en faisant venir des chanteuses et des laudateurs, mais c’est encore mieux de les accompagner dans l’ingénierie de projets viables et bancables avec des modèles économiques pérennes. Sans la mise en place d’une véritable structure dédiée à l’accompagnement de l’idée-projet au démarrage et stabilisation de l’entreprise, l’entreprenariat des femmes se résumera juste à un concept vide.
En définitive, le développement économique et social doit tirer sa légitimité et sa substance dans une approche holistique des choses, c’est-à-dire une véritable totalisation des ressources, des compétences et des énergies pour servir la cause commune d’un développement inclusif.
Ce qui freine l’émergence du Sénégal, c’est la logique politicienne dans la gestion des affaires publiques, on s’attache trop à l’écume et non au creux de la vague dans ce qu’elle a de plus dynamique. Nos institutions, nos ministères sont désincarnés et inefficaces, car à côté de la minorité qui travaille et qui apporte de la valeur ajoutée, se dresse une majorité de médiocres. C’est une petite caste politique, familiale et parfois communautaire d’«illuminés», dont la production journalière en quantité de travail est inférieure ou égale à zéro.
Notre pays doit relever le défi du capital humain en rapport avec les prévisions de la Banque mondiale. Il faut créer, selon la Banque mondiale, 150 mille emplois chaque année au Sénégal pour pouvoir accompagner l’arrivée sur le marché du travail de jeunes sénégalais et sénégalaises.
Elu pour conduire le Sénégal vers le chemin du véritable développement économique et social, le Président Macky Sall peine véritablement à traduire ses engagements électoraux en actes concrets. L’ordre des priorités n’est pas le bon et il y a d’énormes problèmes et des lacunes dans la conduite des politiques : Erreur de casting et de management ! A titre d’exemple, l’Etat du Sénégal a acheté à l’entreprise française Alstom, un Train Express Régional à plus de 500 milliards alors que notre pays n’a plus de machines de radiothérapie pour le traitement des malades du cancer. De plus, dans certaines localités du pays, des femmes perdent la vie en la donnant, parce que transportées sur des charrettes. Pourtant, nous sommes en 2017 !
Dr Alboury NDIAYE
Président de Nouvelle Vision pour le Sénégal
alboury@hotmail.com

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