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L’ambition est merveilleuse. Le chef de l’Etat, son Excellence Monsieur Macky Sall s’est engagé à changer le pays profondément et durablement par le Plan Sénégal émergent (Pse). Il repose sur trois axes stratégiques : la transformation de l’économie par la création de richesse et d’emplois, la promotion du capital humain par la protection sociale, la bonne gouvernance et l’intégration régionale.
La vision est claire et précieuse, les moyens financiers sont mobilisables, cependant les acteurs qui constituent l’Admi­nis­tration publique sont souvent hostiles au changement stratégique en produisant des réactions allergiques. L’Administra­tion est lourde, lente et coûteuse ; et s’écarte souvent de la ligne stratégique du Pse. C’est une responsabilité collective. La rémunération globale dans le secteur public en 2018 est estimée à 866,8 milliards F Cfa. Les institutions comme l’Assemblée nationale, le Haut conseil des collectivités territoriales, le Conseil économique, social et environnemental nous coûtent 15,8 milliards de rémunération. L’Etat compte payer à titre de rappel d’intégration presque 29,4 milliards F Cfa pour 2018 sans compter les autres dépenses de fonctionnement.
L’Administration résiste au changement stratégique parce qu’elle crée des improductivités, des insatisfactions et des retards face au rythme rapide des différentes mutations. L’émergence suppose une administration très performante qui est résolument au service du citoyen. Une administration capable dans les délais de développer une logique d’innovation totale en élevant partout le niveau de performance. Le Pse risque de se confronter à un dispositif dont le système de management est devenu obsolète.
Au Sénégal, il y a des urgences (santé-emplois des jeunes-sécurité- environnement-éducation-justice…) qu’il faut régler rapidement et font appel à l’esprit d’initiative, une capacité d’innovation et l’intelligence de tout les Sénégalais.

Quels sont les remèdes pour combattre les résistances ?
1. Remplacer à long terme quelques institutions budgétivores par un Comité national de consultation (Cnc) regroupant différents experts pour réfléchir sur les problèmes nationaux. Avec ce comité, l’expertise est assurée avec une possibilité d’économiser plus vingt-cinq (25) milliards par an.
2. Supprimer les agences et redéfinir leurs missions sur un autre plan administratif. Cette suppression a deux avantages : une économie de plus de cinq (5) milliards et la disparition des doublons. Pour rationaliser une structure, il faut oser prendre des mesures courageuses.
3. L’alignement sur le privé : il s’agit d’instaurer la culture de la qualité et la définition d’indicateurs de performance. Ne plus tolérer des ilots de non qualité dans les secteurs vitaux comme l’énergie, la santé, l’éducation et la recherche. Il est question de libérer les forces d’initiative et de progrès pour satisfaire les attentes des usagers. C’est à ce niveau qu’il faut utiliser des modèles mathématiques comme «la théorie des décisions» pour ressortir les conséquences des différentes hypothèses et des stratégies qui découlent des choix envisagés. Cela suppose d’avoir un personnel compétent et sérieux.
4. Auditer régulièrement l’utilisation des moyens d’action (budget de fonctionnement des administrations) et évaluer les activités réalisées.
5. Mettre les compétences à leur place pour assurer un bon fonctionnement du Pse. Nom­mer et confier des responsabilités sur la base du mérite et non sur des considérations politiques. Il faut une administration citoyenne à la place d’une administration de parti. L’émergence n’est pas une économie de charges, c’est de la productivité et création de richesses.
Pour libérer le Pse pris en otage par un modèle administratif traditionnel incapable de prendre en charge les nouveaux problèmes, il faut changer de paradigme, de manière de penser et d’agir. Faire deux choses à la fois comme disait Peter Drucker : «La planification stratégique c’est le management par les plans, le management stratégique c’est le management par les résultats.» Les rédacteurs du Pse ont oublié de poser comme préalable la réforme intégrale du fonctionnement administratif. Seule une administration prospective et scientifique peut garantir des succès au Pse. Pour faire face aux défis et assurer un avenir radieux à la génération future, il faut reformuler les modes opératoires, mobiliser et organiser les compétences et axer toute conception sur la résolution des problèmes. Cela doit se traduire chaque année par moins de charges plus de ressources dans le budget. Ce changement de système repose sur une conscience citoyenne collective et l’engagement de tout le personnel administratif à faire de la qualité une idéologie.

Alpha YOUM
Spécialiste de gestion publique et droit social

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