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Un bref historique de l’arachide au Sénégal nous ramènerait à des dates importantes, parmi tant d’autres, comme 1865 (création du quai de Rufisque pour son exportation), 1920, date de création de la Seib de Diourbel, 1962 et les années d’après indépendance, avec l’introduction des cooperatives, suivie plus tard de la création de l’ Oca, et de l’Oncad, et à partir de 1980, les innombrables réformes de la nouvelle politique agricole, suivies en 2001-2003 de la suppression de la Sonagraine et de la privatisation de la Sonacos.
Les historiens politologues et autres spécialistes du secteur, ils sont nombreux et excellents dans leurs domaines, pourront nous dire si ces politiques étaient bonnes ou pas pour notre pays. J’interviens en ma qualité d’ancien banquier ayant une longue expérience du financement des crédits agricoles et en ma qualité de citoyen sénégalais intéressé par le développement de notre pays. Le Président Macky Sall, lors de son face-à-face télévisé avec la presse, est revenu sur le secteur arachidier et l’importance qu’il attachait à son développement. Lors de la privatisation de la Sonacos dans des conditions que je trouvais personnellement insupportables, je m’étais exprimé pour dire «qu’on ne privatise pas l’instrument de développement de la majorité du monde rural qui représente 70% de la population sénégalaise. On le réforme pour se conformer aux réalités du marché». Depuis lors, l’Etat est revenu sur cette décision.
Il a évoqué la bonne production de cette année, estimée à 1,8 million de tonnes et a expliqué son impact sur la croissance économique. Grâce à cela, notre pays n’est pas tombé en récession malgré un environnement économique très difficile marqué par la pandémie. L’un des succès les plus importants est l’ouverture d’un nouveau marché vers la Chine, car depuis des dizaines d’années, l’arachide du Sénégal était toujours écoulé à travers l’Europe. Cette diversification est significative et ouvre de nouvelles perspectives très intéressantes pour notre pays, mais elle présente également des défis importants.
Comme disent les Anglo-saxons «it is a huge achievement and a game changer». L’arachide est pour le Sénégal ce que le cacao représente pour la Côte d’Ivoire et le Ghana, et ce que le soja et le maïs représentent pour l’Amérique. C’est le «lifeline» du monde rural : quand l’arachide va bien, toute l’économie va bien.
L’arachide est le socle du développement des petites et moyennes entreprises qui produisent pour le marché local, et qui dépendent d’une bonne demande intérieure. L’ara­chide, c’est aussi le développement des transports interurbains et des marchandises à travers tout le pays. La corrélation est positive et la meilleure manière d’arriver à cette équité territoriale, si chère au Président, est de mettre en œuvre le projet du chemin de fer à travers le pays. Nous qui sommes issus du monde rural en savons quelque chose, car c’est l’arachide qui permet de faire revivre les villages et hameaux du Sénégal des profondeurs. Qui ne sent pas l’impact d’une bonne campagne arachidière sur le pouvoir d’achat des populations et de son effet multiplicateur dans tous les secteurs de l’économie sénégalaise ?
Cependant, malgré tous ces succès (passer de 200 mille tonnes à 1 million 800 mille tonnes, de 20 à 30 milliards Cfa injectés dans le monde rural à plus de 300 milliards éventuellement), le Président a insisté sur les réformes à continuer et à initier. Ce sont les challenges imposés par le marché international en termes de qualité du produit et de l’efficacité opérationnelle de la filière, mais surtout les changements d’attitudes de tous les secteurs de la filière arachide.
Le Sénégal doit acquérir un avantage comparatif certain dans le commerce international de l’arachide. Certes trois grands pays (Chine, Inde, et Etats-Unis) se partagent l’essentiel de la production mondiale, estimée à plus de 43 millions de tonnes, mais ils réservent la majeure partie pour leur consommation locale. Le Sénégal a une opportunité d’être parmi les majors dans les prochaines années.
L’arachide est un produit particulier où rien n’est perdu. C’est un produit vivrier et de rente ; les graines pour l’huile industrielle ou artisanale, les coques pour les tourteaux et aliments de bétail, et comme l’a souligné le Président, le «ngogne» pour le bétail, que certain privés achètent dans les centres urbains. L’arachide retrouve ses lettres de noblesse et son lustre d’antan. Les bonnes réformes initiées et qui se sont traduites par les excellents résultats d’aujourd’hui doivent continuer. Ensuite, il faudra bien investir massivement dans la modernisation, l’acquisition d’équipements adaptés et de nouvelles techniques de production et d’irrigation, combinée à une bonne formation afin d’augmenter les rendements et la qualité du produit. Le pays regorge de bons ingénieurs et d’universitaires compétents qui, s’ils sont mis à contribution, devraient nous aider à optimiser davantage l’exploitation de cette filière à laquelle je crois.
Réfléchir aussi, comme l’a recommandé le Président, à l’équilibre entre la constitution d’un bon stock de semences et les nécessités économiques pour le producteur de vendre toute sa récolte. Comment soutenir la Sonacos et l’aider à s’adapter aux réalités du «bord champ». Il faut encourager la transformation locale de nos produits sans pénaliser le producteur. Personnellement, je milite pour un investissement massif de plusieurs centaines de milliards à injecter dans l’arachide, même s’il faudrait les emprunter. Je rejoins la position du Président sur la question du niveau de dette pour un pays. C’est la capacité de remboursement et la qualité de la signature, plus l’objet et l’utilisation de la dette, qui doivent déterminer les capacités d’emprunt, mais pas un ratio arbitraire dont les critères de détermination ne sont pas tout à fait connus. D’ailleurs, c’est une question qui mérite débat si l’Afrique veut développer son agriculture, ses systèmes de santé et d’éducation. La clé de voûte d’un Sénégal émergent est l’agriculture, en particulier l’arachide. Vivement pour une journée nationale de l’arachide comme cela se fait ailleurs. Les meilleurs paysans et agriculteurs pourraient y être reconnus et récompensés.
Magatte DIOP – Notable à Baba Garage Consultant international Ancien Directeur Général
de Citibank Abidjan
PS. L’auteur est né à Baba garage, de parents grands commerçants traitants d’arachides de l’époque, eux-mêmes originaires de Mpal Sakal du Gandiol, et a grandi à Thiès où il a fait ses études primaires et secondaires. Il est présentement Président de Peacapitaladvisors Group une Société de Consultance
internationale.

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