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Outre la projection de son film Hyène, au lendemain de l’ouverture des Journées cinématographiques de Carthage, une cérémonie d’hommage agrémentée de témoignages poignants au Palais des congrès de Tunis, a rassemblé les proches, parents et amis du défunt réalisateur sénégalais, Djibril Diop Mambéty.

Le réalisateur tunisien, Mo­hamed Challouf et non moins coordonnateur du cinquantenaire des Jcc a fait projeter mardi soir au Palais des congrès de Tunis, son film intitulé  Mon frère Djibril. Il s’agit d’un court-métrage documentaire dans lequel, on voit Djibril Diop Mambéty entouré de quelques membres de sa famille et évoquant sa «grande admiration» pour Douta Seck. Au moment où ces images étaient tournées, Douta Seck était malade. Alors, l’auteur de Hyène et de Touki Bouki, confiait face caméra son souhait de voir Douta Seck guérir de sa maladie pour jouer un rôle dans son film. Puis dans la suite du documentaire, c’est le frère Wasis Diop, qui dans un «long entretien» raconte de façon poignante son aîné et les différentes facettes de son cinéma, de sa vie. «C’est lui qui m’a inoculé le virus de la musique», disait-il, affirmant que son illustre frère, durant toute sa vie est allé «à la quête spirituelle de la vie». «Djibril a toujours été dans un état de recherche permanent… Il y avait du contenu dans tout ce qu’il faisait…Il a claqué la porte du Théâtre national Daniel Sorano, alors qu’il y était un grand comédien, il ne voulait pas rester dans un schéma administratif, à l’échelle nationale. Il voulait aller vers l’universel», a confessé Wasis Diop. Et lorsqu’il réagit sur l’œuvre de son frère, c’est pour y voir une «part d’éternité». «Djibril disait que quand il reviendra plus tard à la vie, qu’il serait peut-être un oiseau. C’est quelqu’un qui a toujours envie d’explorer l’universel….Et c’est ce que je chante dans Ramatou».
D’une voix étreinte d’émotion et empreinte de solennité, Wasis Diop face à un public qui l’écoutait religieusement, a évoqué les souvenirs d’un homme d’exception, persuadé que Djibril «a mis en scène son propre-existence». «Il a commencé le cinéma trop tôt. Mais il était en avance sur lui-même et sur son temps», a-t-il insisté. Comme lui, Mohamed Chalouf rappellera que le défunt cinéaste sénégalais, a été «un auteur hors du commun». «Il a laissé des perles du cinéma, pas seulement africain, mais du cinéma tout court», avance l’auteur du célèbre film, A l’ombre du Baobab (Ce film sera projeté à l’institut français de Dakar, en novembre au Mois du documentaire). Pour Challouf, «Djibril a traversé le cinéma comme un météore. Et il a apporté un souffle inédit, un regard nouveau à travers 7 films, tout en sortant de ce qu’était à l’époque le cinéma africain». C’est ce que pense également le réalisateur malien et ancien ministre de la Culture, Cheick Omar Cissokho, qui l’avait rencontré pour la première fois, au festival de films de Nantes. «Il m’appelait «le fils de ma mère»». «Djibril était profondément humain. Et cette dimension humaine de sa vie se reflète et se ressent dans ses films», a dit M. Cissokho, également président de la Fédération panafricaine des critiques de cinéma. Pour lui, ce fils du Sénégal aimait beaucoup le continent, était très gentil, mais était aussi «très violent envers lui-même».

Le lien entre Djibril et Joe Ouakam
Catherine Ruelle, ancienne journaliste à Radio France In­ternationale, ami de Djibril Diop Mambéty (Ils se sont rencontrés pour la première fois en 1971, quand il faisait Touki Bouki), est aussi revenue sur plusieurs anecdotes pour magnifier la vie et surtout l’œuvre de l’auteur de Contras’ City (court métrage, 1969). «Djibril a fait des films poétiques. Il avait une grande culture européenne. Mais également une grande connaissance de sa propre culture…», a-t-elle témoigné, laissant la parole au journaliste et critique de cinéma Baba Diop, qui après être revenu sur leur première rencontre, leur long compagnonnage, a affirmé que «Beaucoup de gens se trompent sur la vraie personne de Djibril Diop Mambéty». Invitant la jeune génération à revoir ses films, Baba Diop mentionne qu’il avait «une grande connaissance des grands classiques, et ceci fait qu’il avait une grande plume». «Les gens le voyaient comme un intrus du cinéma. Car il a été un réalisateur de détournement…», a expliqué M. Diop. Et, le réalisateur camerounais Jean-Pierre Dikongué Pipa, auteur du célèbre film Muna Moto, d’ajouter que le cinéma de Mambéty était «un cinéma de choc».
Plusieurs autres intervenants à l’instar du Burkinabé Idrissa Ouédraogo, du journaliste culturel Alioune Diop ont partagé au cours de cette rencontre leur part de Djibril Diop Mambéty. Et pour clore en beauté la séance, un film de Wasis Diop sur Joe Ouakam, intitulé  La fête de l’âme a été projeté. Le réalisateur Mansour Sora Wade en est sorti très ému. C’est une belle conclusion dira-t-il, rappelant les liens intimes  qui liaient Djibril Diop à Issa Ramangelissa Samb. «C’est Joe Ouakam qui a enseveli la dépouille de Djibril… Joe et Djibril font un… Que serait Jœ Ouakam, sans le souvenir de son frère Djibril ?», confesse-t-il.

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