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Nous avons vaincu la fatalité.» C’est en ces termes que, du haut de la tribune de la Conférence nationale de février 1990, celui qu’on surnommait «le renard Djrègbé» s’exprimait, dans un style flamboyant, pour ainsi saluer l’ouverture de l’ère du multipartisme au Bénin.
Mais, la fatalité aura hélas raison de ce grand homme dont l’Afrique pleure la disparition, ce mercredi 6 novembre 2019. Et pour cause, l’Afrique perd un de ses grands fils, celui qui a dignement symbolisé la synthèse de l’universel de notre continent, pour avoir vécu toutes les étapes de la dialectique menant à l’affranchissement des pressions coloniales par l’affirmation de la vraie indépendance.
En effet, le Professeur Albert Tévoedjré a depuis toujours servi de pont, menant aux différentes étapes de l’évolution de l’Afrique ; des théories de la négritude de Aimé Césaire qui l’ont longtemps bercé et qui faisaient le procès du colonialisme, à l’affirmation d’une Afrique libre, en passant par le rejet d’un certain régime incarné en un temps au Bénin par le Président Mathieu Kérékou, et qui allait conduire au vent de démocratie qui a soufflé pour la première fois sur l’ex-Dahomey au début des années 1990. L’homme a ainsi accompagné toutes les différentes saisons politiques qui se sont succédé au Bénin.
Et c’est fort de cette posture qu’il a également accompagné toutes les étapes de sa carrière, de secrétaire d’Etat à la Présidence chargé de l’information dans les années 60, à la médiature de son pays où il a été placé, en passant par différentes représentations au sein de l’Onu.
L’homme avait ainsi l’étoffe du héros dont l’engagement inlassable n’a qu’une origine : la foi et la nécessité qu’elle lui impose de contribuer à l’affirmation de la dignité de l’humain. Rien d’étonnant à cela, si l’on sait que le Professeur Albert Tévoedjré a toujours mis en avant son engagement chrétien, dignement affirmé par son appartenance à la Société des missions africaines (Sma). Et cette appartenance justifiait toujours chez lui de son argumentaire en faveur de la paix et de l’équité, dans une Afrique débarrassée de la pauvreté, convaincu qu’il était que «la foi doit s’accompagner d’œuvres concrètes», comme il le confiait à la Croix Africa, en 2017.
Ce qui prouve la dimension noble de l’homme que l’Afrique vient de perdre. Un homme qui appartenait à tous les peuples épris de paix et de justice sociale, parce qu’il fut l’inventeur du concept de «Minimum Social Commun» et celui du «contrat de solidarité» nécessaire pour l’éradication de la pauvreté.
Tel s’est révélé l’élite qui vient de disparaître et dont l’étoile brillera toujours dans le cœur de chaque africain, particulièrement chez les jeunes qui le respectaient pour son noble parcours, depuis son passage consacré par des études brillantes au lycée Van Vollenhoven à Dakar, à l’obtention du doctorat en économie et sciences sociales à Fribourg. Pour dire que Tévoedjré, c’était d’abord cette figure intellectuelle, alliée à un statut de fin politicien, dont le militantisme aura servi à l’engagement d’une cause juste : l’affirmation de la souveraineté de l’Afrique. Et la jeune génération africaine gagnerait à suivre cet exemple qui n’avait pour souci que de préparer les futurs dirigeants politiques, économiques, sociaux et culturels africains à prendre en charge les nouveaux défis d’un développement solidaire. Et c’est cette vision qu’il nous laisse en héritage et que tend à promouvoir le Centre panafricain de prospective sociale (Cpps) de Porto- Novo, qui est l’Institut qu’il créa et qui porte son nom.

Qu’il repose en paix, le «renard Djrègbé» !

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