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Le Sénégal va abriter du 21 au 25 février 2018 la 5ème édition du Festival international soninké (Fiso). C’est l’occasion de rappeler les fondements historiques et culturels soninké de l’ouest africain, plus particulièrement du Sénégal.
Si la culture européenne trouve ses racines dans la pensée gréco-latine, et que le Professeur Cheikh Anta Diop ait démontré l’africanité de l’ancienne Egypte (ou «l’Egypte nègre», selon l’expression de l’historien), nous pouvons dans cette lignée affirmer la soninkiité de la culture de la majeure partie des groupes humains ouest africains, plus particulièrement ceux du Sénégal.
Au début du premier millénaire, les Soninkés eurent cohabité avec les Bafours (ancêtres des wolofs), les Sérères et les Peulhs dans l’extrême nord ouest de la Mauritanie actuelle au niveau des sites des villes actuelles d’Atar et de Chinguetti, nouant avec eux de multiples relations interculturelles.
Bâtisseur d’empire, les Soninkés créèrent la première structure étatique dans la zone ouest atlantique le royaume du Wagadou ou cohabitaient la plupart des ethnies ouest-africaines.
Après l’éclatement de l’empire du Wagadou et des sécheresses consécutives, plusieurs migrations des Soninkés s’effectuèrent dans la direction d’est en ouest vers le Tékrour et le pays wolof.
La migration soninké vers le Tékrour a été d’un apport dans le processus du peuplement de la vallée. De fortes colonies soninké s’installèrent dans les contrées du Nguenar, du Bosseya et du Yirlabé-Hebbiyabé. Ainsi, beaucoup de Foutanké portent des patronymes d’origine soninké comme : Konté, Camara, Talla, Barro, Dukké, Touré, Sakho, Diaby, Soumaré et Sylla etc.
Et même certains de ces familles soninkés originaires du Wagadou eurent à jouer des rôles très importants dans l’histoire du Fouta aussi bien sur le plan religieux que temporel.
Ainsi, le clan soninké des Soumaré prendra le pouvoir au détriment des Sérères tondions et instaura la dynastie des Maana (826-1182).Un de ces rois maana, Senghane Soumaré, symbolisera même la tyrannie absolue ; un lointain précurseur des Bokassa, Idi Amine Dada et Yahya Jammeh.
Une autre famille d’origine soninké, les Talla, qui serait l’équivalent du nom de clan soninké Traoré, fourniront des guides religieux musulmans à tous les pouvoirs qui se sont succédés au Tékrour , depuis le règne des Maana jusqu’à l’almamiyat en passant les régimes des Deniyankés et des Lam Termess. Ils donneront même deux Almamy au Fouta, Mactar Khoudedia Talla et Racine Selly Talla.
La famille Agne de Gawol qui portait le titre d’Elfeky est aussi d’origine soninké et avait comme ancien nom de famille soninké Tamboura.
A la chute du pouvoir de la dynastie des Lam Termes (1112-1145), le Tékrour fut divisé en deux parties : la partie occidentale était dirigée par des gouverneurs militaires wolof ; les Farba nommés par le Bourba Diolof : Farba Walaldé Dieng, Farba Erem et Boummidy Horefondé.
Par contre dans les provinces orientales du Tékrour, le royaume soninké du Diawara avait installé des gouverneurs militaires qui portaient le titre de Faren : le Faren Djowol qui portait le patronyme Diacko administrait le Nguénar  et le Faren MBaal de Kaédi le Bosséya. Plus à l’est dans le Damga, il y avait d’autres chefs militaires soninkés comme les Faren de Nabbadji, de Bokidiawé et de Agniam Godo.
Une dernière migration soninké au Fouta eut lieu à la fin du 18ème siècle, elle fut composée de guerriers diawarankobé avec des patronymes comme Diawara, Konaté et Fofana. Ces guerriers soninkés, véritables janissaires, participèrent à tous les conflits du Fouta au 18ème et 19ème siècle sous le règne des différents almamys.
Notons aussi que les Soninkés de la première migration wagadou ont créé les premières institutions étatiques au Fouta et y introduisirent l’islam ; les clans Sakho et Talla figurent parmi les plus anciennes familles maraboutiques de la moyenne vallée. Rompus au commerce transsaharien, les Soninkés ont aussi initié les différents Peuples du Tékrour aux techniques de négoce.
L’influence soninké en pays wolof est aussi prégnante qu’au Fouta.
Au Walo, la plupart des griots et traditionnalistes débutent souvent leur récit historique avec ces mots «Baa Ghana tassé… après l’éclatement de l’empire du Mali», qui indiquent le référentiel soninké.
En l’an 1258, parvenu à sa majorité à la mort de son oncle paternel le Brack Amadou Fadouma Mbodj, le prince Tagne Yacine Mbodj revendiquât le pouvoir, mais ne fut pas élu par l’assemblée du Seb Ag Baor. Déçu, il partit en exil dans la province du Woul dans l’ancien royaume du Ghana pour solliciter les prières mystiques d’un marabout soninké, le nommé Amadou Khouma, plus connu sous le nom de Maghana Birane Khouma qui lui prédit une victoire certaine et son intronisation lors de sa prochaine campagne militaire au Walo.
Il reforma une seconde Armée l’année suivante et envahit le Walo et mit en déroute complète les troupes commandées par le Béthio Sébé Foul Diop, le Kaddj Bira Baar Mbodj et le Maarosso Thialam Mbodj. Le prince Tagne Yacine Mbodj les tua tous ainsi que leurs meilleurs guerriers. Devant sa toute puissance militaire,  l’assemblée du Seb Ag Baor se résignât à le reconnaître comme Brack.
Le marabout Maghana Birane Khouma ayant appris que son protégé mystique Tagne Yacine Mbodj avait réussi à prendre le pouvoir au Walo se décida de lui rendre visite. Il quitta le pays soninké accompagné d’une  délégation composée  de six personnes  qui se nommaient comme suit : Manga Djigueul, Odmun Cissé,  Aala Wane Tall,  Naki Mabo Saaré, Boussoura Diané et Boukar Gadjaga qui était le plus âgé, Maghana Birane Khouma étant le plus jeune.
Le Brack Tagne Yacine Mbodj lui autorisera avec ses compagnons à fonder le village de Khouma qui porte son nom de famille et devint le marabout féticheur attitré de la famille royale des Mbodj brack. Ainsi pendant  plusieurs siècles, les descendants du Soninké Maghana Birane Khouma acquirent une grande réputation de marabout féticheur dans toutes  les cours royales des royaumes wolofs de la Sénégambie.
Plusieurs membres de cette famille fondèrent des villages dans le Walo comme le nommé Daah de Ghana qui créa la ville de Daaghana. Les nommés Saamane Ghana et Soop Ghana fondèrent les villages de Ndombo et de Ndiangué au Walo.
Au milieu du 16ème, plusieurs siècles après leur installation au Walo, quand le prince Amary Ngoné Sobel Fall chercha à obtenir l’indépendance du Cayor vis-à-vis du Diolof, il envoya au Walo chercher le marabout féticheur Boukar Khouma, descendant de Maghana Birane Khouma. Il quitta le Walo, accompagné des descendants de la délégation de Maghana Birane Khouma, pour prodiguer des prières au Damel à qui il promit une victoire certaine sur le roi du Diolof. C’est ainsi que le Bourba Diolof Lélé Fouli Fak fut tué et Amary Ngoné Sobel Fall rentra triomphalement au Cayor pour y être élu Damel.
Depuis lors, dans toutes les cours royales du Sénégal du Walo, du Cayor, du Diolof, du Baol passant par le Saloum, les souverains avaient son marabout féticheur, un Serigne lamb qui se nommait Khouma/Ngalick.
Ces familles soninké, après avoir transité au Walo, s’installèrent dans le pays wolof : les descendants de Maghana Birane Khouma et de Niaki Mabo Sarré fondèrent le village de Ngalig, la famille de Odmun Cissé celui de Ndiarmé, et la famille de Manga Djigueul celui de Ndigueul.
En plus de cette nouvelle vague de peuplement au Cayor et au Baol, il s’y trouvait des familles régnantes et maraboutiques issues d’une ancienne migration venant du Wagadou depuis l’éclatement de l’empire.
Les plus vieilles lignées matrilinéaires royales et maraboutiques des anciens royaumes du Baol et du Cayor avaient des origines soninké. La plus ancienne lignée matrilinéaire du Cayor et du Baol est celle des Wagadou d’où sont issus le 1er Damel du Cayor Amary Ngoné Sobel Fall et son oncle le Teigne du Baol, Niokhor Ndiaye Kouli Ndjigane…
Les Damels et Teignes portaient aussi le patronyme Fall dont le nom d’origine soninké était Fam. Déthié Fou Ndiogou et toute son ascendance paternelle, Ndiogou Mak, Mak Diambal, Diambal Djirane, avaient comme patronyme le nom de famille soninké Fam.
Une autre lignée matrilinéaire célèbre du Baol, celle de Diafougne, portait le nom d’une province du Wagadou, le Diafougniou. Le célèbre Teigne Thiéyacine Demba Noudj Salla Fall, fondateur du guénio Fall Thiéyacine et le défunt marabout Serigne Mbacké Sokhna Lô appartenaient à cette lignée Diafougne d’origine soninké.
D’autres lignées maternelles comme celle des Donaye ou celle des Gondiokh dont appartient Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké sont aussi d’origine soninké.
Dans la province du Bakol, au Cayor, se trouve un fond peuplement d’origine soninké qui a fourni à travers les siècles la quasi-totalité des grandes familles maraboutiques du pays wolof qui portent tous des patronymes soninké comme Diakhaté, Sylla, Touré, Khouma, Camara et Diané et qui ont eu des alliances matrimoniales avec la famille Mbacké de Touba. En effet, beaucoup de khalifes généraux des Mourides ont des ascendances maternelles venant des familles Diakhaté, Sylla ou Touré.
A travers tous ces apports dans le peuplement du Tékrour et du pays wolof, nous pouvons affirmer sans ambages que le Soninké est le proto sénégalais, l’essence et la quintessence de sa culture.
Nous Wolofs, Foutanké sommes tous Soninké et ce festival est le nôtre.
Amadou Bakhaw DIAW
de Daah Ghana et de Khouma de Maa Ghana.
diaogo.nilsen@gmail.com

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