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François Fillon avait remporté largement la Primaire de la Droite et du Centre, écrasant au passage Juppé et Sarkozy.
Moins de deux semaines plus tard, François Hollande a annoncé sa décision de ne pas être candidat à la Présidentielle de 2017. C’est une première dans l’histoire de la 5ème République française. Ce faisant, il s’est exclu d’une Primaire hypothétique de la Gauche.
Si la victoire de Fillon avait pris de court la classe politique française, la décision de Hollande était prévisible.
Si certains saluent «le courage et le sens de l’Etat» du Président sortant, d’autres voient dans sa décision «un aveu d’échec».
Nous tirons plusieurs leçons de ce qui s’est passé ces dernières semaines dans l’actualité politique française.
Tout d’abord, au vu de la situation qui prévalait au sein de la Gauche, avec l’annonce de plusieurs candidatures à une Primaire controversée, Hollande, qui avait atteint des records d’impopularité, était mal parti pour une nouvelle course vers l’Elysée. La Primaire «impeccable» de la Droite et du Centre a peut-être précipité les choses. On a connu «la Droite la plus bête du monde», on a découvert «la Gauche la moins intelligente» du monde, et on allait tout droit vers un second tour opposant Fillon à Le Pen.
Sarkozy, laminé et rejeté comme un malpropre, avait conservé sa folle ambition de revenir en force à la tête de la Droite et de prendre sa revanche sur celui qui l’avait défait au scrutin de 2012. Il a perdu son double pari et il ne lui reste plus qu’à faire montre de tous ses talents d’avocat pour se sortir de ses déboires judiciaires. Ce n’est pas l’Afrique qui va pleurer pour lui.
La descente aux enfers de Sarkozy et la sortie prévisible, et maintenant effective de Hollande, semblent indiquer que les Français en ont assez des «monarques républicains» tels que De Gaulle, Mitterrand et Chirac. On a l’impression que c’est maintenant «un tour puis s’en va». L’intérêt de cette formule, si elle est avérée, c’est qu’elle peut accélérer le renouvellement de la classe politique française.
Il est certain que la fidélité à tout prix envers un homme politique, quel qu’il soit, n’a plus droit de cité en France. Les candidatures annoncées de Mélenchon, de Montebourg et de Macron ainsi que celle feinte jusque-là de Valls montrent que sur le théâtre politique, chacun joue sa propre partition. Personne n’accusera plus Macron de trahison.  Malgré les déclarations de principe, on cache son jeu pour bondir au bon moment.
Par ailleurs, le mandat de Hollande a, sans conteste, affaibli et dispersé la Gauche par son côté «mou et flou», comme disait Martine Aubry. Il a battu des records d’impopularité. On se demande si Hollande, en entrant à l’Elysée en 2012, n’avait pas atteint son niveau d’incompétence. Parmi les sept Présidents qu’a connus la 5ème République, il est le seul à n’avoir jamais exercé des fonctions gouvernementales.
Habitué aux manœuvres politiciennes, il a subi de plein fouet le choc frontal entre les principes idéologiques de son camp et les réalités de la gouvernance d’Etat dans un contexte de mondialisation qui impose des règles incontournables. Tacticien hors pair, c’est un piètre stratège. En 2012, les Français avaient plus chassé Sarkozy qu’élu le candidat de la Gauche socialiste.
On le voit, les basses manœuvres n’assurent pas un succès à la tête de l’Etat. Elles peuvent même constituer un piège pour leur auteur.
Pour nous Africains, c’est cette dernière leçon qui compte le plus. Deux enseignements peuvent en être tirés.
Tout d’abord, nous avons vu que si Fillon a pu séduire dans son camp et au-delà, c’est par l’affirmation de ses convictions. Il n’a été ni démagogue ni manœuvrier au cours de sa campagne. Par les temps qui courent, une telle force de caractère peut être rassurante pour un Peuple effrayé par un contexte mondial plein de menaces.
Par ailleurs, l’idée même d’une Primaire qui est une vieille tradition américaine et qui s’impose de plus en plus en France devrait faire réfléchir les hommes politiques africains qui sont convaincus que la position de chef de parti ou de chef d’Etat justifie le statut de «candidat naturel» qu’ils réclament à tort et à travers.
Pour l’exemple, au Sénégal, les leaders de deux des plus grands partis ont hypothéqué l’avenir de leur mouvement, simplement parce qu’ils étaient sûrs, soit d’être hors course soit d’être battus à plate couture au prochain scrutin.
Imaginons un seul instant que François Hollande décidât de saborder les chances de la Gauche en s’entêtant à sauter l’étape de la Primaire. C’est tout simplement impossible, car personne ne le laisserait faire. En Afrique, cela est monnaie courante.
Nous devons donc voir ce qui s’est passé en France comme une occasion de remettre en cause notre approche de l’action politique qui ne gagne rien à n’être motivée que par l’ego et à s’appuyer sur de basses manœuvres et de honteuses combinaisons.
La Primaire est inconnue chez nous et c’est cela qui explique les fréquents éclatements de partis ou de coalitions dont le pouvoir ramasse des pans entiers à l’approche des scrutins. Si nous voulons moderniser et renforcer notre démocratie, il faudra bien que nous nous adaptions aux exigences d’une lutte politique saine et élégante.
Il ne s’agit pas de tout calquer chez les autres et de faire du couper-coller, mais nous ne pouvons, non plus, invoquer ce qui se fait ailleurs quand cela nous arrange et rejeter le reste parce que ça ne nous convient pas. De Gaulle a dit : «En politique, il vaut mieux partir cinq ans trop tôt que cinq minutes trop tard.»
Quand les dirigeants africains auront appris à quitter le pouvoir comme l’avaient fait Senghor, Diouf et Konaré, non seulement ils assureront la paix à leurs pays, mais travailleront plus sérieusement durant leur premier mandat au lieu de consacrer toute leur énergie et les ressources du pays au second.
Maintenant que l’hypothèque Hollande est levée, il reste à la Gauche une seule voix de salut : l’unité. Si les quatre «géants» qui sortent la tête du lot, Valls, Mélenchon, Montebourg et Macron, tout en se préparant à s’affronter à la Primaire, ne montrent  pas une certaine intelligence politique, comme ceux d’en face, je ne fais aucun pari sur les chances de l’un d’eux de figurer au second tour du scrutin de 2017.
Mais comme il faut maintenant être prudent avec les pronostics…
Mamadou DIOP
  Yoff Warar

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