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Un cygne noir, titre éponyme d’un livre de Nassim Nicolas Taleb, désigne «un événement, positif ou négatif, que l’on pensait improbable mais qui entraîne des conséquences massives». Le Covid-19 est un cygne noir. Sa survenance, inattendue, a perturbé le monde et entraîné des décisions improbables comme la fermeture des frontières, le confinement des populations. Le virus s’est propagé à une vitesse telle dans le monde que prendre ces mesures était devenu obligatoire.
Comme pratiquement tous les Etats dans le monde, le Sénégal subit les conséquences du Covid. Etat d’urgence décrété, couvre-feu instauré, frontières fermées, rassemblements publics interdits : voici des mesures prises par le gouvernement.
Les Sénégalais étant un Peuple de voyageurs, et leurs zones d’émigration de prédilection fortement touchées par le Covid, il y avait un risque qu’un émigré contaminé, de retour dans le territoire national, propage le virus. C’est ce qui est finalement arrivé. Certaine­ment que le gouvernement aurait dû prendre les mesures énumérées dans le paragraphe précédent dès le début de la pandémie. La quarantaine des émigrés à leur arrivée dans le territoire national aurait dû être décidée, ce qui n’a pas été fait.
Dans le monde aussi globalisé et imprévisible que celui d’aujourd’hui, les menaces telles que le Covid sont appelées à survenir à fréquence régulière. Une pandémie dans une zone se propagera très rapidement dans le monde. Il est nécessaire de prendre des mesures dès que cela arrive pour limiter les dégâts. Les pays qui ont réussi à limiter la propagation de la maladie ont procédé ainsi. Je lisais dans le journal Le Monde que Singapour a réussi à limiter le développement du virus en prenant des mesures radicales dès les premiers signes d’apparition de la maladie : test systématique, quarantaine forcée[i]. C’était la chose à faire pour le Sénégal.
Le Covid a montré les limites de notre modèle d’entreprises. Certaines structures sont tenues d’élaborer des Plans de continuité d’activité (Pca). C’est le cas des établissements de crédit qui en ont l’obligation (voir la circulaire 04/2017/­cb/c sur la gestion des risques de la Coba[ii]). Je l’écrivais plus haut, nous vivons dans un monde imprévisible et incertain. Aussi est-il nécessaire pour une entreprise d’élaborer un Pca. Un risque ne peut être maîtrisé à 100%, mais la première étape pour limiter ses conséquences est d’avoir un plan.
Je ne sais pas quelles mesures prendra le Gouvernement dans les prochains jours. S’il décide d’un confinement, beaucoup d’entreprises cesseront de fonctionner parce qu’elles n’ont pas prévu des solutions de télétravail. L’instabilité du monde exige qu’une entreprise prenne des mesures aujourd’hui pour faire face aux menaces de demain. C’est élaborer un Pca, développer le télétravail et s’assurer qu’elle dispose d’un matelas de liquidité de sécurité.
J’ai un sentiment mitigé sur le confinement. Oui, ça peut aider à limiter la propagation de la maladie, mais il serait difficilement applicable au Sénégal. Quand je marche dans certains quartiers, je me rends compte à quel point certains Sénégalais vivent dans une promiscuité. Logement et maisons sont étroits et surpeuplés. En outre, beaucoup de Sénégalais survivent au jour le jour. Ils gagnent leur vie en faisant du «gorgorlou» quotidiennement.
Cela me fait penser à l’inutilité de certaines institutions dans notre pays avec ses maigres ressources. Les supprimer entraverait-il le fonctionnement de l’Etat ? Je ne le pense pas. Garder ces institutions montre à quel point nos gouvernants sont éloignés du Peuple et manquent de courage pour satisfaire la population, plutôt que penser à leur réélection.
Le Covid a aussi montré les limites de notre système de santé. Ce dernier serait incapable de faire face à l’afflux de malades si le Covid prenait une ampleur dans notre pays. La suppression des institutions et agences étatiques aurait permis de dégager des ressources pour la santé et l’éducation, des secteurs qu’un Etat qui aspire au développement doit favoriser. Vouloir l’émergence puis le développement de son pays est une chose, mais entreprendre des actions pour y parvenir en est une autre. C’est le problème du Sénégal : il n’entreprend pas des actions et verse dans l’espoir que sa situation changera.
Le Covid nous fait prendre conscience que nous devons changer beaucoup de choses au Sénégal. Je parlais plus haut de la situation du logement qui aurait rendu difficile le confinement de la population. Il faut un véritable plan pour résoudre ce problème et permettre aux Sénégalais de vivre dans des maisons et appartements décents. Si la France peut imposer le confinement à sa population, c’est parce qu’elle dispose de logements décents, où chambres et toilettes ne seront pas partagées par cinq personnes. En outre, le Sénégal connaît un problème de transport : les bus sont surchargés, roulent à fréquence irrégulière. C’est un autre problème que le Sénégal doit régler pour améliorer le quotidien des Sénégalais.
J’ai évoqué le rôle de l’Etat, qui n’est pas le seul responsable : nous Sénégalais, avons joué un rôle dans la propagation de la maladie. Le Covid a encore montré notre manque de discipline et de responsabilité. Des gestes simples comme se laver les mains, garder ses distances ne sont pas respectés. Les consignes comme éviter les rassemblements publics sont ignorés. Tout Peuple qui s’est développé y est parvenu grâce à la discipline. Si Singapour a pu limiter le développement de la maladie, il l’a réussi grâce à la discipline. C’est cette discipline qui nous manque.
Le président de la République avait décrété que les écoles et universités seraient fermées pendant trois semaines. La décision n’a pas été prise pour que nous laissions nos enfants jouer dans la rue. A-t-elle été respectée ? Non. Cela montre notre irresponsabilité et combien cela nous nuit au moment des crises.
Nous pouvons toujours apprendre de nos erreurs. Le Covid est un test de ce qui nous attend dans le futur. Je ne le souhaite pas mais probablement que l’humanité connaîtra d’autres pandémies comme le Covid. Aussi est-il important d’apprendre de celui-ci, d’en tirer les leçons pour éviter que nous soyons pris au dépourvu dans le futur. C’est agir avec proactivité, revoir notre modèle social, renforcer notre système sanitaire. C’est ainsi que nous pourrons être plus résilients lors des prochaines crises.
Moussa SYLLA

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