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Avant la Présidentielle de 2019 (?), le Sénégal avec ses environ 14 millions d’habitants s’achemine vers des élections législatives prévues le 30 juillet 2017 pour choisir ses députés – réputés être des représentants du Peuple – à l’Assemblée nationale.
Or le pays compte plus de deux cent cinquante partis politiques légalement reconnus, sans compter les mouvements cito­yens et autres organisations de la société civile. Rapporté au nombre d’habitants, on aura le ratio irréel d’un parti pour moins de 50 mille habitants. Cela fait vraiment trop … désordre. Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître. C’est pourquoi il urge de profiter de ces élections législatives pour assainir la scène ou plutôt l’arène politique.
Dans cette optique, il serait très salutaire, à l’issue de ce scrutin de juillet 2017 et sur la base de formules consensuelles, d’œuvrer pour la constitution de trois à quatre grands blocs politiques, regroupant l’ensemble des acteurs de la vie politique comme l’avait d’ailleurs déjà suggéré en 2014 Monsieur Abdou Fall lors d’une émission «Point de vue» sur la Rts1.
Cette recomposition – si elle se réalisait – aurait le mérite d’aérer considérablement la scène politique actuellement très encombrée avec tous ces partis dont la plupart sont lilliputiens. Ainsi, l’animation de la vie politique sera plus vivante, mieux coordonnée et plus enrichissante. La grande dispersion actuelle des forces politiques dans des entités souvent unidimensionnelles ne plaide pas en faveur d’un attrait des populations à la chose politique.
C’est pourquoi – à mon avis – il serait bon pour tous les partis  et autres Gip (Groupements d’intérêts personnels ou politiques, c’est selon) de penser à se faire tester lors de ce scrutin législatif de juillet 2017 pour mieux apprécier leur représentativité.
Si pour la Présidentielle les alliances sont nécessaires avant le vote, car il n’y a qu’un poste de président de la République, pour les Législatives, avec 165 postes en jeu, il faut ouvrir grandes les portes de la concurrence et que chaque entité aille au feu sous sa propre bannière.
Pour ce faire, il faudra  arrêter la ritournelle du «…assurer au président de la République une majorité confortable pour bien gouverner…» qu’on nous sert toujours pour justifier des alliances souvent contre nature. On a vu les résultats catastrophiques qu’une telle démarche a produits avec les législatures passées. Cette formule de «majorité confortable…» a toujours donné naissance à une Assemblée anesthésiée, amorphe, lymphatique et presque méprisée par l’Exécutif qui lui dicte toutes ses volontés. Lui faisant avaliser sans bruit ni murmure, autres que ceux de couloir, des lois scélérates et décriées par les populations.
C‘est encore cette formule de «majorité confortable…» qui nous transforme de «bons députés du Peuple» en véritables «chiens de garde» du Président. C’est toujours cette formule de «majorité confortable…» qui a chloroformé toutes les capacités d’indignation d’un Djibo Kâ ou d’un Tanor Dieng par exemple et qui a réduit l’Hémicycle en une chambre d’enregistrement où ne prospère aucun débat digne de ce nom, sinon que des philippiques, des pugilats et autres pancraces verbaux et même physiques entre des élus grotesques, analphabètes, indécents, sans tenue ni retenue et sans aucune vergogne.
Non, trois fois non ! Nous ne voulons plus de ce genre de «représentants du Peuple», incolores, inodores, folkloriques et lymphatiques ou bilieux. L’ennui vient de l’uniformité, dit-on. Un Parlement, pour être animé et vivant, doit être pluriel. Il nous faut donc formater un Ntd (Nouveau type de député) responsable, clairvoyant, patriote, policé et comprenant parfaitement son rôle d’élu du Peuple.
Pour ce faire, il faudra aussi obliger les députés analphabètes – une fois élus – à recruter des assistants parlementaires de haut niveau de formation qui vont régulièrement leur décortiquer «la substantifique moelle» des différents projets de lois et autres projets de budgets dont ils auront à débattre. Cela aura le mérite d’avoir des députés très au fait de la chose publique et maîtrisant assez bien leurs dossiers et permettra aussi de résorber, un tant soit peu, le chômage des jeunes diplômés.
Alors que chacun (Apr, Pds, Afp, Ps, Urd, Bcg, Pr, Act, Pastef, Jef-jel, Rewmi, Lck, Pvd et tous les autres…) y aille sous ses propres couleurs et au sortir des urnes, on saura qui est qui et qui vaut quoi.
Ensuite, après le scrutin et seulement après et au vue des résultats de représentativité, on pourra s’atteler aux «combinaziones» pour aller vers des alliances éventuelles dans l’Hémicycle en vue de former de groupes parlementaires pour gouverner ensemble ou pour s’opposer dignement. Cette démarche aura l’avantage, non seulement de clarifier le jeu politique en permettant à chaque entité de se peser à partir des suffrages obtenus et donc de pouvoir négocier ce qui pourrait lui revenir en termes de postes au bureau et dans les commissions, mais aussi de nous épargner la foire d’empoignes qui nous est servie entre «les alliés des coalitions» pour la confection des listes. Ce qui a d’ailleurs commencé.
Enfin, pour tous les partis et groupuscules de personnes identifiés comme «entités politiques» qui n’auront pas atteint par exemple plus de 5% de voix sur leur liste, à défaut ou en plus de ne pas leur rembourser de cautions comme pour les candidats de la Présidentielle, ils seront purement et simplement dissouts.
Cela aura vraiment le mérite de mettre à nu beaucoup de nos compatriotes qui sont de véritables arnaqueurs sans aucun idéal ni programme de société viable et qui ne créent des partis politiques ou mouvements sociaux que pour être «visibles» et se positionner pour les prébendes. Qui se souvient encore du Paim de l’inénarrable Aly Niane ? Pourtant il a longtemps animé la galerie.
Pour faire émerger ce pays nôtre, il est temps, par des mesures audacieuses, drastiques et salutaires, de siffler aussi la fin de la récréation, c’est-à-dire du «désordre organisé» dans l’arène politique certes, mais aussi et même partout ailleurs comme dans la vie sociale avec la floraison de manifestations religieuses. Il y a plus de ziarras, de magals, de gamous et autres thiants que les 365 jours de l’année. Incroyable ! Les occupations anarchiques de la voierie et des lieux publics par les marchands, les mendiants, les mécaniciens, les épaves de véhicules et les ordures. Et j’en passe…
Assurément, l’émergence véritable tant désirée et souhaitée pour notre pays demandera beaucoup d’audace et de volonté politique pour prospérer.
Vive la République,  Vive le Sénégal !
Guimba  KONATE
guimba.konate@gmail.com
DAKAR

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