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Les moyens d’information livrent les faits, présentent les évènements, les discours et actions au public, servent de caisse de résonnance à la mobilisation collective et de moyen de pression sur les gouvernants, ce qui repose depuis fort longtemps la problématique des effets des médias sur le public. Selon une série d’effets, les médias peuvent forger notre vision de la réalité et favoriser l’engagement civique, redéfinir l’agenda des priorités, persuader les électeurs de changer de préférence politique. La logique de l’agenda setting postule que les médias ne nous disent pas exactement ce qu’il faut penser, mais ce à quoi il faut penser. En privilégiant une thématique ou une approche, ils disent ce qui mérite l’attention pour entrer dans le système global d’évaluation du public qui pourrait en faire éventuellement un critère de jugement ou de décision.
Au Sénégal, radios, télévisions et aujourd’hui les réseaux sociaux : ils sont nombreux à utiliser ces outils pour se construire une image. Ces «bons clients» à la radio ou à la télévision ont un certain talent d’orateur, maîtrisent les codes média, ont de la répartie politique, savent dégainer la formule qui fera mouche, créant ainsi de l’audience ou faisant le buzz comme on dit à l’heure actuelle. Cette légitimation par les médias est-elle un quitus pour accéder au champ politique ? L’audience autorise-t-elle à endosser l’habit de leader politique et aller à la recherche des suffrages ? Ces dernières années, on a assisté à l’émergence de véritables professionnels qui ne vivent que de la politique politicienne, aidés en cela par des médias prompts à être la caisse de résonance du discours le plus creux émanant d’un responsable de la formation politique même la plus lilliputienne.
Or l’engagement politique doit reposer sur des convictions fortes. Si les pères fondateurs s’étaient battus pour l’indépendance, Senghor, en instaurant un multipartisme limité à quatre courants, avait tracé une ligne de conduite pour un discours politique porteur de valeurs et de convictions. Mais le multipartisme intégral, dans un contexte d’ouverture du paysage médiatique, a ouvert la voie à la politique du ventre et érigé la politique au rang de métier. Le parti politique devient un instrument que l’on monnaye dans le cadre de soutien, en échange de postes, entre autres. C’est ce qui explique les alliances de circonstance derrière lesquelles s’abritent ces professionnels de la politique, uniquement mus par le souci de préserver des intérêts particuliers. Le parrainage dans la validation des candidatures aux élections, même s’il est à parfaire, a du mérite, car il replace la légitimité populaire au centre du jeu politique. «La politique c’est beaucoup d’efforts, c’est de l’endurance, mais aussi une réalité du terrain», a dit récemment Aminata Touré, de Benno bokk yaakaar (Bby). Dorénavant, tout Sénégalais qui s’engagera en politique aura en ligne de mire ce filtre du parrainage qu’il faudra parfaire bien sûr. Désormais, la légitimité ne se construira plus sur les plateaux de télévision et dans les studios des radios, sur les réseaux sociaux. Cette construction se fera à la base, au plus près du citoyen. Et seulement, l’on passera de la légitimation médiatique à la légitimité populaire.

Ousmane Ibrahima DIA
Journaliste

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