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D’après l’Organisation mondiale de la santé «par personnes handicapées, on entend toutes les personnes qui présentent des incapacités physiques, mentales, intellectuelles ou sensorielles durables dont l’interaction avec diverses barrières peut porter atteinte à leur pleine et effective participation à la société sur la base de l’égalité».
Cette définition du handicap traduit la transversalité de la notion du handicap dont la gestion optimale requiert une démarche holistique et multisectorielle.
Selon le rapport mondial sur le handicap, on estime que 80% des personnes handicapées vivent dans des pays en développement, la plupart dans des conditions de pauvreté. Ces personnes et leurs familles sont plus susceptibles d’être défavorisées du point de vue économique et social que celles qui ne sont pas handicapées.
Au Sénégal, selon le rapport de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) de 2013, le taux de prévalence du handicap est de 5,9%. Ce qui signifie que 59 sur 1 000 Sénégalais souffrent d’un quelconque handicap. Le temps et les ressources financières consacrés par les ménages à leurs membres qui présentent un handicap constituent un manque à gagner, surtout si le handicap est sévère.
Du point de vue de la gestion du handicap, l’année 2012 a marqué un tournant et un changement de paradigme caractérisés par une volonté politique de renforcement du socle de protection sociale et de réduction des inégalités sociales. Ce nouveau cadre de référence des politiques publiques est matérialisé dans l’Axe 2 du Plan Sénégal émergent (Pse) qui, par le truchement de la Stratégie nationale de protection sociale et divers plans, projets et programmes inclusifs de filets sociaux, vise un meilleur accès des groupes vulnérables et en particulier des personnes handicapées aux services sociaux.
Dans le but d’assurer la pleine participation des personnes handicapées et leur inclusion dans la société, le Sénégal a adopté la loi d’orientation sociale 2010-15 du 6 juillet 2010 relative à la promotion et à la protection des personnes handicapées. Ainsi le 4 mars 2014, le Programme de la carte d’égalité des chances est officiellement lancé par le chef de l’Etat. A ce jour, 50 mille 006 cartes ont été produites et elles permettent à ces personnes d’accéder aux services sociaux de base que sont l’éducation, la formation professionnelle, l’emploi, la santé, le logement, les transports…
Notons que les barrières sociales et environnementales sont les principales raisons qui empêchent la personne handicapée de réaliser son plein potentiel. En effet, le handicap dans certains pays comme le nôtre est considéré comme une malédiction ou une punition divine, ce qui fait que leur insertion est souvent difficile.
Cependant, les droits de l’Homme, fondés sur les besoins humains, affirment que toute personne a droit, non seulement à une vie, mais à une vie digne. Ces droits reconnaissent également que certaines conditions et ressources, notamment l’autonomie dans le déplacement, l’accès à l’information et le travail, sont nécessaires pour mener une vie digne. C’est pourquoi le président de la République a nommé des personnes handicapées dans des centres de responsabilité. Et elles sont aussi recrutées dans la Fonction publique, ce qui démontre une volonté de l’Etat de ne laisser personne en rade.
Il est important de rappeler que la Convention des droits des personnes handicapées reconnaît que le handicap est à la fois une question de développement et de droits de l’Homme nécessitant des actions différentes à divers niveaux de la part de multiples parties prenantes. Elle fait savoir aussi que le handicap n’est pas une condition médicale, mais plutôt le résultat de l’interaction entre des attitudes négatives et un environnement qui ne tiennent pas compte de la condition de certaines personnes.
C’est dans ce cadre et pour promouvoir une croissance économique soutenue, inclusive et durable, un emploi plein et productif et un travail décent pour les personnes handicapées qu’un Conseil interministériel sur le suivi de la mise en œuvre de la loi d’orientation sociale s’est tenu le 13 février 2018. C’est ainsi que le décret 2018-1236 du 5 juillet 2018 portant sur le Programme national de réadaptation à base communautaire a été adopté. Il est à sa troisième phase d’exécution et a réalisé 57 mille 692 projets économiques individuels et collectifs et a octroyé 606 bourses de formation professionnelle au profit des personnes handicapées.
Et dans ce sillage, le ministère de la Santé et de l’action sociale, à travers la direction de la Promotion et de la protection des personnes handicapées, a initié le Projet de prévention du handicap pour mieux prendre en charge cet aspect. Le mécanisme est basé sur le cofinancement à travers les contributions sectorielles et celles des partenaires au développement.
Ce qui nous amène à dire que pour mieux adresser l’emploi des personnes handicapées, il est nécessaire d’adopter le modèle social du handicap qui perçoit les obstacles comme invalidants ; autrement dit le handicap ne doit pas être considéré comme une condition médicale, mais plutôt comme le résultat de l’interaction entre des attitudes négatives et un environnement qui ne tienne pas compte de la condition de certaines personnes. Par exemple : lorsqu’une personne qui utilise un fauteuil roulant est confrontée à un escalier, le résultat est un handicap découlant de l’interaction entre le fait que la personne handicapée utilise un fauteuil et l’inaccessibilité du bâtiment. De même, si un employeur a des idées négatives sur une personne aveugle, l’attitude de l’employeur crée un obstacle à la capacité de production de cette personne. Le handicap dans ce cas est l’interaction entre la participation et l’épanouissement au travail du non-voyant et l’attitude négative de l’employeur.
C’est en éliminant les barrières liées à l’attitude, à l’environnement physique, et en rendant les transports et les systèmes d’information et de communication accessibles que les personnes handicapées pourront pleinement participer en tant que membres actifs au développement socio-économique du pays.
Rokhaya DIALLO
Chef bureau communication Direction Générale de l’Action sociale

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