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Parce qu’il est dépositaire de la volonté populaire incarnée par l’expression démocratique au moyen du suffrage universel, le président de la République est la clé de voûte de toutes les institutions dans un Etat normal. A ce titre, il exerce le pouvoir au nom du Peuple qui l’a souverainement élu et dans le cadre légal du respect de l’équilibre des prérogatives de l’ensemble des institutions reconnues par la Constitution. Et cela conformément aux normes établies et acceptées par tous comme celles d’un Etat républicain moderne en vigueur dans notre pays depuis son accession à la souveraineté internationale il y a de cela cinquante sept ans.
Cependant si dans le principe il y a une unanimité des maitres de la doctrine sur cette question, il n’en demeure pas moins que la pratique quotidienne peut prêter à des interprétations politiques divergentes dès lors que cet exercice n’est jamais totalement neutre et très rarement total .En effet, on est seul à être élu par un Peuple mais on ne gouverne jamais seul. Ainsi, l’exercice au quotidien de la prérogative présidentielle avec toute la puissance régalienne à elle associée, est plus ou moins influencé ou aidé par d’autres personnes appelées communément l’entourage présidentiel. Un entourage qui pèse lourdement sur la détermination ou sur l’application de la politique de la Nation définie par le Président qu’elle désoriente le plus souvent dans des actes ou des faits de nature à créer plus d’échecs que de succès ; ce qui systématiquement remet en cause le véritable but recherché et qui n’est autre que la satisfaction de l’intérêt général.
Cependant, cet entourage présidentiel à son histoire. En effet, il a existé sous différentes formes avec des appellations plurielles bien avant l’antiquité où il a survécu à l’usure du temps et aux soubresauts de l’histoire. Aussi, l’objet propre de cette contribution l’aurait prouvé à suffisance et n’est nullement, à ce que l’on ne s’y méprenne pas, une série de dénigrements d’injures ou d’offenses à l’endroit de ceux-là proches du Président.
Notre propos, loin de tout cela, est de démontrer d’abord ce postulat de départ et essayer de l’illustrer à partir de faits réels observés ; ensuite d’alerter au regard de lectures possibles de l’opinion commune des constats pour une meilleure conduite de tous. Ainsi, depuis les temps antiques ; de l’Egypte où le Pharaon était considéré comme un demi-dieu, la Grèce antique avec ses cités Etats dirigés par des aristocrates ou des chefs de guerre qui ont remplacé la monarchie, Rome dont les causes multiples de son effondrement sont à chercher dans son entourage, la royauté à la république où l’entourage s’est régulièrement manifesté dans l’autorité politique, on peut affirmer que l’entourage a toujours été au centre d’événements qui ont marqué l’histoire politique des gouvernements.
Cependant, il faut distinguer l’entourage du Président de ses conseillers. En effet, un conseiller peut être dans l’entourage mais il est rare de voir un membre de l’entourage devenir conseiller. En outre, l’une des fonctions principales d’un conseiller est de faire des propositions dont le Président n’est pas tellement tenues d’y adhérer à l’instar de l’entourage qui peut aller jusqu’à donner des directives surtout en période de crise, de conflit ou du moins, dès lors qu’un problème se pose. En tout état de cause, le Président ne peut, en principe, prendre une décision sans son entourage avec qui il est régulièrement même s’il est en dehors du territoire. Et ne soyez pas surpris quand un conseiller vous dit qu’il peut rester longtemps sans voir le Président ; ce qui peut arriver très rarement à un membre de l’entourage. Dans la gestion des affaires étatiques ou autres, tout Président se base sur son entourage qui hélas, lui pose souvent des difficultés qui affectent l’orientation de la politique qu’il a définie. Ainsi en est-il de la Présidence de Léo le poète qui, en 1970 lors d’un voyage au Brésil, n’était pas informé que son entourage allait signer un contrat de deux milliards au profit de son fils pour une maison d’édition. Il en est de même du Président Diouf qui, dés qu’il a su que sa fille avait bénéficié d’une facilité de prêt, a procédé immédiatement à son remboursement. Et pourquoi pas le Président Wade, très aimé des populations, mais qui finit par perdre cet amour du fait d’un entourage très hostile à ses véritables ambitions. Et l’affaire Macky Sall fut, entre autres, une parfaite illustration où une partie de son électorat lui a tourné le dos. Cette démission de Macky Sall de l’Assemblée nationale et de tous ses autres mandats électifs en 2008 rappelle à quelques exceptions près, le suicide du 1er mai 1993 au bord d’un canal de la Nièvre près de Nevers de Pierre Bérégovoy, Premier ministre de la France, où le Président François Mitterrand avait prononcé ces termes : «l‘honneur d’un homme donné aux chiens» pour dire à quel point l’entourage présidentiel peut faire mal. En ce qui concerne l’entourage de Macky, il est sur la même voie que celui de ses prédécesseurs. En effet, jusqu’à la libération de Karim Wade, la posture du Président avait atteint une hauteur rare dans un monde qui, pour minorer ses souffrances, s’est dirigé vers un processus d’intégration des marchés et de rapprochement des hommes. Un monde qui a reconnu nos avancées sur l’essentiel des aspects de la vie et qui a fait du Sénégal, ce berceau fluvial démocratique à charge de déverser ses eaux vers les affluents et les confluents de ces terres africaines avides de paix, de justice et d’égalité.
Macky Sall, bien qu’il n’ait pas entièrement perdu, était au centre d’activités économiques qui mènent vers la voie de l’émergence. Une émergence porteuse de solutions des difficultés auxquelles les populations sont confrontées. Une émergence signe d’un espoir redevable à des projets coordonnés et spécialement conçus pour des secteurs de développement longtemps restés en attente d’exploitation ou dans l’oubli. Macky Sall avait presque tout ce qu’il a fallu pour être dominateur dans cette arène politique pauvre en adversaires sortant du lot. Mais dont on n’a pas senti l’engagement de son entourage sur ses réalisations, son bilan à mi-parcours, pour faire face à des populations électoralistes et à une opposition en quête de leadership. Une opposition dont certains leaders ont longtemps hésité pour entrer dans ce terrain politique parsemé d’embûches, de misères et de déceptions pour finir dans la transhumance depuis que les principes idéologiques sont remis en cause par le monde du capital.
Par contre, une autre opposition s’est dégagée jusqu’à projeter une cohabitation aux allures d’un soupir de soulagement. Car, elle a profité d’un entourage présidentiel qui s’est enfermé dans son esprit de critique et de destruction en dépit d’un esprit critique et de construction. Si Macky a été élu pour minorer les difficultés qui assaillent les populations et qu’il s’est engagé à trouver des solutions, il n’a pas été aidé par son entourage plutôt préoccupé par la recherche et la mise en place constantes de mesures politiques pour fragiliser l’opposition. Un entourage qui a perdu de vue que dans une démocratie politique, l’opposition n’est qu’une illusion ou un rêve à l’instar d’un pouvoir qui n’est qu’une réalisation.
Les dossiers Ousmane Sonko et Khalifa Sall ont été mal gérés par l’entourage du Président qui n’a pas pris de la hauteur, du fait de sa prédominance à l‘égard de tels adversaires qui, le moins qu’on puisse dire, n’étaient pas aussi redoutables qu’ils en avaient l’air. En effet, pour tuer une mouche, on n’a pas besoin d’un marteau. A cela s’ajoute le dossier du Coud où il est à déplorer l’attitude d’un membre de l’entourage. Car, il s’agissait tout simplement de remettre en cause un système de gestion anachronique qu’il faut irrémédiablement réviser. Macky Sall n’a-t-il pas demandé une révision d’une partie des procédures du Code des marchés publics, du fait de lenteurs excessives dans l’exécution des projets de développement. Il a aussi demandé un appel à candidatures aux postes de commandement et de direction à pourvoir. C’est ce souci de développer qui pousse à déduire qu’il est temps de revoir son entourage dont le seul objectif serait de s’appesantir sur ses réalisations et ses projets qui, seuls, sont source d’une majorité législative et d’un second mandat. Et encore que le succès ou l’échec, s’il est l’œuvre d’une équipe ayant à sa tête un chef, verra toujours ce dernier endosser l’entière responsabilité retenue par l’histoire. Sinon, M. le Président, de vous rappeler que les transhumants d’aujourd’hui sont essentiellement les membres de l’entourage de votre prédécesseur. A nos braves compatriotes qui ont crû en vous et qui ne sauraient douter de vos engagements originels et de vos options irréversibles pour un Sénégal émergent, même s’ils peuvent être offusqués par les errements de votre entourage, je voudrais leur rappeler cet adage de mon grand-père Wolof Ndiaye qui sonne non comme un appel à une magnanimité complice, mais plutôt comme pour un appel à un discernement critique : «Buur aayul dagg yaa aay !!!»

Nalla NDIAYE
Master Sciences politiques
Ucad

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