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Beaucoup prédisaient l’entrée du royaume chérifien dans la Cedeao dès le samedi 16 décembre. C’était, semble-t-il, faire peu de cas des pressions multiples auxquelles ont dû faire face les dirigeants de la sous-région. En fin de compte, le Sommet d’Abuja a décidé de la mise en place d’un comité des chefs d’Etat qui va étudier les implications d’une éventuelle entrée, non seulement du Maroc, mais aussi d’autres pays du Maghreb qui souhaiteraient intégrer la Cedeao. Une manière de mettre la charrue avant les bœufs qui, malgré tout, réjouit les entreprises sénégalaises et africaines.

Au Conseil national du patronat (Cnp), on a le triomphe modeste, même si les représentants du patronat ne cachent pas leur joie d’avoir eu raison. En effet, la décision prise par le sommet des chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) de mettre en place un comité de chefs d’Etat qui vont étudier les implications des entrées éventuelles du Maroc, de la Tunisie et de la Mauritanie au sein de l’organisation communautaire peut être saluée comme une victoire pour tous ceux qui en appréhendaient l’imminence.
Le Maroc ayant été celui des pays du Maghreb dont la candidature semblait le plus près de se conclure a soulevé beaucoup de controverses. On sait par exemple qu’au Sénégal, les deux branches les plus représentatives du patronat, même si elles se rejoignaient dans le but et l’objectif, divergeaient fortement sur les méthodes de s’opposer à cette entrée. La Confédération nationale des employeurs du Sénégal (Cnes), branche minoritaire du patronat, avait décidé d’y aller de manière directe et brutale. En plus des manifestations publiques et de la mobilisation de la société civile, son président, Mansour Cama, n’a pas hésité à interpeller Macky Sall lors du dernier Cpi pour lui exprimer leurs inquiétudes. Leur passe d’armes avait été notée par tout le monde (voir Le Quotidien n° 4431 du mardi 21 novembre 2017). C’est dire qu’en fin de compte, les résultats n’avaient pas été consistants.
De leur côté, les dirigeants du Cnp avaient entrepris des démarches exploratoires, notamment auprès de la Commission de l’Uemoa, à Ouagadougou (voir Le Quotidien n° 4450 du jeudi 14 décembre 2017) pour s’enquérir des mesures qui étaient prises pour préparer la zone économique à l’arrivée du mastodonte marocain. Les différents entretiens que la délégation du Cnp a eus à ce niveau ont permis notamment à Hamidou Diop, secrétaire général de l’organisation patronale, d’afficher sa sérénité qu’à l’issue de la rencontre d’Abuja, les entreprises marocaines n’allaient pas pour autant envahir le marché de l’Afrique de l’Ouest. Et cela s’est confirmé avec les décisions sorties du sommet d’Abuja.
En fait, s’ils avaient donné leur «accord de principe» au Roi Mohammed 6 qui avait sollicité l’intégration de son pays dans cette zone économique si dynamique du continent, les dirigeants ouest africains ont fini par démontrer qu’ils n’ont pas oublié les intérêts de leurs pays respectifs et de leurs entreprises. Macky Sall en particulier, dont il se disait qu’il était avec Alassane Dramane Ouattara, l’un des plus fervents partisans de l’entrée du Maroc, a été celui qui a été le plus sollicité par les avis contraires. En plus des interpellations du patronat national, les différentes composantes de la société civile nationale et sous régionale n’ont eu de cesse de défiler à Dakar pour lui demander, ainsi que ses homologues des autres pays, d’avoir un peu de recul dans ce dossier. Cela a porté ses fruits.
Le Quotidien a appris que Macky Sall a été l’un de ceux qui ont demandé avec ferveur que l’on laissât les techniciens faire leur travail et soumettre des conclusions qui leur permettraient de se prononcer sur la base d’éléments probants. Une position qui ne peut que rencontrer l’assentiment des chefs d’entreprise du Sénégal.
mgueye@lequotidien.sn

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