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La 3ème université des acteurs non étatiques a servi de cadre aux acteurs de la Société civile pour présenter le rapport d’évaluation citoyenne sur la mise en œuvre du Plan Sénégal émergent (Pse). Un rapport sans complaisance qui revient sur les limites et les défis du Pse, sur les taux d’exécution des projets et programmes jugés très faibles dans certaines régions comme Kédougou, Fatick, entre autres.

C’est un rapport d’évaluation citoyenne sans complaisance sur la mise en œuvre du Plan Sénégal émergent (Pse). Les acteurs non étatiques ont relevé dans le document, la persistance de la mal gouvernance des ressources financières et humaines, l’injustice sociale, la discrimination entre citoyens, la mauvaise répartition des ressources, la gestion partisane, le népotisme et le clientélisme politique, l’iniquité, et la fracture sociale, l’accaparement des richesses par une minorité, le non-respect des lois et règlements, l’anarchie et la non-régulation. Des facteurs qui «génèrent des conflits dans le pays», écrivent les acteurs non étatiques, mais aussi des facteurs qui constituent les limites et des défis pour la mise en œuvre du Pse.
Pour l’exécution des projets et programmes issus des engagements des Conseils des ministres décentralisés au niveau des régions, le rapport, s’appuyant sur les indicateurs de l’Etat, souligne un rythme acceptable avec un taux moyen de 68 à 70% d’engagements exécutés ou en cours dans l’ensemble du pays. Mais le constat sur le terrain révèle des taux de réalisation des projets et programmes issus de ces Con­seils de ministres décentralisés «très faibles» dans les régions de Kédougou 9%, Fatick 13%, Kaffrine 14%, Sédhiou 15%, Matam 23% et Tambacounda 23%. Les rédacteurs de ce rapport ont soulevé aussi, des contraintes majeures, notamment «la faible implication des services techniques déconcentrés de l’Etat dans le suivi et l’exécution de certains programmes et projets, les manquements récurrents imputables à certaines entreprises attributaires de marchés publics».

Taux d’exécution des programmes issus des Conseils des ministres décentralisés très faibles
Ce n’est pas tout. Les acteurs de la Société civile pointent du doigt un déficit d’emplois décents et un marché du travail hostile aux jeunes, notamment aux diplômés. Malgré les «performances économiques enregistrées ces dernières années, la croissance du Sénégal n’a pas été inclusive, si bien, note le rapport, qu’elle n’a pas profité de la même manière à tous les secteurs économiques, à toutes les régions et à toutes les catégories de la population», indique le document. Ainsi l’emploi des jeunes devient de plus en précaire. Entre 2011 et 2016, le taux de chômage des jeunes de 15-34 ans a augmenté passant respectivement de 12,1% à 16,7%, soit une hausse de 38%. S’y ajoute, poursuit la Société civile, «le rythme de création des emplois qui n’est pas suffisamment rapide pour réduire significativement, le chômage des jeunes. Le nombre de nouveaux emplois créés reste inférieur au taux d’accroissement de la population active, ce qui signifie que le chômage global et le chômage des jeunes ont augmenté», lit-on dans le rapport. Les acteurs non étatiques, très sensibles à la question de l’emploi, ont même demandé aux autorités d’investir davantage sur le capital humain. C’est une des recommandations fortes du rapport de cette 3ème université des acteurs non étatiques.
Des conclusions qui ont visiblement irrité le directeur de Cabinet du ministre en charge du suivi du Pse. Il a rappelé les dépenses dans le secteur de l’Education, l’élargissement de la carte universitaire, la protection sociale, notamment les bourses de sécurité familiale, la couverture maladie et la carte d’égalité des chances pour se défendre. Il a reproché aux rédacteurs du rapport de ne pas s’intéresser au taux d’engagement des programmes et projets exécutés par l’Etat. «Pour plus de cohérence, il fallait mettre ces taux», indique-t-il. Quant à son collègue représentant le ministre de la Bonne gouvernance et de la protection de l’enfance, il dit prendre acte de ce rapport. Tout de même, il promet d’apporter des réponses et des correctifs.

C’est normal que les autorités trouvent à redire
Le coordonnateur de la plateforme des acteurs non étatiques apportant la réplique, rappelle au directeur de Cabinet du ministre chargé du suivi du Pse et au représentant du ministre de la Bonne gouvernance que tous les indicateurs fournis par l’Etat sont cités dans le rapport. Aussi tient-il à rappeler que ce rapport s’est fait sur la base de fora organisés dans les 14 régions du Sénégal. «Nous avons recueilli le sentiment des Sénégalais, ce qu’ils pensent du Pse, mais aussi l’impact de ces projets et programmes dans leurs vies», recadre-t-il. Ensuite, poursuit-il, «nous nous sommes donné la liberté d’apprécier le sentiment des Sénégalais et les indicateurs des pouvoirs publics et de se faire une idée sur l’impact du Pse». Le président de la plateforme des acteurs non étatiques, le professeur Babacar Guèye, relativise. Il trouve normal que les autorités puissent avoir à redire. «C’est vrai que tous les projets ont été démarrés, mais avec des niveaux de réalisation très inégaux», note-t-il.
Les acteurs non étatiques ont également émis dans le rapport, des recommandations. Celles-ci feront l’objet de panels durant deux jours. Les conclusions serviront d’outils d’aide à la décision, surtout pour la 2ème phase du Pse.
ndieng@lequotidien.sn

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