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L’atelier de partage et de concertation sur la publicité qui s’est ouvert ce lundi, s’est achevé hier en formulant le souhait de voir réactualisée la loi de 1983 sur la publicité ainsi que la création d’un Conseil national de la publicité, pour mieux réguler ce secteur gangréné par l’anarchie et la confusion.

Les annonceurs, les agences de publicité, les gérants et propriétaires de régies publicitaires, ainsi que les diffuseurs ne devraient avoir plus la latitude de faire ce qu’ils veulent dans le secteur de la pub. C’est en tout cas ce qui est ressorti de l’atelier de partage et de concertation de la publicité au Sénégal, qui a fini ses travaux hier. Cet atelier, initié par le Cnra, et qui a réuni l’ensemble des acteurs impliqués dans le secteur de la publicité, ainsi que des invités du Mali et de la Côte d’Ivoire, s’est refermé sur deux fortes recommandations. A savoir l’adaptation de la loi sur la publicité, et l’érection d’un organe de régulation de la publicité qui pourrait être une réplique du Conseil national de la publicité en Côte d’Ivoire. «Tant qu’on n’a pas une politique législative cohérente et intelligente, on peut avoir un cadre qui permet un certain nombre de choses mais ce sera comme une voiture sans clé. Elle sera là, on la regardera, on l’admirera, mais on ne la conduira jamais. Aujourd’hui, notre cadre juridique ressemble plus à une voiture sans clé», a déclaré Cheikh Bamba Niang, en sa double qualité d’expert et de président du groupe de travail sur le message publicitaire, contenu et responsabilité.
M. Niang estime que la loi de 1983 doit faire l’objet de toilettage. «Je ne compte pas le nombre de ministres du Commerce qui sont passés entre 1983 et maintenant : 3 régimes politiques, 6 premiers ministres, peut-être une quinzaine de ministres du Commerce, personne n’a cru utile de prendre le temps de rédiger un décret d’application pour la loi de 1983, c’est incroyable ! On met des groupes de travail dans ces ministères pour réfléchir sur le cadre juridique de la publicité, oubliant que le premier travail de ce groupe aura été de rédiger au moins ce décret d’application.» En en plus d’une loi adaptée au contexte actuel, l’organe de régulation de la publicité devrait se charger d’encadrer, de veiller au respect scrupuleux des règles et émettre notamment des sanctions au cas où l’un des maillons de la chaine s’aventurerait à ne pas se conformer aux règles. «Il faut que le message publicitaire soit encadré par des principes, des valeurs. Et qu’il y ait un organe spécifique qui statue sur le message diffusable et qui en donne le visa», préconise-t-il, fortement convaincu que quand il y a une activité économique qui génère beaucoup d’argent et qui attire de la publicité, il faut réguler, discuter et partager. Mais aussi réglementer. «C’est la réglementation qui garantit l’éthique et la préservation des valeurs. La règlementation, c’est l’encadrement et la sanction», souligne-t-il.

Quelles responsabilités pour les acteurs ?
Au-delà de cela, les participants à cet atelier ont aussi rappelé l’importance du rôle que l’Etat doit jouer. «L’Etat doit protéger le consommateur et ne pas se contenter de légiférer», ont-ils indiqué. Si l’on se fie aux différentes interventions, l’Etat doit également sensibiliser  et accompagner la réglementation par des actions préventives. «L’Etat ne peut pas se contenter de continuer à légiférer. Il faut que l’Etat agisse», ont-ils souligné.
Du côté des annonceurs, des agences de pub et autres, on préconise aussi de s’entourer de professionnels. Notamment de linguistes et correcteurs afin de veiller à ce que le message soit sans faute d’orthographe et de vocabulaire. «La couche la plus vulnérable, ce sont les enfants. Et au ministère de l’Education, nous avons d’énormes problèmes. Nous avons remarqué que dans le contenu des messages, les textes et para-textes sont truffés de fautes. On écrit le wolof n’importe comment», a déploré l’un des participants. Et dans un contexte où le système éducatif privilégie l’approche bilingue qui part de la langue du milieu de l’enfant pour aboutir au français, c’est difficile.
Au niveau de la formation aussi, on exhorte les écoles à intégrer dans les enseignements, des modules sur la publicité. «Dans les grandes écoles de communication, on pensait encore, il y a juste 10 ans, que la publicité, c’est la technique d’arracher de l’argent de la poche du consommateur. Nos écoles de journalisme et communication doivent avoir dans leur curriculum la publicité», a préconisé un autre. Mais dans ces enseignements, bien-sûr, il ne suffi pas juste de transmettre les techniques d’écriture d’un texte de publicité, mais surtout d’identifier quelle est la responsabilité du médium dans la pub et son effet sur la société. Outre cet aspect, les professionnels du secteur de la pub, se sont accordés aussi sur la nécessité de former les diffuseurs à la pédagogie de l’image et à les amener à veiller sur ce qui est dit et montré dans les spots publicitaires.
Pour lutter contre l’anarchie dans les régies publicitaires, une exigence de visite technique périodique des panneaux, de mise en place d’un cahier des charges a été entre autres recommandée. Et pour astreindre les entités à respecter les règles, de sanctions pécuniaires ont été préconisées.
aly@lequotidien.sn

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