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Les réalisations engrangées ces dernières années dans le secteur de l’électricité vont sans doute beaucoup compter comme aspects positifs dans le bilan du Président Macky Sall. Les statistiques sont parlantes. En 2011, les consommateurs subissaient une moyenne de 38 jours de délestage contre 3 jours maintenant. Le directeur général de la Senelec, Mouhamadou Makhtar  Cissé, a pu dire sa satisfaction avant-hier, samedi 11 mars 2017, à l’occasion de la Grande conférence mensuelle du journal Le Quotidien, consacrée à la problématique de la production et de la distribution de l’électricité au Sénégal. Mieux, il annoncera que l’objectif assigné est d’arriver à une moyenne maximale d’une seule journée de délestage par année à l’horizon 2020.
Ce n’était pas la seule bonne nouvelle de la rencontre. M. Cissé dira aux participants composés d’hommes politiques, de syndicalistes, de chefs d’entreprise, d’opérateurs du secteur de l’électricité, de représentants d’associations de consommateurs et de missions diplomatiques ou d’organismes de coopération, entre autres, que les «prouesses» réalisées par ses équipes ont permis à la compagnie publique d’électricité de faire, pour l’exercice 2016, un bénéfice d’exploitation de 30 milliards de francs Cfa. Une telle annonce a pu rendre sceptiques certaines personnes, car la Senelec s’était toujours révélée être un gouffre financier. Les comptes financiers sont rendus publics et sont certifiés.
Mme Lakh, secrétaire générale de la Commission de régulation du secteur de l’électricité (Crse), confirma, séance tenante, les dires du patron de la Senelec. Ce dernier pourra plastronner, rappelant que dans le même temps, la subvention de l’Etat du Sénégal qui avait atteint les sommets de 180 milliards de francs Cfa par an pour compenser les pertes d’exploitation est devenue nulle.
Il faut dire que la tendance de bilans d’exploitation positifs a commencé à la Senelec à partir de 2014, avec le directeur général nommé Pape Dieng qui avait réalisé un bénéfice de 2 milliards de francs Cfa. Le marché de l’électricité au Sénégal présente une production excédentaire de 137 mégawatts, soit le quart de sa production annuelle ; de quoi alimenter de nombreux foyers qui attendent encore d’être connectés au réseau électrique. En effet, le grand écueil pour la Société nationale d’électricité reste la vétusté de certains équipements ou le manque de lignes de transport électrique. Des programmes sont en cours de réalisation afin d’arriver à brancher les quelques 6 millions de Sénégalais qui n’ont pas encore accès à la lumière électrique.
Le Président Macky Sall a fixé l’objectif d’une couverture universelle à l’horizon 2025, mais Mouhamadou Makhtar Cissé voudrait assurer que cet objectif sera atteint avant l’échéance. Il affirme qu’il aurait pu d’ailleurs aller plus vite s’il n’y avait pas les contraintes du Code des marchés publics. La préoccupation relative à l’intensification de l’électrification rurale, manifestée par Serigne Mboup, cadre politique de l’Alliance pour la République et maire d’une commune rurale, pourrait être satisfaite. Un plan baptisé «Yeesal» avec des investissements importants garantira les conditions d’une émergence économique grâce à l’apport déterminant du secteur de l’électricité.
Ibrahima Wade, directeur général du Bureau opérationnel du Plan Sénégal émergent (Pse), a conforté cela, affirmant que le monitoring effectué par ses services montre que le secteur de l’électricité est le plus performant de tous les secteurs qui concourent à la réalisation du Pse.
Les consommateurs de l’Ascosen et de Cicodev n’ont pas été en reste, eux qui se satisfont de la baisse des coûts de l’électricité annoncée à l’occasion du nouvel an 2017 par le chef de l’Etat Macky Sall.

La panacée d’une réussite qui se conforte
On devrait s’interroger sur les raisons qui expliqueraient cette santé prometteuse de la Senelec, car les carences de cette société avaient toujours constitué une tache noire dans la gestion des affaires publiques. Les Présidents Abdou Diouf et Abdoulaye Wade avaient eu, chacun, droit à des émeutes de l’électricité ou des situations on ne peut plus agaçantes pour les populations qui étaient confrontées à un manque criard d’électricité.
Le Plan «Takkaal» conduit par Karim Wade est encore dans les mémoires comme emblématique de la gabegie et de l’impuissance à trouver des solutions durables. Les sinistres journées et nuits sans électricité avaient fini par installer dans les esprits le sentiment que les défaillances de la Senelec constituaient une fatalité. Un sobriquet moqueur avait été trouvé à la Senelec pour la rebaptiser «Coupélec». Aussi, dans la sous-région d’Afrique de l’Ouest, la question de l’électricité demeure un casse-tête avec de récentes émeutes d’électricité en Côte d’Ivoire, au Bénin et une situation encore très tendue se vit au Burkina Faso. Qu’est-ce qui explique alors le succès du Sénégal ? Les bonnes notes tiennent sans doute à des choix politiques, mais aussi à un management efficace.
L’Etat du Sénégal s’est attelé à rénover le parc de production de la Senelec, mais aussi à mettre en place un cadre favorisant le développement d’activités privées de production d’électricité. Les privés fournissent désormais les 2/3 des besoins de production de la Senelec. Cette politique va encore permettre la disponibilité d’une puissance plus forte.
Dans le cadre de la mise en œuvre du mix énergétique, plus de 140 mégawatts de production supplémentaires proviendront en 2017 de l’exploitation de centrales d’énergies renouvelables comme le solaire, l’éolienne et la biomasse. Le projet de centrale à charbon de Bargny est également en cours de réalisation avec une perspective de fourniture de 125 mégawatts.
Il reste que les succès probants sont dus pour beaucoup à un management et un contexte favorable. La baisse des prix des produits pétroliers a participé à alléger la trésorerie de la Senelec. Pape Dieng, à la tête de la Senelec de 2012 à 2015, a agi avec un scalpel pour élaguer de nombreux postes de dépenses non indispensables à la viabilité financière de l’entreprise. Ces mesures courageuses ont eu pour résultat d’assainir la gestion de la société, mais aussi pour conséquence de distendre les relations entre Pape Dieng et les syndicats de travailleurs, habitués à un certain népotisme. Pape Dieng avait cristallisé les mécontents et autres ressentiments du personnel et, donc, l’arrivée de Makhtar Cissé avait été bien accueillie par les travailleurs. Le nouveau directeur général a eu l’intelligence de mobiliser les cadres et autres travailleurs dans un projet motivant, a su stimuler leur orgueil et faire naître une flamme pour atteindre le succès. Il n’était pas arrivé dans la boîte avec de nouveaux personnels, mais a su utiliser les ressources humaines trouvées sur place pour leur faire accomplir ce qu’elles n’avaient jamais pu faire auparavant.

La bienveillance de Macky Sall
Makhtar Cissé a également entamé sa mission à la tête de la Senelec en ayant les coudées franches. Le soutien du Président Macky Sall ne lui avait pas fait défaut. Ainsi, dès son installation, il avait bénéficié d’une subvention de 19 milliards de francs Cfa de la part de l’Etat du Sénégal. Une telle subvention avait été refusée à son prédécesseur. Il faut dire que Makhtar Cissé avait su imposer son exigence d’être soutenu, car il ne comptait point entamer sa mission dans un contexte de délestage accru. Il avait tenu à se mettre dans les conditions optimales et l’arbitrage du Président Macky Sall devait naturellement lui être favorable dans un contexte de préparation des élections locales de 2014. Peut-être aussi qu’il serait difficile de lui refuser ce qu’il demandait, lui qui avait montré une humilité rare de quitter des fonctions prestigieuses de ministre pour accepter le poste de directeur général de la Senelec. De toute façon, ils ne sont pas nombreux à avoir parié sur un succès aussi rapide et éclatant de Makhtar Cissé à la Senelec. Le poste qui lui était confié était perçu comme un «casse-pipe» ou à tout le moins comme une position pour «rogner des ambitions». Il a retourné la situation pour en faire une rampe de lancement.
Makhtar Cissé a le mérite d’avoir accepté un poste que certaines autres personnalités politiques avaient refusé, le considérant comme sous-coté par rapport à la fonction de ministre. Il assure que son équipe pourra mieux faire si l’Etat consent à enlever à la Senelec la Tva sur ses achats en hydrocarbures. Cette Tva éroderait lourdement la trésorerie de la boîte.

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