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Dans «le complot contre l’Amérique», Philip Roth imagine ce qui se serait produit si l’antisémite Charles Lindbergh avait remporté les élections de 1932 plutôt que Franklin Roosevelt. Au-delà de la passion que nous éprouvons à lire ce livre, qui nous renseigne sur les réalités politiques en Amérique, la question fondamentale que pose ce roman est celle de la résistance des Américains ordinaires et du tissu civique quand leur gouvernement bascule dans l’autoritarisme, ainsi que de la solidité des institutions américaines.
De nos jours, cette question est posée encore, avec beaucoup plus de force ; toutefois, il convient de voir dans le cas actuel, si les Américains seront capables de résister face à cette situation calamiteuse dans laquelle les a entrainés Donald Trump, après qu’ils aient choisi de le porter à la tête de l’Etat, malgré tous les cris d’alerte qui n’ont pas manqué de résonner lors de la campagne des dernières présidentielles.
Au fond, que pourrait-on reprocher au 45ème président des Usa ? D’avoir été en phase avec ses promesses de campagne ? Sûrement pas, si l’on sait que la politique de Trump, déclinée dans la feuille de route de son programme, a été cautionnée par les Américains qui l’on élu. Ceci pour dire que le costume présidentiel n’a pas assagi Donald Trump. Dans le droit fil de ses promesses de campagne, en quelques semaines seulement, il a remis en cause, et avec fracas, les accords internationaux, coupé les budgets d’agences fédérales chargées de réglementer l’environnement ou l’agriculture, nommé un juge ultraconservateur à la Cour suprême, mais surtout, il a maintenu l’odieux projet d’un mur à la frontière du Mexique, ce qui sème de nos jours la discorde en Amérique.
En effet, le «Shutdown» auquel nous assistons actuellement aux Usa n’est que la conséquence logique de l’adoption d’une politique d’exclusion pourtant avalisée par le programme qui a porté Trump au pouvoir.
Résultat : des fonctionnaires d’agences publiques dont les salaires ont été hypothéqués, suspendus aux caprices d’un Président qui tient à «son» mur comme un enfant à son jouet de Noël.
Et pourtant, la logique aurait voulu qu’on dédouane Trump, puisque la construction du mur a été l’un des principaux engagements du locataire de la Maison Blanche.
Actuellement, le «Shutdown» affecte des ministères importants comme la Sécurité intérieure, la Justice, le Commerce, les Transports, le Trésor ou l’Intérieur ; ce qui menace grandement la démocratie américaine.
«America First», proclame Trump dans ses sorties médiatiques. Mais, au vu de la situation de crise généralisée que traversent les Usa, l’on se demande (et avec raison) de quelle Amérique il s’agit. En effet, tout laisse voir qu’il manque à la rhétorique de Trump un élément crucial, une sorte de description cohérente et émouvante du «peuple» que Trump prétend représenter. Il est avéré qu’il ne s’agit sûrement pas de ce «peuple» dont on a gelé les salaires depuis bientôt cinq semaines et dont le quotidien est devenu compliqué. «Les vies des 800 000 employés ne sont pas des pions de votre politique», s’indigne un orateur lors d’une manifestation à Washington. Et avec raison ! Après ce sombre épisode du «Shutdown», Trump pourrait-il se permettre encore de parler du peuple, surtout si l’on sait que ce même Trump a opéré un viol sur le droit le plus élémentaire de ce peuple et qui lui assure par ailleurs son bien-être : le droit au salaire.

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