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L’intervention de plus en plus d’organisations dites de la société civile dans le débat politique ne doit pas occulter l’autonomie et l’indépendance devant les régir vis-à-vis des partis politiques. A ce niveau, elles ont l’obligation d’afficher une posture neutre ou non partisane, conformément à leur statut de corps social organisé en association pour la démocratie participative et comme acteur primordial du développement économique et du développement humain. En fait, la société civile est le domaine par excellence de la vie sociale organisée qui est volontariste, largement auto suffisante et autonome envers les partis politiques et pouvoirs publics. C’est le corps social, par opposition à la classe politique qui a vocation de se mobiliser pendant les principaux éléments de crise et pendant les moments électoraux, non pas pour présenter leurs membres ou donner des consignes de vote, mais pour être les garants de la bonne gouvernance, du développement économique et de la bonne répartition des richesses nationales.
L’Unesco entend par société civile l’auto organisation de la société, en dehors du cadre étatique et celui partisan, s’impliquant dans des dynamiques associatives et des organisations syndicales, caritatives, religieuses, ou autres organisations de base. A partir de ce moment, les acteurs de la société civile doivent refuser la politisation des organisations, sous peine de perdre la légitimité sociale qui devrait les caractériser et de porter atteinte ainsi aux principes d’indépendance, d’impartialité et d’intégrité du segment du corps social dont ils sont censés représenter.
Or depuis un certain temps au Sénégal, certaines organisations dites de la société civile qui s’apparentent plus à des instruments de promotion sociale de leurs acteurs développent des postures partisanes dans le jeu politique, en violation flagrante de leur statut, de l’esprit et de la lettre des fondements qui doivent régir une vraie société civile. A ce titre, il y a lieu de recadrer les organisations dites civiles qu’on entend le plus souvent dans les médias, comme si elles étaient devenues des porte-parole de partis politiques de l’opposition et qui sont en dehors du champ d’application de leur appellation. Cependant, on n’entend presque pas les vraies organisations civiles qui sont dans le temps de l’action sociale auprès des populations de base pour l’investissement et le développement humain. A cet effet, la posture des «Y’en a marristes» qui critiquent le régime en place de «saye saye» en épousant un certain discours politicien de l’opposition sur le rendez-vous raté de la Présidentielle en 2017, nonobstant le fait que la volonté politique s’arrête là où la justice fait obstacle, démontre à suffisance le détournement d’objectif de certaines organisations dites civiles.
Au demeurant, ni la doctrine ni la jurisprudence n’ont jamais consacré la rétroactivité des lois dans ce domaine, en dépit de la proposition sur l’application du mandat de cinq ans soumise à la haute juridiction qui l’a infirmée ; la cour Constitutionnelle étant garante de la constitutionalité des lois, de la sécurité juridique et de la stabilité, rejetât ladite proposition, en vertu du fait que, selon le parallélisme des formes, si on permet la diminution de la durée d’un mandat en cours, on pourrait aussi permettre son augmentation ou son renouvellement plus d’une fois, ouvrant la porte à l’insécurité juridique. Cette porte venait d’être fermée par la haute juridiction.
Nous pourrions mettre dans ce même registre de politiciens encagoulés qui officient dans des organisations dites civiles à l’instar des «Y’en a marristes» certains activistes du Forum civil et de la Raddho qui ruent très souvent dans les brancards pour le compte de l’opposition, en dénonçant le manque de consensus sur le parrainage qui, outre mesure, est une loi votée par l’Assemblée nationale. Depuis quand le manque de consensus dans un système d’un Etat unitaire multi partisan, central et non fédéraliste, est-il devenu une condition sine qua non pour voter des lois ? Qu’en est-il du fait majoritaire ? Ou alors, il va falloir changer de Constitution. Com­ment des organisations dites de la société civile peuvent-elles tenir un tel discours politicien aux antipodes des lois et règlements dans notre pays et de l’esprit républicain qui doit guider tout Sénégalais de bonne foi ?
En tous les cas, le Sénégal d’aujourd’hui ne connaît ni une régression démocratique avec le Référendum de 2016 qui a renforcé les libertés individuelles, l’état de droit et consacré l’appartenance au Peuple des ressources naturelles (une révolution) ainsi que le retour au quinquennat intangible, ni une régression économique et sociale qui devrait justifier une posture hostile de la vraie société civile, si bien que sur tous les plans, nous connaissons des succès indéniables, attestés par la confiance renouvelée des partenaires techniques et financiers du Sénégal et des Etats de ce monde.
Nous nous souvenons qu’au Référendum de 2016, aussi bien Y’en a marre, le Forum civil, la Raddho qu’Amnesty avaient battu campagne pour l’opposition et appelé à voter «Non», commettant une faute grave d’opérer un glissement irrégulier dans la société politique partisane, mais cela n’a pas empêché le régime en place de se tirer d’affaire avec un score de plus de 62%.
A partir du moment où certains acteurs d’organisations dites de la société civile sont intéressés par la dévolution du pouvoir en supportant des camps politiques, les frontières entre société civile et classe politique disparaissent, en donnant naissance à une société politisée dans son ensemble. Il ne s’agira plus, dès lors, de se réclamer d’une quelconque société civile dans son essence, mais de dénoncer la présence d’organisations éminemment politiques dans l’échiquier qui se cachent derrière le manteau de la société civile.
Les acteurs d’organisations dites de la société civile qui ont l’ambition de supporter des camps pour la conquête du pouvoir doivent se débarrasser de leur cagoule pour se verser carrément dans le landerneau politique. A ce titre, l’honnêteté et la lucidité doivent prévaloir à tout moment afin de permettre à chaque segment de la société de jouer pleinement son rôle, dans une atmosphère délimitée et non confuse et de pouvoir maintenir intactes les frontières pour le respect des autonomies et la préservation des équilibres nécessaires à la vie en société.
Kadialy GASSAMA
Economiste
Rue Faidherbe X Pierre Verger
Rufisque

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