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Les difficultés d’insertion des jeunes et la problématique de l’emploi constituent un enjeu fondamental des pouvoirs publics partout dans le monde.
Au Sénégal, le président de la République Macky Sall, lors du premier Conseil des ministres du gouvernement dirigé par Monsieur le Premier ministre Boun Abdallah Dionne, a demandé solennellement que l’action de ce gouvernement soit orientée vers la résolution de cet épineux problème qu’est l’insertion des jeunes dans le marché du travail.
Le président de la République a même proposé la mise en place d’une Mission locale d’insertion dans chaque collectivité territoriale afin d’accentuer le rapprochement entre les populations et certaines instances de décision comme le préconise la territorialisation des politiques publiques dans l’Acte 3 de la décentralisation. La politique de la jeunesse est un axe central du Pse et de l’Acte 3, car il est important que les jeunes, qui représentent l’avenir de notre pays, soient en mesure de participer de manière inclusive, juste et équitable à la prise de décisions, à la mise en œuvre et au suivi-évaluation des questions relatives à la gestion des affaires locales et à leur autonomisation socio-économique.
Mais nous pensons, à notre humble avis, que notre pays gagnerait à organiser au préalable son marché du travail. En effet, il faut rappeler que le marché du travail fonctionne de manière particulière. A la différence des autres marchés, notamment celui des biens, services et de la monnaie, le marché du travail n’est pas un marché centralisé sur lequel l’offre et la demande se rencontrent pour déterminer un prix d’équilibre. C’est un marché hyper décentralisé aussi bien dans le temps et dans l’espace, dynamique, où chaque jour il y a la création et la destruction de millions d’emplois.
Ce marché a besoin, pour son fonctionnement, d’informations pertinentes qui malheureusement font souvent défaut dans notre pays. Il y a encore des efforts à faire pour permettre aux pouvoirs publics de disposer d’informations portant sur divers aspects.
Il s’agit principalement des difficultés que rencontrent les jeunes dans le processus de quête d’emplois. Une meilleure connaissance de la trajectoire du chômage, du niveau de qualification, des questions de durée de recherche etc. pourrait orienter les mesures de politiques économiques.
Les jeunes diplômés qui sortent de nos universités et de nos centres de formation sont souvent désorientés et livrés à eux-mêmes. Ils ne sont pas préparés en général à la confrontation du monde du travail durant leur cursus. Ils ignorent pour la plupart les techniques de quête d’emplois que sont la présentation d’un curriculum vitae, l’écriture d’une lettre de motivation, l’élaboration et la conception d’un projet pour un financement.
Le marché du travail au Sénégal est caractérisé par son cloisonnement et son caractère interne. En effet, les demandeurs d’emplois ne sont pas toujours informés sur les différentes offres qui se présentent sur le marché.
Par ailleurs, le marché est encore majoritairement informel, les relations personnelles et les recommandations sont très importantes dans le processus d’embauche.
Les jeunes demandeurs d’un premier emploi sont souvent confrontés à certaines exigences telles que l’expérience professionnelle, la validation des stages qu’ils peinent à avoir. Cette situation pousse les entreprises à recruter souvent de manière interne. C’est le cas dans le secteur des services, les banques et assurances, les télécoms etc. Dans ces secteurs, le turnover est très important.
Fort de tous ces constats, notre pays devrait s’orienter vers la mise en place d’une véritable politique d’emploi. Pour cela :
Il faut améliorer la lancinante question de l’adéquation entre la formation et l’emploi, en impliquant les acteurs sociaux : le patronat, les syndicats et organisations professionnelles de métiers dans le processus de formation de nos élèves et étudiants. Cette implication des acteurs sociaux et ceux du milieu professionnel dans la formation pourrait contribuer à réduire le gap d’inadéquation entre la formation et l’emploi, en offrant à nos apprenants des possibilités d’échanges avec le monde de l’entreprise.
Il faudra proposer au patronat des mesures fiscales incitatives afin que les jeunes demandeurs d’emploi puissent bénéficier d’une première expérience sous forme de stage de longue durée, pouvant déboucher sur une embauche.
Il faut accélérer le processus de construction de lycées techniques et professionnels ainsi que des Instituts supérieurs d’enseignent professionnel (Isep) dans les régions, en fonction de leurs dotations factorielles, de leurs vocations et potentialités économiques. Notre offre de formation doit s’orienter davantage vers des formations qualifiantes de courte durée, de types Bts, Bti, Dut, Bep et Cap dans des secteurs pointus qui favoriseraient la création de Pme et Pmi. Ces structures de formation pourraient également contribuer au développement de la formation continue partout au Sénégal.
Enfin, il faut mettre en place une véritable plateforme qui mettrait en synergie les structures de formation, de financement et d’analyse qui s’occupent de la problématique de l’emploi et du chômage. Nous pensons notamment à l’Office national de formation professionnelle (Onfp), à l’Agence nationale pour l’emploi des jeunes (Anpej), au Fonds de financement de la formation professionnelle (3Fpt) et à tous les autres fonds qui existent dans les différents départements ministériels afin qu’ils travaillent ensemble. Ce travail de rationalisation permettrait à chaque structure de se consacrer sur son corps de métier afin d’optimiser les ressources.
Dans chaque projet d’investissement majeur du gouvernent, le nombre d’emplois, leurs caractéristiques et leur contenu en termes de formation et de financement doivent être communiqués à la plateforme pour qu’un processus puisse s’enclencher afin de mettre à la disposition des promoteurs des ressources humaines de qualité.
Momar GUEYE Economiste Statisticien Directeur des Stratégies de Développement Territorial Spécialiste des politiques
d’Emploi

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