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Un scrutin inédit dans notre histoire politique !
Les élections législatives du 30 juillet 2017 vont marquer sans aucun doute un tournant décisif dans l’évolution politique de notre pays. On peut même affirmer qu’elles constituent en réalité le premier tour de la Présidentielle de 2019. Si l’opposition est majoritaire à l’As­semblée nationale au soir du 30 juillet 2017, que le chef du gouvernement soit issu de ses rangs ou pas, la situation qui va se créer ne manquerait absolument pas d’engendrer une instabilité gouvernementale, voire une crise institutionnelle. La Charte fondamentale de notre pays dit très clairement que c’est le chef de l’Etat qui définit la politique de la Nation et que c’est le Premier ministre qui conduit cette politique. Si l’opposition est majoritaire à l’Assemblée nationale, vue la nature antirépublicaine et revancharde de celle-ci, non seulement tous les projets de lois que le président de la Répu­blique soumettrait aux députés seraient systématiquement rejetés, mais il n’est même pas exclu que cette opposition qui caresse l’idée de prendre sa revanche sur le Président Macky Sall qui avait chassé du  pouvoir Me Abdou­laye Wade en 2012 fasse feu de tout bois pour mettre des bâtons dans les roues du régime en place pour empêcher au président de la République de pouvoir gouverner le pays.
Les élections législatives du 30 juillet 2017, de par leurs enjeux et défis, revêtent un caractère tout à fait exceptionnel. Un long regard rétrospectif de la trajectoire électorale de notre pays, depuis son accession à la souveraineté internationale en 1960 jusqu’à nos jours, montre qu’elles constituent, sinon pour la première fois, du moins l’une des rares fois où des élections législatives précédent une élection présidentielle.
Comme chacun le sait, notre histoire politique est riche de plus d’un siècle et demi de batailles électorales. Pour rappel, il convient de retenir que notre pays a une tradition électorale particulièrement riche qui date de la période coloniale et qui se poursuit jusqu’à nos jours.
En effet, c’est en 1848 que les  premières élections ont été organisées sur le territoire colonial au niveau des possessions françaises d’Afrique occidentale. Mais c’est à partir du 2 avril 1871 que le cycle des élections ne connaîtra plus d’interruption jusqu’en 1960, qui marque la fin de la séquence coloniale. Il convient de faire observer que de 1871 à 1959, soit une période de (quatre-vingt-huit ans) 88 ans, 17 (dix-sept) élections législatives ont été organisées, soit en moyenne une élection tous les 5 ans (cinq).
A partir de la période des indépendances (1960), cette tradition électorale s’est poursuivie et s’est renforcée par la tenue d’élections à intervalles régulières, conformément au calendrier républicain. Pour  ce qui concerne  les élections présidentielles, on peut noter que 10 (dix) scrutins ont été organisés (1963, 1968, 1973, 1978, 1983, 1988, 1993, 2000, 2007, 2012). Quant aux élections  législatives, 11 (onze) scrutins ont étés organisés  (1963,  1968, 1973, 1978, 1983, 1988,  1993, 1998, 2001, 2007 et 2012).
Comme nous pouvons donc le constater, dans l’histoire des élections législatives au Sénégal, c’est une seule fois que les élections ne se sont pas tenues à terme constitutionnel échu, c’est-à-dire les 5 (cinq) ans : c’est en 2006. Les législatives ne se sont pas tenues cette année, parce que le Président Abdou­laye Wade avait pris prétexte des inondations de 2005 pour proroger le mandat des députés jusqu’en 2007 et organiser les Législatives à cette période. En réalité, l’argument des inondations n’était qu’un subterfuge subtil compte tenu de l’émoi que cette catastrophe naturelle avait suscité au niveau de l’opinion nationale et internationale. C’est parce que l’opposition de l’époque, regroupée dans la Cpa (Coalition populaire pour l’alternative), composée du Cpc (Cadre permanent de concertation), du G.10 et de la Ld/Mpt, était extrêmement forte et puissante que le Président Abdoulaye Wade et son régime étaient conscients du fait que si les Législatives étaient organisées en 2006 avant la Présidentielle du 25 février 2007, celle-ci serait majoritaire au sein de l’Hémicycle. Tous les sondages d’opinion faits à l’époque, qu’ils soient officiels ou officieux, avaient reconnu que le rapport des forces était en faveur de l’opposition et que celle-ci avait de très fortes chances d’être hégémonique si les élections étaient organisées à terme constitutionnel échu.
C’est pourquoi le pouvoir libéral de Me Wade a bondi sur l’occasion dès que les inondations sont intervenues en 2005 pour reporter les Législatives au 3 juin 2007, après la Présidentielle du 25 février 2007 et permettre à cette dernière de servir de locomotive pour tirer à son avantage les Législatives,  et inverser la tendance. Les Sénégalais se souviennent encore des péripéties extraordinaires qui ont émaillées les échéances électorales de 2007, avec des rebondissements successifs et interminables, enveloppés d’un épais voile de mystère. Couplage, découplage, recouplage, redécouplage… ont émaillé et rythmé la marche du processus électoral pendant plus d’un an, à telle enseigne qu’aucun acteur du jeu électoral n’était en mesure de dire à quelle date précise les élections allaient se tenir. Cette situation d’incertitude a été exacerbée et accentuée par le scepticisme né de la décision du régime de Me Wade de refonte totale du fichier et l’annulation de toutes les listes électorales et l’établissement de nouvelles listes basées sur une pièce unique (qui n’existait pas encore à l’époque), la carte nationale d’identité numérisée et sécurisée, conformément à la loi n° 2004 – 32 du 25 août 2004. Celle-ci, en fait, n’était rien d’autre que la préparation savante, minutieuse et méthodique du plus grand «hold-up» électoral que notre pays ait connu dans son histoire, sous le subterfuge de l’introduction de la biométrie dans notre système électoral. La conséquence : un énorme et extraordinaire coup de massue sur la tête de l’opposition, avec la proclamation, contre toute at­tente et à la surprise générale, de la victoire du Président Abdoulaye Wade dès le premier tour de la Présidentielle du 25 février 2007. Sur 4 millions 917 mille 157 inscrits,  3 millions 472 mille 712 votants et 3 millions 424 mille 926 suffrages exprimés (98,62 % des votants), le candidat du Sopi aurait obtenu 1 million 914 mille 403 voix (55,90 %). Ces résultats ont constitué un véritable cauchemar pour l’opposition et pour de nombreux Sénégalais qui croyaient avoir affaire à des «djinns» qui auraient voté en faveur du candidat libéral, à la place des humains. Jusqu’ici, ce scrutin présidentiel de 2007 garde encore sa part de mystère qui n’est pas encore éclairci. Devant le refus systématique du  régime de Me Wade de procéder à l’évaluation exhaustive et critique de ce scrutin pour en tirer toutes les leçons pour corriger et rectifier tout ce qui pouvait et devait l’être pour les scrutins à venir, et craignant la reproduction à l’identique de ce qui s’est passé à la Présidentielle, les partis de l’opposition les plus représentatifs de l’époque regroupés dans le «Front siggil senegaal» (Fss) décidèrent de boycotter les Législatives du 3 juin  2007. Au sujet du  scrutin présidentiel tumultueux du 25 février 2007, le leader de l’Afp, le président Moustapha Niasse, avec un brin d’ironie, disait  que Me Wade n’a pas remporté les élections, il les a «emportées».
Cet épisode de notre vie démocratique doit nous faire prendre conscience que ces élections législatives du 30 juillet 2017 ne sont pas comme les autres Législatives. Elles constituent le 1er tour de la Présidentielle de 2019. De 1960 à 1992, les élections législatives et l’élection présidentielle étaient couplées. A partir de 1992, avec l’avènement du Code Kéba Mbaye, les deux scrutins étaient séparés. En 1993, on a connu une élection présidentielle et en 1998 des Législatives. Aussitôt après est intervenue la Présidentielle 2000, ayant débouché sur la première alternance politique intervenue dans notre pays. Ensuite, une série d’élections a suivi avec le référendum de 2001, les Législatives anticipées du 29 avril 2001 et les Locales de 2002. Devaient suivre les  élections législatives 2006 qui devaient précéder la Présidentielle du 25 février 2007. C’est précisément cette situation d’antériorité des Législatives sur la Présidentielle que Me Wade a voulu coûte que coûte éviter, en violant la loi électorale par la prolongation du mandat des députés et en foulant aux pieds les règles du jeu électoral et de la charte fondamentale de notre pays, au mépris le plus absolu du Peuple sénégalais, rien que pour conserver son pouvoir.
Il est heureux de constater que le Président Macky Sall, un patriote authentique, ayant un sens élevé de l’esprit  républicain, n’a jamais caressé l’idée, une seule fois, contrairement à son prédécesseur, de tripatouiller la Constitution et de violer la loi électorale. Au contraire, il a tenu à respecter scrupuleusement le calendrier républicain des élections, conformément à la Constitution de la République du Sénégal et au Code électoral. C’est tout à son honneur.
Il ne fait l’ombre d’aucun doute que les enjeux tout comme les défis des Législatives du 30 juillet 2017 sont nombreux, multiformes  et décisifs. Pour ma part,  je constate que les deux grandes coalitions  politiques en présence en sont parfaitement conscientes. Du côté de l’opposition, le leader de Rewmi vient de révéler dans la presse qu’il leur a fallu plus de deux ans de discussions et d’échanges pour arriver à mettre sur pied la coalition Manko taxawu senegaal (Mts). Un autre leader de l’opposition a fait observer que c’est parce qu’ils avaient pris conscience de l’importance des enjeux de ce scrutin qu’ils ont réussi à faire preuve de dépassement, en «dominant leur ego, à oublier leurs anciennes fonctions, leur rang social, leurs anciens différents partisans». (La Tribune, n° 1659, Samedi 6 et 7 mai 2017).
Du côté de la coalition Benno bokk yaakaar (Bby), son leader, le Président Macky Sall, dans une récente circulaire n° 0000002 en date du 10 mai 2017, écrit : «Lors des consultations électorales précédentes, l’esprit d’ouverture, de dépassement, d’équité et le sens de l’unité nous ont assurés des victoires certaines. Dès lors, en direction des Législatives à venir, notre coalition doit consolider cette dynamique unitaire gagnante dans le cadre de la stratégie retenue d’une liste commune de Bby, confectionnée selon une démarche consensuelle reflétant notre riche diversité sur la base des principes de représentativité, de solidarité, d’éthique et de générosité.»
Ainsi, les tâches prioritaires ci-dessous doivent être mises en œuvre par Bby :
Aller à la conquête des suffrages en gagnant la bataille de l’opinion
Aller en rangs serrés, soudés et solidaires dans la défense du bilan du Président Macky Sall, en mettant l’accent sur les importantes réalisations au plan social : Couverture maladie universelle, Bourses de sécurité familiale, Cartes d’égalité des chances, Pudc, valorisation de la pension des retraites, construction de logements sociaux…
Ne jamais sous-estimer l’adversaire, car en politique un adversaire n’est jamais «petit». Dans un pays qui compte près de 300 partis légalement constitués et la possibilité aux Indé­pendants de participer à tous les types d’élection, la vigilance s’impose de façon absolue pour la consolidation  et le renforcement continu du pôle présidentiel, afin qu’aucun segment ne se détache pour aller dans le camp adverse.
Mettre fin aux guéguerres, aux querelles intestines incessantes, aux actes d’indiscipline et de défiance, aux attaques intempestives entre responsables par presse interposée.
Défendre vigoureusement les réalisations importantes du Plan Sénégal émergent (Pse) et les instruments efficaces de contrôle mis en place tels que la Crei et l’Ofnac pour garantir la bonne gouvernance et la reddition des comptes par une bonne politique de communication qui s’arc-boute sur une démarche pédagogique et une stratégie politique intelligente, capable de mener la majorité présidentielle à une victoire éclatante au soir du 30 juillet 2017.
Ousmane BADIANE
Secrétaire National aux Elections de la LD
ousmanebadiane1@gmail.com

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