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Terminus Liberté 5, mardi 26 mai 2020 : ils partirent quinze mille…
Nous avons regardé avec émotion, hier soir, 26 mai 2020, dans le Journal télévisé de 20h (Jt 20h), les enseignants du Sénégal partir pour accomplir leur noble mission : enseigner, transmettre, éduquer nos enfants, leurs enfants…
Le contexte sanitaire est connu, difficile, risqué, mais ils connaissent la belle devise : «Lorsque l’heure sonne, homme soit prêt…»
Quelle heure faisait-il au terminus Liberté 5 ou encore au dépôt Dakar dem dikk à Ouakam (autre point de départ)  le 26 mai 2020 ?
Les enseignants connaissent l’heure, ils regardent leur montre ils savent tous, hommes et femmes du Sénégal, qu’ils ont rendez-vous avec l’histoire…
Le cycle des professeurs de médecine, des docteurs en médecine, des pharmaciens, des infirmiers, des agents de santé, bref, le cycle de l’ensemble du personnel soignant, qui s’est ouvert au mois de mars 2020 au Sénégal et qui les a vus, comme un seul homme, se mobiliser au long du jour et de la nuit, sans relâche, est venu toucher un deuxième cycle.
Le deuxième cycle est celui des enseignants qui ont décidé de se jeter dans la bataille et de relever, à leur tour, le défi qu’ils se sont eux-mêmes lancé : servir la Nation, comme le personnel soignant, «jusqu’à la dernière pulsation de leurs veines»…
Peu de pays au monde ont vécu un tel départ qui ressemble à un départ pour le front – le front de guerre – et nous avons été envahis par l’émotion…
Ainsi s’écrit l’histoire du Sénégal, ainsi va le Sénégal, avec ses hommes et ses femmes qui livrent le même combat et ce combat, ils savent qu’ils ne devront pas le perdre.
Ces images fortes que les télévisions du Sénégal ont montrées doivent aider à convaincre les parents d’élèves que les enseignants sont déterminés et qu’ils pourront leur confier leurs enfants, et qu’ils sauront faire d’eux des hommes et des femmes accomplis demain et qu’ils serviront à leur tour leur pays, le Sénégal.
Ils veilleront, comme à la prunelle de leurs yeux, sur la santé des enfants dans les espaces qui les recevront tous ; ces espaces, comme ne cesse de le dire le ministre de l’Éducation nationale, qui ne seront ouverts que s’ils respectent, en tous points et rigoureusement le protocole sanitaire.
Nous le savons tous, jeunes et vieux, les enseignants nous ont fait et nous avons toujours, vis-à-vis de cette belle et noble profession, respect et admiration.
Je continue, en ce qui me concerne, à toujours signer «votre élève» les messages que j’adresse à mon instituteur de l’école primaire St Pierre, Monsieur Jean Baptiste Corréa.
Et pourtant, ma carrière se termine : j’ai soixante-cinq ans et je rends grâce à Dieu, à toutes celles et tous ceux – mes chers parent disparus – qui m’ont accompagné sur mon chemin.
J’ai, comme vous tous, gardé les prénoms et noms de toutes celles et de tous ceux qui m’ont «enseigné» à l’école primaire, là où les premiers savoirs s’acquièrent, les apprentissages de base, selon le terme consacré.
Permettez-moi, au nom du respect que je leur dois, de les citer :
Mme Mané (paix à son âme), Mme Marie Louise Ndiaye, Monsieur Jean Baptiste Diouf, Monsieur Clément Sarr, et enfin, le «Maître considérable», Monsieur Jean-Baptiste Corréa.
Que leur vie soit longue et ensoleillée, car ils ont été des enseignants exemplaires comme les vôtres.
Chaque enseignant, après avoir «pris place» dans le bus de Dakar dem dikk, a dû s’interroger secrètement sur le but de ce voyage dont il connaît l’objectif principal : créer les conditions d’une reprise idéale des cours le 2 juin 2020, autre date que l’histoire retiendra.
Chaque enseignant a murmuré ces quelques mots : «Je dois gagner la bataille qui va s’engager…»
Et les bus de Dakar dem dikk s’ébranlèrent…
Tous les responsables qui ont conduit ce «projet de départ» doivent être remerciés et félicités, malgré les contraintes de dernière heure que nul ne pouvait éviter.
Nous adressons nos vives félicitations aux enseignants et nous disons surtout aux enfants qui reprendront, dans quelques jours, le «chemin de l’école» : le rendez-vous sera honoré…
Nous adressons également nos vives félicitations aux syndicats qui ont su mobiliser les enseignants pour cette cause à défendre : «Osez lutter, osez vaincre…»
Les «machinistes» des bus Dakar dem dikk raconteront un jour, à leurs propres enfants, qu’ils étaient aussi au volant, ce jour-là, et qu’au moment de quitter la ville pour emprunter l’autoroute à péage, ils eurent tous un pincement au cœur et les larmes aux yeux…
Nous retiendrons une «phrase-devise», prononcée dans un des bus au départ, par l’un des «instituteurs de l’aube» : «Nous partons planter le drapeau du savoir…»
Bravo à tous pour l’engagement montré !
Vous avez, vous enseignants d’hier, d’aujourd’hui et de demain, notre confiance totale.
Déwénëti à tous, bonne route et bonne mission !
«Des hommes, des femmes, le chemin du savoir…»
Ils partirent quinze mille…
Jean Michel SECK
Ancien élève de l’Ecole primaire St Pierre (Dakar)

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