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Munies de leurs ustensiles de cuisine, les femmes de l’opposition sont montées hier au créneau pour réclamer un deuxième tour de l’élection présidentielle. Elles ont tenu un point de presse pour réfuter les résultats avancés par le Pm, Boun Abdallah Dionne, et en ont profité pour inviter les magistrats à assumer leur rôle.

«Deuxième tour ! Deuxième tour», ont scandé hier à s’arracher les cordes vocales, les femmes de l’opposition, toutes tendances confondues, au siège de Bokk gis gis. Le bruit des casseroles, des théières, des cuillères, des plateaux, et divers autres ustensiles de cuisine, a retenti dans la salle qui a refusé du monde, en majorité des femmes, qui venaient exiger un second tour pour l’élection présidentielle. Le point de presse annoncé à l’origine, s’est vite transformé en une action qui se rapprochait plus d’un sit-in.
A l’issue de la déclaration liminaire en français de Madame Amsatou Sow Sidibé, membre de la coalition Idy2019, et présidente du parti Car Lénène, suivie de la version wolof de Nafissatou Wade de la même coalition, les femmes sont sorties pour d’abord se masser à la devanture du siège de Bokk gis gis, dans l’espoir de se faire entendre par le plus grand nombre. Comme si cela ne suffisait pas, elles ont rejoint la Voie de dégagement nord (Vdn), avec peut-être l’idée d’occuper la voie, pour mieux manifester leurs divergences avec la coalition Benno bokk yaakaar.
Après quelques minutes de manifestation, mais sans vraiment bloquer la circulation, la gendarmerie a fait son apparition, pour tenter de remettre un ordre qui n’était pas vraiment perturbé. La présence d’une dizaine de véhicules de gendarmes n’a pas réussi à intimider ces dames déterminées à en découdre. Conscients de ce fait, les gendarmes, muscles bandés, se contenteront de surveiller les manifestantes sans intervenir.
Les femmes ont commencé à chanter «Macky déna soul léne ko», littéralement «Macky est mort, il faut l’enterrer», ou «deuxième tour, deuxième tour», rythmé par le tintamarre des casseroles.
Devant l’inefficacité de leurs manœuvres d’intimidation, les gendarmes ont commencé par demander aux dames de débarrasser le trottoir de la Vdn. Mais la résistance des manifestantes a poussé les hommes de tenue à en interpeller quelques-unes, ainsi que des hommes venus leur prêter main-forte.
Sans vouloir s’en tenir à cela, les femmes qui ont quitté le trottoir de la Vdn, se sont retranchées dans leur siège et ont retrouvé la devanture, toujours en chantant pour un deuxième tour.
En fait, Mahammed Boun Abdallah Dionne, directeur de campagne de Macky Sall, par ailleurs Premier ministre du gouvernement, avait déclaré le soir du scrutin présidentiel du 24 février dernier que sa coalition avait remporté l’élection à 57%. Un score que l’ensemble de l’opposition réfute et clame partout sa détermination à aller jusqu’au bout afin que se tienne un deuxième tour.
«Des manquements inadmissibles lors du scrutin, des scores gonflés allant jusqu’à 90% d’électeurs favorables au Président sortant dans le Nord du pays,  nous ne comprenons pas ces chiffres et nous avons un droit de savoir et un devoir de nous informer. Cela paraît scandaleux. Dans ces mêmes con­trées, nous avons vu des images d’enfants de 11 à 12 ans voter. C’est une honte pour la Répu­blique», s’est désolé Mme Sidibé, qui n’a pas oublié les ordres de mission «produites de façon excessive». «Tout cela sent la fraude», a-t-elle alerté. «Les achats de consciences, la corruption électorale vécue» sont, selon Pr Sidibé, un manquement qui sape les fondements mêmes de la démocratie sénégalaise. Pour elle, Macky Sall et sa coalition restent minoritaires, avec moins de 50% du taux de vote. Elle informe que les mandataires de l’opposition avaient des Pv qui attestent que Macky Sall a eu 46,68% de l’électorat, là où l’opposition a eu, dans l’ordre, pour Idrissa Seck 27,68%, Ousmane Sonko 19,57%, Madické Niang 1,13% et El Hadji Sall 4,94%. «Nous ne sommes pas dans le domaine du raw gadou. Il faut avoir une majorité absolue pour passer au premier tour et cela n’est pas le cas. Il a moins de 50%, donc, le second tour est inévitable et inéluctable», fait-elle savoir. «Nous refuserons tout complot contre l’opposition, d’où qu’il viendra», ajoutera-t-elle, non sans interpeller la justice, particulièrement les magistrats qui siègent à la Commission nationale de recensement des votes. «Le destin du pays est entre leurs mains, ainsi que la paix et la stabilité du pays. Ils ont un devoir de responsabilité, de redevabilité… et devoir de res­pecter la volonté des sénégalais.»
Mme Sidibé invite les populations à aller retirer leurs cartes d’électeur pour préparer le second tour.
ksonko@lequotidien.sn

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