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Depuis la fin de Coupe d’Afrique des nations de foot, on voit de moins en moins de drapeaux. Quel dommage. Il ne faut pas que les Sénégalais soient des intermittents du patriotisme. On ne doit pas attendre la prochaine coupe d’Afrique pour ressortir les drapeaux ou pour renouer avec la ferveur patriotique que nous avons connue pendant la Can. Le drapeau nous appartient à tous. Il ne faut pas qu’on le laisse seulement aux délégués de quartier, à l’Administration (Gouvernance, Préfecture, camps militaires, gendarmeries, police…) Il faut ressortir les couleurs et surtout renouer avec l’esprit qui a fait vibrer le pays pendant la Can. Dans chaque bureau, les Sénégalais s’arrangent pour trouver une place pour mettre la photo de leur marabout. Il serait de bon aloi pour qu’on s’arrange aussi à y voir nos couleurs nationales.
Thomas Friedman, le célèbre chroniqueur du New York Times, nous apprend qu’un pays est fragile «quand vous entrez dans le bureau d’un fonctionnaire et que vous vous apercevez que la photo de son guide religieux ou tribal est plus mis en exergue que celle du chef de l’Etat». Pour Friedman, cela montre que les personnes qui doivent incarner l’allégeance collective (l’Etat) ont mis leur allégeance privée au-dessus de celle-ci. Donc, à côté de notre guide confrérique ou de nos femmes et enfants, trouvons de la place pour nos couleurs nationales. Le patriotisme politique est un accélérateur d’émergence parce que le patriotisme permet de mobiliser des énergies individuelles vers le projet collectif. C’est ce qui fait souvent défaut en Afrique, car le patriotisme exige qu’on prêche par l’exemple, qui doit venir d’en-haut.
Comment parler de patriotisme au Cameroun quand le Président préfère l’hôtel Intercontinental de Genève à son beau pays. Les Helvètes ont construit un beau pays. Au lieu de faire comme eux (un grand projet collectif), Biya préfère la solution individuelle (passer des mois à Genève). Foccart, citant De Gaulle, disait, «le drame des Nègres, c’est qu’ils n’aiment pas leur pays». Biya, qui passe des mois à Genève, le confirme. Les Obiang Nguema qui sont devenus des latifundiaires du XVIe arrondissement parisien, en sont aussi une illustration. Ce sont des exemples qui montrent pourquoi, dans les mêmes conditions de température et de pression politique et géopolitique, l’Asie a décollé tandis que l’Afrique ne cesse de s’enfoncer dans le sous-développement. La Chine a émergé grâce au patriotisme politique, d’abord en se rappelant que la Chine, que la cosmogonie chinoise place naturellement au centre du monde, ne saurait rester à la périphérie du monde, c’est-à-dire dans le tiers-monde.
Les dirigeants politiques chinois ont réussi à convaincre que la place naturelle de la Chine est de retrouver son statut d’empire du milieu. C’est ce qui fait que les Chinois sont prêts à tous les sacrifices individuels pour ce grand projet collectif. En termes simples, le devoir prime le plus souvent sur les droits. Dans nos pays c’est l’inverse. Le devoir est toujours sacrifié à l’autel des droits. Les enseignants sont prêts à sacrifier les élèves pour leurs droits certes légitimes, mais oublient leur devoir sacré : ils sont les piliers de la République. Des hauts fonctionnaires qui se servent de l’Etat au lieu de la servir. Et quand on se sert au lieu de servir, le budget de fonctionnement (confort matériel, dépenses somptuaires…) devient la finalité et non plus la satisfaction du citoyen à qui on donne l’impression de lui faire un grand privilège, alors que c’est son droit le plus élémentaire.

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