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Monsieur le président de la République,
La semaine a été longue pour les Sénégalais dans l’attente du nouveau gouvernement en charge de la destinée de notre pays.
Il vient d’être nommé, mais encore une fois dans sa composition, nous notons avec émoi l’absence d’un département devant s’occuper du sous-secteur de l’Alphabétisation et des langues nationales et la suppression du secrétariat d’Etat qui y travaillait, à la veille même de l’ouverture de la Semaine de l’alphabétisation et des langues nationales le 8 septembre passé.
Monsieur le président de la République, nous voulons res­pec­tueusement vous faire remarquer que c’est un recul grave. Nous ne pouvons connaître les motivations qui vous ont amené à prendre une telle décision, mais tout portait à croire que vous aviez fait une option irréversible de nos langues et de leur promotion. Les grandes décisions prises lors des Assises de l’éducation et de la formation avaient conforté tous les acteurs et militants des langues nationales sur votre volonté politique de les promouvoir.
Sans doute, vos attentes n’ont pas été satisfaites par les responsables à qui vous aviez confié cette mission, ou alors les «faiseurs de doutes» sur le nombre de nos langues, leur capacité à prendre en charge notre destinée et à hisser notre pays au rang des grandes Nations du monde vous ont-ils découragé avec leur discours défaitiste ?
Mais Monsieur le président de la République, ce sont là des questions d’hommes aptes à mener ou pas à bien les missions qu’on leur confie, ou alors un déficit d’informations utiles sur ce qui se fait dans le sous secteur, ce ne sont donc pas nos langues ou leur capacité à jouer le rôle qu’on attend d’elles qui sont en cause. Beaucoup de travaux essentiels ont été faits sur nos langues nationales et des chantiers fondamentaux sont en cours, notamment sur l’élaboration de la politique linguistique du pays.
Monsieur le président de la République, aujourd’hui, on admet volontiers que les langues nationales constituent un intrant essentiel pour avoir la qualité dans les apprentissages et de ce point de vue, il apparaît aussi évident pour tous que l’introduction des langues nationales à l’école est incontournable si nous voulons un système éducatif performant. Mieux encore, le problème sérieux que nous avons dans notre pays pour l’éducation de base morale et civique de nos enfants ne saurait trouver une solution pérenne si nous ne retournons pas à nos valeurs positives, tirées de notre culture. Or cette culture et ses valeurs trouvent comme véhicules naturels nos langues. Je ne voudrais même pas revenir sur les constats évidents que tous les intellectuels sérieux et honnêtes partagent quant à la nécessité de transmettre à l’enfant les premières acquisitions, surtout dans le domaine des sciences, dans sa langue maternelle. Et ce n’est nullement une exclusion des langues véhiculaires internationales qui sont des héritages de notre histoire. Mais Monsieur le président de la République, toutes les Nations émergentes sont passées par leur culture et leurs langues pour accéder au développement, et les exemples les plus récents nous viennent d’Asie.
C’est pourquoi, Monsieur le président de la République, nous avions salué en son temps votre décision, à travers le ministère de l’Education nationale, de faire entrer les langues nationales à l’école élémentaire dès la rentrée d’octobre 2017. Cela va capitaliser les efforts énormes déployés par les militants et les acteurs des langues qui ont traduit les référentiels d’enseignement, élaboré des terminologies et des manuels dans les langues nationales, formé des cohortes d’enseignants bilingues, parfaitement capables de conduire les enseignements aussi bien dans la langue première que la seconde.
C’est cette même décision que vous avez prise qui a aussi amené des partenaires à s’impliquer par un financement conséquent pour la lecture pour ces classes à ouvrir et l’accompagnement des parents d’élèves. Mais le pilotage de cette innovation majeure manquerait de souffle, s’il venait à être conduit par un département, une direction ou même par le ministère de l’Education dont les tâches sont énormes et complexes. Il faudrait un département ministériel attaché ou pas au ministère de l’Education pour le faire, car le sous-secteur a tellement souffert de l’instabilité institutionnelle que ceux qui y interviennent commencent à croire à un travail de Sisyphe.
Alors, Monsieur le président de la République, redonnez-nous l’espoir que vous aviez suscité en nous ! Redonnez au sous-secteur de l’Alphabétisation et des langues nationales la place qu’il mérite pour lui permettre d’assumer cette mission essentielle que vous voulez lui assigner pour que nos langues nationales portent notre pays sur les rampes de l’émergence !
Adramé DIAKHATE Militant des Langues nationales adramed@yahoo.fr

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